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générale, tout ! Le professeur de la Sorbonne, en effet, ne semblait pas seulement avoir Jà ses habitudes de client, mais ses
habitudes d’esprit. Avec un fonds de sympa-
thie, et presque d’admiration, dans la désin-
volture obligée du langage, il y avait, dans
la description de Fétablissement et le portrait de sa directrice, comme une émotion 4 discrète, et même, au dénouement, comme un enthousiasme voilé, au moment où la À “religieuse, stylée par la matrone, couron- nait son éducation nouvelle à la façon de la maison. C'était de cette pornographie courante, comme on en. voit à tous les étalages, et qui évoque, avec toutes les gravelures voulues, cequ'il ÿ a de plus précis dans le vice. On s’en représentait parfaitement la primeur donnée dans les soirées du Prieuré! (1) |
(n On s'explique RAR je ne donne ne le titre - “du volume.
La littérature dans la maison publique !
L'art chezla procureuse! La conférence dans les salons de consommation immédiate !
Ce n'est peut-être pas, dans tant de sensations pénibles, celle qui l’est le moins. Certaines matrones parlent effectivement ex cathedra. Elles ont des âmes cyniques etdi-
sent des choses ignobles, avec la grimace de labonne compagnie ou de la méthode scientifiquè. Quel tableau ! Il y a à peine quarante ans, Maxime du Camp, dans ses études sur la prostitution, notait avec stupeur l’affreuse grossièreté d'esprit des filles les plus recherchées de son époque. On les voit alors s’élever des bouges, du trottoir et des salles du Dépôt, à leur rang de maîtresses affichées, couvertes d’or et de bijoux. Elles ont beau imposer la mode au monde élégant, éclabousser Paris, elles n’en continuent pas moins, dans leurs hôtels et leurs équipages à
la Daumont, à sentir la grosse ignominie de
la barrière. Par leur situation, elles vivent
dans des palais. Pour les manièreset la con-
versation, elles sont toujours à Saint- Lazare... Aujourd’hui, la scène a changé, et vous avez la surprise encore plus cuisante de trouver quelquefois le ton des honnètes gens dans de simples établissements publics.
Il y a encore peu de temps, après avoir passé entredes haies de laquais,par des salles oùse rencontrait tout ce que Paris comptait de bien,et dansle simple but de présenter vos hommages à la maîtresse de céans, vous arriviez devant une personne qui avait l'air de sortir d’une caverne, et qui en.
sortait bien, en effet. À présent, vous sonnez
à la porte d’un palier sombre, vous atten-
dez seul dans des chambres où des rideaux
s'entre-bâillent sur vous, et vous débattez,
à demi-voix, des prix allant de cinq à vingt-
cinq louis, pour finir par vous trouver de-
vant une personne qui a l’air d’une femme
\954 LA FIN D'UNE SOCIÉTÉ ts
bien élevée, et qui en est peut-être même
une ! Vous n’avez plus à vous étonner d’être
invité à dîner avec un prince par un billet
dont l'orthographe est celle d’une fille en
carte, mais vous restez confondu, changé en statue de sel comme sur la route même de Sodome, devant un petit bleu spirituel, sentant la mondaine, et où la correspondante, d’une fine ou noble écriture, s'excuse en badinant de manquer une « passe ». Vous n’éprouvez plus l’angoisse, déjà dure, de voir des prostituées tenir la place des femmes du
monde, mais vous en ressentez une autre,
infiniment plus aiguë, en croyant voir des.
femmes du monde tenir la place des prostituées ! | Impressions et déductions pures ? Peutêtre. Mais singulièrement lancinantes! Et qui donc vient ou ne vient pas, dans les
maisons de rendez-vous ? Des femmes
du monde, à lheure qu'il” est écrivent
et publient les livres les plus audacieusement licencieux. Jusqu'où peut bien aller en secret, leur audace dans la licence?
Dans le roman, dans le théâtre, dans la
sociologie, la prostitution tient aujour-
d'hui la place autrefois tenue par l’adul-
tère. Où la mondaine et la bourgeoise,
e 5; . \ 1 « il y a quarante et cinquante ans, allaient
voir jouer des pièces risquées et lisaient des livres douteux, elles voient et lisent, . à présent, des pièces et des livres pornogra-
phiques. A l’ancienne trilogie passionnelle,
le mari, la femme et l’amant, ont succédé
une situation et des personnages beaucoup
plus simples, à savoir l’homme de toutes
les femmes et la femme de tousles hommes.
Après s'être demandé, pendant un demi-
siècle, pourquoi une femme n'aurait pas
le droit d’être à deux hommes, au moins
successivement, sinon simultanément, le
romancier et l’auteur dramatique en sont
arrivés à se demander, présentement, pourquoi elle ne pourrait pas en 14 0 compte, être à tout le monde! On avait re-
vendiqué la liberté, on revendique le liber-
tinage ! Les mœurs et la vie de nos grands-
pères ressemblaient, au moral, à leurs romans et à leurs utopies. En est-il de nous comme il en était d'eux, et l’aberration chez l’homme, la passion effrénée de l'argent chez la femme, l'amant lui-même passé à l’état d’ennui, l’effroi même d’une affection, l’horreur même d’un sentiment, on ne sait
quel besoin lâche d’une vie avant tout com-
mode, hygiénique, animale, sans regrets,
sansremords,sans conscience,sans amours, sans souvenirs, sans avenir, tout cela ne ressemble-t-il pas terriblement aussi à notre époque, et n'est-ce même pas toute notre époque ? L’un des médecins de Lourcine, le docteur Martineau, laisse échapper un
effrayant aveu. Il nous montre, au-dessus de
ne
la hiérarchie ordinaire des filles galantes,
« plus haut sur l'échelle sociale, la femme
appartenant à un certain monde, ayant une
certaine situation, et qui demande à la prostitution clandestine des ressources qu’elle.
ne saurait trouver dans son milieu nor-
mal! >» Le médecin de Lourcine ne parle-t-il
bien ici que par impression ? Est-ce bien
seulement ce qu’il devine ? N'est-ce pas ce qu'il a pu savoir ?
Et pourquoi, dernièrement, lorsque toutes
les maisons de rendez-vous n étaient pas
f . , ‘ encore affranchies de toute réglementation,
certaines d’entre elles jouissaient-elles par
avance de la plus complète immunité?r A
la dernière catégorie on imposait un re-
gistre, où se trouvaient les noms des femmes, leur âge, leur lieu de naissance, leur domicile et leur photographie. C'était la mise en livre ! A certaines dates, en outre,
ces femmes devaient produire nn certificat
de santé, Ensuite, venait la seconde catégo-
rie, la classe intermédiaire, et cette catégorie-là était déjà dispensée du livre, mais encore soumise au certificat. La femme, seulement, pouvait se le procurer auprès du médecin de son choix. Enfin, pour les.
personnes de la première catégorie, de la catégorie supérieure, exemption absolue de toute obligation, de toute formalité quelconque, même de la formalité sanitaire!
Et d'où pouvaient provenir ces inégalités ?
Sion demandait ainsi leur adresse, leurétatcivil et leur photographie aux personnes de la troisième catégorie, n'était-ce pas, simplement;qu’on pouvait se le permettre? À celles de la seconde, qui exigeaient déjà certains égards, on ne réclamait déjà plus que le certificat, demandé dans les conditions les plus discrètes, et si on neledemandait même plus aux personnes de la première, c’est qu'on
ne le pouvait même plus, même discrète-
: ment ! aire là, en effet, comme on l'a
supposé, un privilège accordé aux riches n Singulier privilège ! L'argent ne garanti pus. nécessairement la santé,’et vous ne . voyez guère [a - Préfecture privilégiant les clients riches en ne les garantissant pas.
| Était-ce, commeon l'a encore prétendu, que
la clientèle de certains personnages puis-
sants ou officiels s'étendait sur ces maisons | comme une protection : ? Mais ces personna- ges puissants ou officiels, loin de ne pas ré- clamer de précautions du tout, s’il ne s'était nt que de leurs personnes, en auraient, semble-t-il, plutôt réclamé de supplémen- . taires. Chose vraiment curieuse! Dans la
prostitution de forme ancienne, plus la mai-
soncomptait de protecteurs, et plus on y pre-
__ nait desoins. Dans la prostitution de forme
noüvelle, plus la maison a d'amis haut pla-
- cés, et moins on y assure l'hygiène. Pour-
quui dencavait-on ainsi retourné le procédé,
quand il y avait encore lieu de le faire, si ce n'était par égard pour les femmes ellesmêmes, et parce que leur condition seulerendait déjà les précautions inutiles ? Mais qui, en ce cas, étaient-elles, et comment leur condition exigeait-elle tant de délicatesser Car on agissait bien ainsi par délicatesse, on. nel’apascaché,etl'on a même voulu en êtendre le bénéfice aux femmes des classes plus modestes. L'Administration s'esttout à coup écriée démocratiquement : Place aux pauvres ! Et le Rapport Turot l'avoue : «Nous avons rencontré, dit-il, dans les maisons moins coûteuses, des femmes d'avocats, d'artistes et de médecins. » Et les photographies de ces « femmes d’avocats, d'artistes et de médecins » allaient remplir fâcheusement.à l'insu des maris, les archives de la Préfecture! Ainsi, «des femmes d’avocats, d'artistes et de médecins » acceptaient
même la mise en livre, et c’est le Rapport
pa dé Vit: lu ag
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Municipal qui nous l’apprend. Nous n’en
avions pas encore entendu autant ! Et d’où
. venainent alorsles prostituées dont la posi-
tion sociale et les susceptibilités personnel-
les, avant le régime de la liberté générale, ne pouvaient s'accommoder, ni du moindre
manque d'égards, rm de la moindre indiscré-
. tion ? Qui donc vient, ou ne vient pas, dans
les maisons de rendez-vous ?
Quelqu'un me disait un jour :
-— Lorsque jarrive de la campagne, toutes les femmes, dans la rue, me font l'effet d’être des filles, et tous les hommes d'être des aigrefins
Mot d'un hyperbolisme atroce, mais où tout, cependant, ne sonne pas faux ! Ce qui est malheureusement l'évidence même, c’est l’effrayante et triomphante poussée de la prostitution, activée et comme organisée par
l’insensé régime de la « neutralité morale »,
et rien ne la fait mieux sentir que Îa nou-
velle place prise par la proxénète,et son véri-
table avènement social. Grâce à l'espèce
de légitimité légale dont on revêt maintenant la pratique et l'exploitation du vice, la matrone en sera bientôt arrivée à passer
sérieusement, auprès d’une infinité de gens,
pour exercer un métier comme un autre, et :
seulement un peu plus discret. Imaginez, comme on nous le faisait entrevoir, un événement imprévu, un procès ou un coup de police, mettant brusquement au jour les lettres et les « petits bleus » adressés aux proxénètes, et quelles révélations ! On y trouverait bien ce qui n’y surprendrait pas, mais aussi, très probablement, ce qui surprendrait beaucoup, et ce ne serait plus du tout le gênre connu, le gros amour ou la grosse galanterie s’habillant de phrases comiques ou d’une orthographe burlesque, mais des choses fort bien dites, indiquant
de l'instruction et de l’éducation, des ma-
nières, même de la littérature et de l'esprit, en un mot, tout une fort jolie tenue dans - l'infamie ! On noterait même des confi- . dences, des demandes de conseils pratiques, des appels à une direction, et comme un ton de confession, mais d’une confession où l'on viendrait pécher, au lieu de se repentir, avec un bénéfice à la place d’une pnitence.
C’est bien le renversementet le travestis-
sement de tout, avec la parodie de la di-
‘ gnité dans la honte, le faux respect de soi-
même dans l’ignominie, et l’inconscience de Ja matrone,dans cette inconsciencegénérale, le ton qu’elle prend, son entrée prochaine dans la considération, s’expliquent parfait:ment. Elle a déjà son bureau de proxénétisme dans une maison que rien ne désigne et dans une rue comme toutes les rues. Elle opère souvent, il est vrai, sous un nom de guerre, mais parce que nous sommes encore
à uneépoque detransition, où l’«évolution»,
comme le dit toujours l’étonnant Rapport TFurot, n'est pas encore accomplie. Elle n’en fait pas moins déjà la bourgeoise, tout en.
étant ce qu'elle est, comme certaines de ses clientes font les filles, touten étant ce qu'elles sont! Dans un quartier lointain ou une jolie banlieue, elle a son home, sa famille et vise à l'honorabilité locale. De son véritable état, on ne sait rien, ou l'on en sourit agréablement, et son mari, où son pseudo-mari, est dans les vins ou les eaux minérales, comme elleest censée être elle-même dansles modes oulacouture.Ilfait l'effetd’unbravehomme, elle fait celui d'une brave femme, et leurs enfants sont des plus soigneusement élevés, le jeune homme au collège, la jeune fille dans un pensionnat. Le dimanche, après le dessert, dans la fumée du café, ils aperçoivent même déjà leur collégien professeur, avocat ou magistrat. C’est bien la réalisation :
duvœu lurot,c’est-à-dire, pour cettefemme
sci Ga UT EL STE
quinest pourtant pas tout de même une femme comme une autre, «une vie pareille à celle des autres femmes », etilen résulte ce phénomène singulier, le dernier mot du bouleversement dans une société sens des-
sus dessous, c'est que l’existence en partie
double, menée par certaines femmes ma-
riées, l’est également par les matrones, mais en sens inverse. Pendant que la femme mariée a sa vie normale dans un ménage ré.
gulier, mais plonge, à certains moments, dans la secrète infamie où l’attirent ses besoins d'argent. la proxénète, elle, vit dans l'infamie normale, mais remonte, à certaines heures, à la surface sociale, cesse d’être la X..., etse transforme en Mme Z...
C'est le système du funiculaire appliqué à la démoralisation. Le haut fait monter le bas, et le bas descendre le haut. On a déjà pu écrire, à propos du théâtre, qu'il n’y avait
plus de barrière entre la scène etla salle. On
travaille, en ce moment, à pouvoir dire,
avant peu, qu'il n’y en a pas davantageentre
la famille et le mauvais lieu !
Une société où la prostitution a pris le pas
qu’elle prend dans la nôtre est-elle possible?
Elle l’est encore comme Iupanar, mais ne
l'est plus comme société. Une société a ses
ennemis, doit se défendre, et n’en a vrai-
ment la force qu à la condition de s’estimer
assez elle-même pour le faire. Le jour où elle se sent indigne, elle s’abandonne fatalement, etse laisse engloutir, en murmu-
rant : « À quoi bon? » La société actuelle ne
paraît-elle pas déjà quelquefois avoir ce mot-
là sur les lèvres, et son extraordinaire et mystérieux fléchissement moral, son indif-
férence abêtie, la rupture de son ressort
vital, ne viennent-ils pas de l’avilissement
et de l’aberration de sés mœurs? Ne s'en
va-t-elle pas commeon en a déjà vu s’en
aller tant d’autres ? Lorsque le vice de