‹ La fin de BabyloneChapitre 35 sur 57 · SUZANNE ET LES VIEILLARDS · texte numérisé non relu

SUZANNE ET LES VIEILLARDS

trailles des guerriers. Mais son front était toujours chargé de plis. Il s'approcha du roi et ils échangèrent quelques mots.

On fit alors venir des femmes, des esclaves étrangères. Elles avaient été offertes aux prêtres par les particuliers. Il y en avait même du harem du roi. Elles étaient belles, quoique âgées pour la plupart. Les donateurs, évidemment, avaient fait leur choix.

Elles furent étendues nues, les seins en l'air, le ventre bombant, attachées par des chaînes d'or qui aboutissaient aux cornes de taureau de Bel. Tandis que les aides les maintenaient, le grand prêtre leur ouvrit les entrailles, les étala, et les examina vivantes. Puis toutes à la fois furent précipitées dans le bûcher, suspendues aux chaînes. Eventrées, plusieurs vivaient encore et on entendit quelques instants des hurlements sinistres monter du fond du gouffre.

Le grand prêtre cependant était toujours soucieux. Il se concerta avec le grand conseiller des Mages, un vieillard âgé de plus de deux cents

ans. Puis il prononça quelques paroles qui se perdirent dans le bruit.

— Que se passe-t-il ? demanda Vietrix à Mat- Shan.

— Il se passe ceci, que les mages réclament des victimes babyloniennes pour le grand exorcisme et la grande expiation. Bel devrait être satisfait. Si les présages demeurent toujours mauvais, c'est que l'action de tous les démons malfaisants coalisés est prépondérante sur celle de Bel luimême. Il faut extirper le mal de quelques individus, pris pour émissaires de tous. On va égorger un certain nombre de nos compatriotes.

Un silence lourd se fit sur l'assemblée.

A cet instant, Dhi-Sor poussa Mat-Shan du coude.

— Si je lisais un de mes elzos qui sont de nature à donner le mépris de la mort et à élever le cœur des Babyloniens pusillanimes?

Dhi-Sor depuis des mois avait pâli à faire les ehos que Mat-Shan lui avait si chaleureusement recommandés. Il en avait composé de magnifiques; par malheur, luucacsion lui avait toujours manqué de les faire connaître à Balthazar ou aux grands qui l'en eussent récompensé. Recommandé par Meretçar, il tombait toujours au palais au mauvais moment, quand Balthazar s'éveillait d'un mauvais rêve ou venait, par sadisme, de faire égorger un de ses favoris ou favorites. L'infortuné Dhi-Sor ne pouvait pas placer ses elzos.

Il crut à cet instant, où la vertu avait besoin d'être exaltée, que son concours serait apprécié.

— Tais-toi donc, imbécile ! lui répondit brutalement Mat-Shan. Le grand prêtre fait son choix. Si tu attires l'attention sur toi, tu vas te faire égorger 1

Dhi-Sor, avec un soupir, mit sa brique dans sa poche.

— Pour moi, étranger, je suis maintenant tranquille, se dit Vietrix.

Ils furent bientôt tous rassurés. C'étaient des vierges, en effet, que Bel réclamait.

— Je ne le suis point, déclara Dhi-Sor.

— Ni moi, fit Poladamastor.

— Et moi moins encore, appuya Mat-Shan.

Le grand prêtre, passant dans l'assistance, avait choisi trois garçons et quatre fillettes, appartenant à des classes différentes de la société, mais de familles connues. Les parents, du reste, y acquiescèrent tout de suite. L'honneur du sacrifice rejaillirait sur toute la maison.

Les garçons, agenouillés devant Bel, gardaient pour l'instant leurs tuniques, mais les filles, mises à nu, furent étendues sur la table de sacrifice. La plaque d'or avait été nettoyée, purifiée, et tendue d'une nappe de lin d'une blancheur éblouissante.

— Ceux du sexe mâle, dès l'enfance, ont été circoncis au temple, expliqua Mat-Shan à Vietrix. Le ligament fut offert religieusement à la divinité. Il est dans le rite que la membrane des filles soit de môme brisée aujourd'hui.

Le grand prêtre prit un ciseau d'or qui avait été exposé au feu du bûcher. Les torches s'étaient concentrées autour de lui. Les hiérodules écartèrent les jambes de chacune des fillettes à tour de rôle et le prêtre de son ciseau déchira leurs membranes qui étaient bien intactes. Le sang des vierges coula alors sur l'autel.

Le grand prêtre s'inclina devant Bel, offrant les prémices des jeunes Babyloniennes.

« Bel ! fondateur, seigneur du monde ! roi des esprits ! » répétait la foule, plus recueillie et comme emplie de crainte maintenant.

Page 1