‹ La fin de BabyloneChapitre 30 sur 57 · LE SACRIFICE A LA DEESSE D AMOUR · texte numérisé non relu

LE SACRIFICE A LA DEESSE D AMOUR

Perversion babylonienne. — Le salon des glaces, — Dans les ténèbres. — Suzanne convertie. — La surprise au bain. — La condamnation pour adultère. — Intervention de Daniel. — Suzanne calomniée. — Le marché du mariage. — La folle enchère. — Triomphe de Suzanne. — L'adjudication.

Les intentions sévères de Suzanne ^Dinosor ne devaient point tenir contre l'humeur amoureuse et letreinte puissante de Vietrix, ce jour-là. Le généra^ avait mené durant toute sa carrière paillarde existence. Il avait sous tous cieux fréquenté d'expertes courtisanes et pratiquait ce genre de perversion sexuelle qui était de mode à Babylone. Fort âgé, puisqu'il avait pris part à la plupart des grandes expéditions de Nabuchodonosor, il avait besoin de quelques condiments aux rares jours où il humait maintenant la couche de son épouse. Il se âorgeait de drogues et avait soin de faire préparer

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Suzanne à son exemple par leurs petites esclaves égyptiennes et juives. L'amour à Babylone ne se jouait plus dans un certain monde que sur la gamme des sensations énervantes, à fleur de peau et à l'inverse des normales méthodes. Suzanne sortait des bras du brave militaire plutôt brisée que reposée.

Les glaces de la chambre d'honneur ne la satisfirent point de prime abord, et elle adressa au prêtre quelques vifs reproches sur ce manque d'égards. La prenait-on pour une prostituée dont le devoir est d'exciter le client ? Si cet étranger n'était point satisfait, tant pis ! Elle rechigna contre l'ameublement composé d'un divan, deux tabourets, au mur une sculpture de la bonne déesse Istar-Mylitta et en face, accroché, un phalle en assez belle parade.

Elle réclama les ténèbres, mais quand l'acte eut été consommé, le désir de partir tout de suite l'avait quittée. Entre les bras de l'homme jeune et fort, sa volonté s'était fondue, et elle lui avait le mieux du monde rendu son étreinte. Elle le pria donc de réouvrir la fenêtre qui donnait sur les jardins et prit sur le divan une confortable position. Puis elle le questionna longuement. Quand une femme

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a joui par un homme, tout Tintéresse de lui, mais lut-il un génie, peu de chose auparavant.

Vietrix lui conta ses aventures, assis au rebord du divan, tandis que la belle Suzanne se vautrait voluptueusement autour de lui. Ses hanches puissantes, ses seins abondants mais toujours durs se reflétaient à l'infini dans les miroirs habilement disposés. Elle avait pris la main de son amant et s'efforçait distraitement de l'égarer. La bonne déesse Istar et le phallus veillaient sur ce tableau familial.

A son tour, Vietrix lui demanda quelques détails sur sa personne.

— Je suis Juive, lui dit-elle, mais je naquis au pays babylonien. Toute jeune, pauvre orpheline, innocente et timide, — on m'appelait la chaste Suzanne, — je fus mariée à un homme de ma tribu du nom de Joachim. C'était un saint personnage, mais plus réservé encore que moi-même sur la question d'amour, craignant sans doute ces terribles emportements de la chair contre lesquels chez nous les prophètes, depuis cinquante ans, hurlaient à qui mieux mieux; il me respecta et oublia même de m'ôter la virginité.

« Cela se savait dans le pays, et tous les célibataires d'Israël ou de Juda, jeunes godelureaux ou

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riches vieillards, ne manquaient point, quand ils me rencontraient,, de me faire un doigt de cour. Ils me surveillaient, m'épiaient comme une proie certaine, qui tomberait un jour ou l'autre entre leurs griffes.

« Un beau jour, par la forte canicule, j'avais décidé de prendre un bain dans le bassin qui se trouvait au milieu du jardin fruitier attenant à notre maison. Joachim avait quelques biens. J'expédiai mes deux esclaves chercher les huiles, les parfums, les pommades nécessaires à ma toilette. Oh ! en ce temps-là, elle n'était guère compliquée ! Il est vrai que je me soignais pour moi seule, ce qui est une des plus douces voluptés des très jeunes femmes. Je leur donnai ordre de verrouiller la porte.

« Tandis que délicieusement je plongeais mes membres dans le petit bassin, j'entendis soudain comme un bruissement de feuille. Horreur! entre les larges palmes je distinguais en même temps quatre yeux luisants, puis deux figures de vieillards contractées d'un affreux rictus. Ah ! les vilains ! Indignée, je sautai sur mes vêtements, m'efforçant de dissimuler de mes mains mes charmes à leur vue. Mais ils s'avancèrent vers moi. Je les reconnus alors : c'étaient deux hauts magistrats de la communauté, délégués à juger tous nos crimes et délits avec la haute approbation du gouvernement babylonien.

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