‹ La fin de BabyloneChapitre 31 sur 57 · SUZANNE ET LES VIEILLARDS · texte numérisé non relu

SUZANNE ET LES VIEILLARDS

LE SACRIFICE A LA DÉESSE d'aMOUR 209

— Il n'y a personne ici, me dit l'un d'eux. La porte est bien close. Suzanne, nous t'aimons tous les deux, sois à nous !

— Tous les deux! V^ous n'y allez pas de main morte ! Si je voulais tromper l'homme qui est mon époux, leur dis-je, moitié rires, moitié larmes, ce serait toujours avec mieux tournés que vous. Allons, sortez d'ici.

« J'avais réussi à saisir ma chemise et retrouvé mon corsage.

« Mais ils semblaient avoir, eux, une idée derrière la tête.

— Si tu ne veux pas te donner à nous, nous te jouerons un mauvais tour. Il est encore temps.

— Sortez I Et je me mis à crier de toutes mes forces.

« Alors ils ouvrirent eux-mêmes la porte et appelèrent plus fort que moi les passants, mon mari, mes servantes.

— Un jeune homme vient de sortir d'ici avec lequel cette femme a commis le crime de fornication et d'adultère ! Nous en témoignerons ! Elle doit périr, c'est la loi. Du reste, nous sommes les juges. Et nous la condamnons à mort!

« Ah î ce fut déjà un joli scandale. Ils étaient tous enchantés, et mes amis, et mes adorateurs, et la foule, d'avoir pincé en flagrant délit la chaste Suzanne.

« Je fus donc menée à la prison. Joachim était

atterré et n'avait rien trouvé à dire pour ma défense. Peut-être Thomme auquel j'avais gardé ma fidélité en dépit de son incapacité se croyait-il vraiment trompé dès cet instant !

« Je commençais déjà à regretter ma révolte d'honnête femme.

« J'attendais mon sort, en prison, quand, au troisième jour, il se produisit un événement bizarre. Un jeune homme du nom de Daniel, qui m'avait à la vérité fait la cour, mais que j'avais à peine remarqué, avait réussi à obtenir de l'entourage du roi Nabuchodonosor, dont il faisait partie en qualité d'apprenti mage, de mignon, disaient les mauvaises langues, que les deux vieillards fussent interrogés par lui. Deux hauts magistrats à barbe blanche interrogés par un enfant, cela te donne une légère idée de l'anarchie qui régnait à la cour de cet excellent Nabuchodonosor.

« Daniel les confondit, paraît-il, les questionnant l'un après l'autre sur les détails de l'aventure. Ou plutôt on lui donna raison, car il était par sa position le plus influent. Le peuple m'acquitta et une condamnation à mort, selon la loi de Moïse, fut prononcée par acclamation contre mes deux accusateurs.

« On ne m'aurait point mise à mort. La sentence était de pure forme. Tous ceux que ma vertu avait décontenancés eussent, du .reste, été navrés de la voir exécutée, non à cause de mon trépas,

Page 1