AU TEMPLE DE MYLITTA I
riage est nécessaire à la perpétuation d'une race, à l'équilibre des facultés, mais c'est une insulte à la divinité que de concentrer, par ce prétexte, sur un seul être toute la puissance d'amour enfermée en chacun. Vois nos grands commerçants, nos fonctionnaires, même nos illustres généraux, tout le clan des doctrinaires enfin. Quelle plate banalité, quelle absence d'enthousiasme sur leur face ! Une vie trop stricte de famille a rabaissé leur âme, jadis hautaine et grande, à rien du tout !
^< La prostitution masculine et féminine doit subsister à côté du mariage. Elle entretient la jeunesse^ l'enthousiasme. Elle atténue le caractère égoïste dangereux du mariage, elle fait en même temps mieux goûter, par réaction, les joies du foyer.
^< Je n'entends point parler ici de la basse prostitution qui se cache — hélas ! un tel usage s'étend déjà sur tout Babylone pour sa perdition ! — mais de la prostitution claire, au grand jour, la prostitution qui n'a point perdu son caractère religieux traditionnel. Oui, dans un Etat bien organisé, la prostitution doit être religieuse et obligatoire.
K A nous autres, hiérodules des deux sexes, a été confié ce rôle sacré de maintenir l'offrande d'amour. Dès le jeune âge, nous avons livré notre corps aux fidèles. Et c'est pourquoi tu me vois aujourd'hui un peu fatigué. Nous avons veillé sur les temples élevés à l'amour, nous avons courbé les hommes devant la beauté resplendissante et nue de
nos prêtresses et les femmes devant les images de gigantesques phallus. Nous avons prêché partout la parole d'amour.
« Nous n'avons pas voulu qu'un être pût dire : — Cet autre être est à moi seul ! — Nous ne l'avons pas voulu pour sa tranquillité à lui, pour la tranquillité de l'Etat, pour la gloire de la déesse et le plaisir de l'humanité future ! Tout à l'heure, une femme réputée pour sa vertu va venir se prostituer entre tes bras. Songe à faire exactement, brillamment ton devoir, ainsi tu rempliras le rôle social qu'a prévu le législateur. Voici le petit salon des glaces, je t'y laisse. Il y a sur la table quelques rafraîchissements. Veuille seulement, pour plus de commodité et afm de ménager les susceptibilités de la dame, me rem.ettre directement le petit cadeau d'usage... Oh! il est laissé à ton entière discrétion ! »