‹ La fin d'une sociétéChapitre 21 sur 35 · CRE · texte numérisé non relu

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une question comme celle-là. Il y a des 4 quantités de ménages se disant mariés, ét qui ne le sont pas. On ne se figure pas le “4 nombre des « Mme Une Telle », vivant 4 effectivement avec « M: Un Tek»>,.se fai sant appeler de son nom, et qui ne sont

pas cependant « Mme Une Telle », Elles se

donnent pour mariées, et on les croit sou-

vent mariées, mais elles ne l'ont jamais été,

ce sont de simples unions libres, et le cas

se présente à chaque instant pour les mai:

sons de rendez-vous. Constamment, une

personne vient y faire une affaire, et se

présente à la proxénète. La proxénète,

naturellement, lui demande son nom,

son âge et sa position sociale. La per-

sonne se déclare mariée, la Police croit

avoir des raisons d'aller aux renseigne-

ments, et qu’apprend-on ? Que la femme se

dit bien mariée, qu'elle se fait bien passer

pour l'être, qu'elle vit bien avec un mon-

sieur passant pour son mari, et qu'elle est bien comme mariée pour ses concierges, ses : fournisseurs et son propriétaire, mais qu’en réalité elle ne l'est pas, que son acte de mariage n'existe pas, et qu’elle serait bien en

peine de le produire. Évidemment, cette

femme-là n’est pas une professionnelle, ni

une cocotte, ni même positivement une femme entretenue. C’est une déclassée, une irrégulière, une femmelibre, c'est tout ce que vous voudrez, mais ce nest pas une femme . mariée. Or, cette femme-là n’entre pas seulement pour cinq ou dix pour cent dans le personnel des maisons de rendez-vous, mais pour cinquante ou soixante pour cent, pour la moitié, peut-être pour les deux tiers, et c'est même tout exprès pour elle que la maison de rendez-vous est faite! À la moindre gêne, au moindre besoin d'argent, surtout à la moindre scène de ménage et à la première perspective d'abandon, elle est tout de suite chez la matrone, et la matrone la donne d’autant plus facilement au client pour une femme mariée qu’elle est souvent la première à le croire... De même, Ou à l'inverse, 1l y a un certain genre de femme iégalement mariée et qu’on ne

peut pas non plus considérer comme une

n + 4 is

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véritable femme mariée, c’est la femme qui se marie pour exploiter son état de femme légitime dans son métier de prostituée.

Or, celle-là aussi, la proxénète vous la fournit toujours comme femme mariée, bien que raisonnablement ellen’en soit pas une.

Essayez donc déjà de vous y retrouver, entre ces femmes qui passent pour des femmes mariées tout en ne l’étant pas, puis celles qui le sont légalement tout en l’étant encore moins, moralement, que d’autres qui ne le sont pas légalement, puis enfin celles qui le sont sérieusement, à à la fois moralement etlégalement... Néanmoins la véritable femme mariée, celle qui en a bien vraiment la situation, qui est bien vraiment une bourgeoise ou une mondaine, entre bien certainement pour environ cinq pour cent dans le personnel des matrones, mais pas pour plus, et un pareil contingent,

je le répète, est déjà énorme! Non pas pour

| lechiffre felativementfaible qu il représente, mais pour ce qu'il indique di inconnu. Car 1 en est évidemment de la prostitution des 2.

maisons de rendez-vous comme des mala- 1 L dies constatées dans les hôpitaux. Quand on . k

y compte cent cas de fièvre typhoïde, il y 4 £ 5 : À

en a bien d’autres én ville. Sivous constatez

de même cinq pour cent de femmes mariées “ ne

où du monde dans les personnes à tant

là « passe » des établissements à la mode, =

c’est qu'il se fait ailleurs, dans bien d’autres

endroits, bien d’autres « passes » du même

genre !

— Mais c'est à peu près, en somme, ce

que déclarent certaines patronnes ? .

Èes Oui êt non, et, dans tous les cas. seule : 3

mentcertaines d’entre elles, puisque d' autres prétendentavoir chez elles une cinquantaine de femmes mariées !.…. Cinquante femmes de mariées chez une seule proxénète, c'est de la

fantasmagorie ! Cinquante femmes vivant

RD

maritalement, oui, mais pas cinquante femmes mariées, et vous voyez même toutde

suite, par là,dequelle façon lesmatrones exa-

gèrent. Ellesexagèrent en masse, comme en-

semble, ellesvoient triple,et confondent, par

besoin de réclame, et sciemment ou non, les

vraiment mariées et les soi-disant mariées.

Mais vous les faites revenir à la réalité, dès

que vous précisez un peu, et vous en avez eu

unexemplechez la V...,dans l'incident de la

carte de visite. On lui apporte devant nous la carte d’une personne qui prend le titre

de comtesse, et son premier mouvement

. est de vouloir nous la faire prendre pour une

comtesse véritable, parce que la carte est

commeunecarte de femme du monde. Puis,

sur la simple observation qu’une comtesse | authentique prendrait probablement plus:

de précautions, elle n’insiste pas, et convient que cette comtesse, malgré certaines appa-

rences, pourrait bien en être une fausse.

Re

Si nous avions suivi la personne, et si nous étions allés, en sortant de là, vérifier son domicile, dans cette rue aristocratique des - Champs-Elysées où elle demeure, nous aurions peut-être même découvert qu'elle y habitait simplement une pension de famille... Mais les matrones, néanmoins, et quoiqu’elles exagèrent, ou même quoi qu'elles inventent, n'ont pas toujours ainsi chez elles que de fausses femmes du monde, | et ilest parfaitement exact qu'elles en ont aussi quelquefois de vraies. Ce n’est pas courant et ce n'est même pas fréquent, mais enfin ellesenont toutde même... Seulement.

et voilà encore une de leurs manières de maquiller la situation, elles ont beau avoir des femmes mariées, ou faire croire qu'elles | en ont quand elles n’en ont pas, leurs maisons ne sont pas toujours absolument les salons qu'elles prétendent, bien qu'elles le

prétendent à l'unanimité. La correction, le

bon ton, l'agence agréable de liaisons libres, l'endroit de rencontres élégantes, le‘Hew de conversations aimables où jamais n’est prononcé un mot malsonnant, tout cela, c’est l'étiquette, la façade, et le prospectus de la maison ! Ce sont les deux ou trois minutes de cés entrevues préliminaires auxquelles nous avons assisté, et où les patronnes ont toujours peur de laisser les contractants une seconde de trop ensemble... Mais il faudrait voir le reste... La Maison de rendez-vous, ® même la plus élégante, ne s’en tient pas toujours à l’élégance, et là, elles ont toutes plutôt gazé, et même fortement... Lorsqu'elles :vous représentent les femmes comme venant uniquement chez elles pour faire des affaires, sans préoccupations passionnelles, sans vice, pour l'argent seul. et rien que pour l'argent, c’est vrai,et elles sont dans la stricte exactitude ! Oui, la Maison

de rendez-vous est bien positivement, pour

une femme, un établissement de crédit d'une

espèce particulière. Soit habituellement,

soit occasionnellement, à quelque classede

la société qu'elle appartienne, et dans toutes. les conditions de facilité et de dise À % possibles, elle peut toujours y trouver la somme d’argent dont elle a tout de suite

besoin, depuis les cinquante francs ou les

cent francs de la petite affaire jusqu'aux 4

trois ou quatre mille francs de la: grosse,

contre un nantissement quiest sa personne.

Ici, rien à reprendre, et la Maison de :

rendez-vous n’est même absolument que.

ça ! Mais, à côté de la femme, dont l’exclu-

sive préoccupation est l’argent, et qui est de

plus en plus froidement disposée àtoutpour

s’en procurer, il y a l’homme, le client, et

l’homme, lui, assez souvent, arrive dans la

maison avec les exigences les plus bestiales.

Le vice deshommes, aujourd’hui, est devenu

effrayant. Malgré tout cequ'’on croit savoir,

1l dépasse de beaucoup tout ce qu'on peut imaginer, et cela partout, dans tous les mondes, sous toutes les formes, et de toutes

les manières ! Voilà, il faut bien le dire, le:

véritable fléau, et peut-être même le seul,

celui dont on parle le moins mais qui serait “le plus à dénoncer, dans toutes ces questions de mœurs et de réglementation dont on parle tant ! Voilà sur quoi vivent des quantités d'industries et d’industriels !

Certains; journaux, depuis leur titre jusqu’à

la signature du gérant, ne publient exclusi-

vement que des annonces de prostitution, et pour ious les vices, pour toutes les aberrations. Etals ont des tirages considérables, ils paraissent + au grand jour, au grand soleil, ils font vivre eux-mêmes toute une multitude, tout un pullulement de petites

« boîtes » ignobles, et ne sont jamais sérieu-

sement inquiétés! Vous çonnaissez même

de grands organes quotidiens, lus par tout

le monde, que tout le monde reçoit, qu’on laisse traîner chez soi, et où des pages entières de petites correspondances ne sont, üe la première ligne à la dernière, que de la prostitution, et dela plus grosse prostitution. Au moyen de « clés », consistant à mettre les lettres des mots à rebours, et faciles à trouver par conséquent, ces journaux qui cir-.

culent dans toutes les mains en sont même arrivés à publier des choses tellement dégoûtantes, tellement immondes, qu’elles dépassent en ordure toutes celles qui se vendaient autrefoisen cachette. Et tout Ça court dans le public comme de simples annonces d’hypothèques ou de maisons à louer ! Les dénonciations, les plaintes des gens que toutes ces immondices révoltent, arrivent même continuellement dans les bureaux de la Police. | — Et on ne poursuit pas ?

— Presque jamais... La Police signale les

LES MAISONS D'ILLUSION 209 annonces délictueuses et fournit les « clés » au Parquet ; mais le Parquet ne bouge pas, ou s'arrête toujours en chemin... Et si ce n était encore que les publications de journaux, mais il y a sussi les dioramas cinématographiques, où les tableaux sont de plus en plus obscènes ! Et toutes ces drogues bizarres, tous ces traitements extraordinaires, tous ces reconstituants étranges et tous ces excitants annoncés partout et toujours pour les hommes, pour ceux qui veulent se rajeunir ou se fouetter le tempérament ! Ce qu’il y a maintenant de charlatans, et dans la clientèle de ces charlatans, ou même dans celle des médecins sérieux, ce qu’il y à d'hommes épuisés et plus ou moins âgés, qui viennent chercher à se refaire, afin de pouvoir continuer Gu recoimmencer, est véritablement inouï ! C’est incroyable, c'est à ne pas pouvoir se le fgurer, eton n'en finirait pas, s’il fallait tout énu-

en de voie publique, dans certains qua tiers, il se donne même des représentations +

au naturel. Sous . arbres, dans les à

pes, comme ceux qui se Rene . 5 foires, ou devant les cafés des boulevard autour des faiseurs de tours ou des acrobates. Ce sont tout simplement des scènes ignobles qui se passent tranquillement là e en

plein air, à ciel ouvert, sur la plus belle pro- &

at

menade de Paris, avec des assistants qui re gardent comme ils regarderaient les expé- É.

riences d'un hercule ou d’un marchand de pâte à rasoir 1 Un individu fait le guet pour | avertir si la police arrive, et les autres, pen-. É dant ce temps- -là, font le cercle autour | spectacle !. !.. On raconte que fa prostitution |

des petites filles remplit Paris, ctcen estpas

LES MAISONS D'ILLUSION Dre

vrai. Il y a, assurément, dans certaines

classes inférieures, très peu de moralité

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