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honorées et respectées, et que je vois venir là, chez moi, se vendre dans des chambres, pour des sommes débattues d’avance ? Comment voulez-vous que le dégoût m'amuse?
Eh! bien, moi, monsieur, personne ne m'a jamais touchée pour un sou! Je vends ce que je vends, mais 1] y a en moi deux femmes, la femme qui en vend d’autres comme elle vendrait des tableaux, et celle qui a des enfants qu'elle entend élever dans certains sentiments.
Et elle s’agitait, se levait, se relevait, marchait à grands pas, déchiquetaitsa cigarette, la jetait, en reprenait une autre, l’allumait, se remettait à parler, se calmait tout à coup, puis vous disait posément, comme pour entrer dans une démonstration:
= — Tenez, si vous voulez bien y réfléchir, nous avons un critérium, et notre crilérium
le voilà...
Au milieu d’une de ces considérations quelle développait comme avec une méthode scientifique, la femme de chambre entrait encore, et venait lui parler à voix basse... Alors, elle s’excusait de nouveau, écrasait nerveusement son éternelle cigarette dans une petite coupe où il y avait déjà des cendres, et nous disaitencore poliment, en s'absentant du salon :
— Vous permettez ?.…..
La maison de la T... M...estun joli hôtel des environs de l’avenue du Bois. L'hôtel est le don d’un protecteur enthousiaste, et meublé avec un luxe rare. Nous ne sommes plus, ici, dans le fourré de portières et de tentures d'un pseudo-Orient, mais dans le vieil Aubusson et la Savonnerie. Voici des tapisseries de prix et des dessins d’art, un
Boucher authentique offert par une Altesse
étrangère, et des quantités de Wilette. Un.
peu partout, dans les salons du bas, des
portes vitrées à petits rideaux de soie plissés, tendus sur doubles tringles, et qu’on
rapproche ou qu'on entre-bâille à volonté.
Dans les chambres, des tentures de satin ou
de toiles de Gênes, des salles de bains en marbre, et des rangées d'objets de toilette en argent, flacons, brosses, peignes, boîtes à poudre, sur des tables à glaces, toutes gar-
nies de point d'Angleterre.
Une pareille « maison d'illusion » indique
évidemment des « amis » prinéiers, ou tout au moins très haut placés, et la TT...
M... a des uns et des autres.
L'un des premiers, un jour, l'Altesse étrangère, se trouvait avec elle aux courses,
et la T... M... la priait de lui faire donner
un coupe-file. L'Altesse, alors, cherchait
du regard autour d'elle, apercevait un de
nos personnages officiels, lui faisait un
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signe, et le personnage accourait précipitamment.
— Monseigneur ?
— Madame veut un coupe-file.
— Oh! Monseigneur, mais c'est impossible !
— Demain, monsieur, à midi, au plus tard, il faut, entendez-vous, que le coupefile soit chez madame.
— Mais. Votre Altesse…
— À midi, monsieur, au plus tard...
Et le personnage officiel apportait luimême, le lendemain, le coupe-file chez la T... M... Puis, il se mettait à fréquenter sa maison à la suite de cette visite, et elle lui disait un jour :
— Vous ne connaissez pas mon ami le baron K...!
— Non.
— Je vous le présenterai. Il a quelque
chose à vous demander.
— Quoi donc ?
-— La Légion d'honneur. — Oh !... Mais ce n'est pas possible ?
— Si, si, je veux qu’il l'ait... Je le veux, je le veux. Il l’aüra !
Et le baron avait le ruban rouge...
Dans un boudoir du rez-de-chaussée, face
au jour doucement tamisé, on voit un ma-
gnifique pastel. Il figurait, il y a quelques années, à l’un des salons de peinture, et représente une très jolie femme, d’un blond d’or clair, les yeux d’un vert d'émeraude pâle, avec un teint de lait rosé, les bras nus, vêtue d'’étoffes aériennes s’harmonisant avec le lait du teint, l’'émeraude des yeux et l'or de la chevelure. C’est le portrait même de la T...:M..:"Elle vous: y fait penser d'une Ophélie galante qui se serait jetée dans.la mousseline,au lieu de se jeter à la rivière.
[l est de bonne heure... Grâce à l'obli-
geance de la « coursière », une certaine