‹ La fin d'une sociétéChapitre 22 sur 35 · AT ME · texte numérisé non relu

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parmi les petites filles, parce qu'il y en a

très peu chez les parents. Ainsi, vous voyez

couramment des marchandes de journaux ou des librairesvendre deslivres ou des images pornographiques, et faire tenir par leur fillette le kiosque ou la boutique où elles les vendent. De même, dans beaucoup de mai-

- sons, la concierge n empêchera pas sa petite

fille de monter son courrier au locataire qu'elle connaît pour un vieux satyre, et la laissera même s'attarder chez lui: dès l’instant que la loge en retire de petits profits. Ou bien encore, dans certains faubourgs,

une bonne partie de la population vit litté-

ralement à l’état sauvage, dans une promis-

cuité où l’idée de respecter les enfants

n'existe même pas. Tout cela est sans doute

trèsimmoral,et prépare les fillettes à la pros-

titution, mais n'est pas cependant de la pros-

titution saisissable et punissable,et la prosti-

tution des petites filles, je le répète,est encore très rare chez nous. Mais ce qui est devenu 74 très commun, c'est la fureur des hommes à 4 pourchasser les mineures, et les mineures 2 qui n’ont pas l’âge, c'est leur acharnement à

vouloir s’en procurer. C'est immonde, mais c’est ainsi! Vous rencontrez des messieurs à l’air fort bien, et dont l’extérieur n’a abso- : lument rien de suspect. Jamais un agent 4 n'aurait l’idée de les surveiller. Vous n'en ne verrez pas moins pourtant ces hommes-là. £.

aborder carrément dans la rue les mères où … : les bonnes qui se trouvent avec des enfants,

pour leur faire des propositions, et les pro-

des enfants. L'aventure est encore arrivée 4 dernièrement à la femmed'unfonctionnaire. 4 Elle promenait sa petite fille, quand un

monsieur la lui a demandée dans les termes

les plus ignoblement crus. Elle en a res-

senti un tel saisisséement qu'elle a failli en perdre connaissance... Quant à ce que certains consommateurs disent en plein boulevard aux petites bouquetières, sur les terrasses des cafés, à la façon dontils les interpellent, aux réflexions qu'ils font tout haut derrière elles, ça n’a même plus d'importance, c'est admis! Eh! bien, malgré tout cela, la prostitution des enfants n'existe encore à Paris qu’à l’état exceptionnel, mais ce n'est pas la faute des hommes si elle n’est encore que l'exception, ét cest uñniquement parce qu'ils la recherchent que vous voyez les trottoirs envahis par toutes ces nuées de. fausses fillettes! Ce sont, en réalité, des filles en carte, qui ont même quelquefois trente-cinq et quarante ans, mais qui se griment et se déguisent | ainsi en fillettes afin de répondre à la demande, parce que la fillette est deman-

dée, et cette fureur des petites filles se

de réndez-vous M — Mais on leur défend les mineures ?

= Très sévèrement, et les petites filles

plus forte raison. Les patronnes ont |’ ordre

formel, non seulement de n'avoir chez elles ni enfants, nimineures, mais encore de prévenir l'administration toutes les fois qu on leur en proposé. On n’en trouve donc pas chez elles, et elles ne pourraient même pas en avoir, si elles le voulaient. Les autré femmes de la maison, pour qui là mineure serait une concurrente redoutable, enver-

raient immédiatement des dénonciations, et Ë

lés lettres anonymes pleuvraient à à la Préfece E |

ture. Mais, si les patronnes des maisons de J

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rendez-vous ne peuvent pas ainsi avoir de”

fillettes, les hommes ne leur en demandent ï pas moins, comme ils en demandent par à tout, et les patronnes, naturellement, font

aussi comme partout, elles leur en RS

| vraies! FElles ont toujours en réserve deux

ou trois femmes de petite taille, en jupe

courte, avec une natte dans le dos, et qui:

sont même généralement à transformations.

Un tour de coiffure, un cordon lâché, et

voilà la petite fille redevenue une femme.

Un autre tour de coiffure, un cordon tiré, et

la femme est redevenue une petite fille ! Ce

n'est pasillégal, c'est ingénieux, et les ma-

2 la fausse petite fille, comme elles fournissent

D déjà la fausse femme mariée et la fausse

femme du monde. Elles tiennent les deux

illusions... Seulement, avec la fausse petite

fille, nous ne sommes vraiment plus tout à

fait dans un salon, un cercle élégant ou un simplelieu de conversation aimable, et nous

voilà loinde ce bon ton qu'elles aimenttantà

nous vanter comme étant celui de leurs maïi-

sons! filles ont toutes à la bouche les mots de

de de fausses, faute de pouvoir en donner de

GORE Le trones, au bout du compte, fournissent ainsi

«correct» et de « correction», comme celui.

d’ « amis » en parlant de leurs habitués ;

mais leurs «amis», précisément, sont aussi

quelquefois de ces enragés de vice qui ne

viennent pas du tout chez elle pour y trouver

un salon ! Leur rage, il est vrai, consiste

assez souvent à se donner l'illusion de posséder une mondaine ou une bourgeoise, ou

même à les avoir; mais d’autres ne s’en

tiennent pas là, ils réclament des piments :

encore plus violents, et comme on ne refuse.

pas leur argent, tout en le prenant avec plus

de formes que dans les établissements plus grossiers, il faut bien au moins faire semblant de leur fournir ce qu’ils demandent.

— Mais est-ce que les femmes mariées...

— Se griment en mineures?

— Oui.

— On ne sait pas, mais les patronnes, évidemment, connaissent leur clientèle, et ne

donnent pas une femme mariée ou une

femme du monde, quand elles en ontune, à

n'importe qui. Malgré tout, cependant, il y

a, à l’occasion, des scènes assez viwes, et tou-

tes les proxénètes ont dans leur carrière des histoires de femmes mariées, ou seulement soi-disant mariées, qui viennent leur reprocher, avec indignation, de les avoir présentées à un homme très mal élevé.

— Et que fait alors la proxénète ?

— Elle arrange l'affaire, en ménageant soigneusement les deux amours-propres, et sans donner tort n1 à la femme, ni au monsieur... Avant tout, d’abord, elle évite Île bruit, et tout se passe toujours très diplo-

matiquément... Seulement, malgré toute la

diplomatie déployée, on n'est plus tout de

même ici non plus dans un salon, ni dans cette fameuse correction dont elles ne cessent pas de vous parler. |

__ A-ton souvent à faire des descentes

de police ?

— Dans les grandes maisons, presque …

jamais... Chaque patronne raconte bien

qu’on en opère chez les autres, mais c'est par

esprit de concurrence et de malveillance,

comme elles font également courir Je bruit,

si l’une d'elles donne une soirée, qw OT

y a volé des couverts.

__ Cest de plus en plus le ton des.

salons !

— Oui... En résumé, la Maison de rendez-

vous est à peu près la Maison de tolérance, mais c'est la Maison de tolérance dissimulée,

qui se défend de l'être, qui prétend à une |

respéctabilité, et dont le butest dese mettre,

si c'est possible, à la portée de toutes 1 4 femmes. Voilà pourquoi les matrones …

cachent ou gazent avec tant de soin toutce

qui pourrait par trop faire confondre leurs

maisons avec d’autres, et pourquoi ellesne .

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