‹ La fin de BabyloneChapitre 12 sur 57 · EN PHÉNICIE · texte numérisé non relu

EN PHÉNICIE

et surtout en amour. Le signe qui te guide trouve en ces lieux son immédiate application. »

Vietrix, inquiet, tendit l'oreille. La voix de Sopphâ se faisait plus caressante.

— Et puis ici, dit-elle, si tu te refuses au commerce du mâle, ce que je comprends, ma foi ! assez bien, du moins trouveras-tu à la jolie villa que j'habite avec Isé une hospitalité tendre et complète.

— Certes, je suis touché. Mais je croyais que tes principes...

— Les hommes de mon pays, en dépit de leurs pratiques sportives, ont rompu déjà l'équilibre entre la chair et l'esprit. Leur corps, par d'artificiels procédés, se maintient assez fort. Mais leur âme est perverse, leur étreinte est toujours calculée. Malgré que ton esprit ne soit plus déjà tout à fait pur, il y a en toi une jeunesse et une force spontanées que par ici nous ne connaissons plus. Je t'aime, Vietrix, demeure avec moi. Isé sera notre docile esclave.

— Hélas ! où serais-je mieux que dans ta maison, auprès de toi, Sopphâ?... Mais non, je sens que mon destin m'entraîne pour quelque temps encore vers les régions de l'est... Pythagore me l'a dit...

— Pythagore est un âne.

— Quand j'aurai visité cet Orient lointain, la grande Babylone, je reviendrai vers toi. Et l'un et

l'autre nous saurons composer sur mon vo^^age quelque poème d'une riche matière. »

Cet argument parut faire impression sur la poétesse.

— Et puis, ajouta A^ietrix, j'ai une petite querelle à régler à Tyr qui me tient fort au cœur. Je suis, ainsi que tu Tas dit, un homme. Je ne saurais laisser une injure impunie.

Bref, la séparation s'était faite sans trop de mal. Vietrix, l'esprit troublé par les visions voluptueuses des dernières nuits, avait eu quelque peine à résister à la tentation. Certes, il eût visité cette belle Chypre. Mais l'interprétation delà croix gammée de la poétesse lui apparaissait tout à fait fantaisiste. Il devait, ainsi que le lui avait dit le druide, poursuivre encore son chemin. A peine s'arrêterait-il à Tyr, le temps de châtier Canabal et de retrouver la fillette tatouée qu'il avait bel et bien payée de ses écus.

Ce fut aussi l'avis de Nephtali.

— Cette poétesse a le cerveau tortu, lui dit le vieillard. La croix gammée ne se rapporte point à de telles amours. Ne te laisse pas prendre dans les filets des courtisanes. Je ne puis te renseigner sur ce signe, il procède de cultes anciens que nous

Page 1