II
ment que possible — maladroitement est in* dttlgent. J*ai rapporté textuellement, d'après
la relation du chevalier de Bouillé, les termes dont il se servit en transmettant ces avis à cet officier, posté à Varenncs, Je maintiens qu'un homme désireux de faire arrêter la berline royale n'eût point parlé ni agi autrement. De fatt« le relai et le poste s*en trouvèrent désorganisés et l'arrestation eut lieu, quatre heures plus tard» à la barbe de soixante hussards, auxquels personne ne donna des ordres.
2** Ce Léonard oioait encore sous la Restauration. Quand» en i838, Lamotte-Langon publia un roman, prétendu historique, dont le coiffeur de la Reine^ le Léonard de Varennes, était le héros, un des neveux de Léonard protesta contre certains passages de cette publication apocryphe, peu respectueux» paraît-il» pour la mémoire de la Reine, et il affirmait que, n'ayant pas quitté son oncle depuis i8i4, année de son retour de Russie, jusqu'en 1^19» époque de sa mort, il
se portait garant que cet oncle avait toujours gardé un culte recortnaissant pour Marie- Antoinette. C'est dénaturer absolument ce texte si précis que d*y i>oir une allusion à un autre oncle qu'au Léonard de Varennes, le seul en cause, celui dont le lii>re incriminé Si^àit la prétention de conter les aventures.
3* Il y apait eu, pourtant, en l'an II, un personnage condamné à mort par le tribunal révolutionnaire, comme étant le Léonard de Varennes. L'acte d'accusation porte, en effet, que le prévenu <c a été compris dans le voyage de Varennes, ayant été porteur des diamants d'Antoinette et d'Ëlisabeth Capet ».
Qu'il y ait eu, en 1791, deux Léonard, tous deux coiffeurs de la Reine, je le veux bien, encore que la chose ne soit pas établie; mais, à coup sûr, un seul avait été employé lors de la fuite du Roi.
J'en conclus, et je me dispenserai d'y revenir, que, officiellement, le Léonard de Varennes fut exécuté en 1794 ; qu'en réalité, il existait encore en 1814, année de son retour
de Russie, et que, par conséquent, quelqu'un aY>att été guillotiné à sa place. Un de ses frères! C'est possible ; je ne sais pas. C'est un point sur lequel devrait m'éclairer M. Bord pour qui l'histoire apparemment n'a pas de mystères : pour moi, elle en est pleine, je le reconnais : ce ne sont que des parcelles de Dérité qu'on arrache à l'immense domaine de l'inconnu et de l'inexpliqué.
Quant aux faits eux*-mèmes que je t^iens de résumer, il faudrait, pour les rejeter^ se mettre en contradiction at>ec les Mémoires du duc de Choiseul, les Mémoires du comte Louis de Bouillé, la Helaiion du chevalier de Bouillé qui y est textuellement citée, VEx^ posé de la conduite du comte Charles de Raigecourt, la l^elation du comte Charles de Damas, tous acteurs du drame de Varennes :
il faudrait aussi contester l'authenticité des procès-verbaux du tribunal révolutionnaire, conservés aux Archives nationales, et encore la lettre écrite, en t8S8, par le neveu de Léonard, bien placé pour savoir les choses,
puisqu'il n'avail p<is quitté son oncle depuis 1B14 jusqu'en tStç. Il me semble téméraire, même sur rinoitation pressante de M. Bord, de récuser les assertions formetles de telles autorités.
Veuille^ agréer, Monsieur te Directeur, rassurance de ma très Dîoe gratitude et de mes sentiments les plus dévoués.
G. Lbnotre.
{Gaulois du 18 août tçuS.)
£n mars t65o une ga3ette d'Anuers annonçait que te t)enait de mourir à Stockholm un individu qui prétendait avoir trouvé le moyen de ne pas vieillir. »
L'individu était Descartes*
M. Lenôtre semble avoir retrouvé, au pro^ fit des autres, le procédé de Descartes et ce procédé est bien simple : remplacer une personnalité par sa fonction. Ainsi, le coiffeur
de la Keine est mort en 179^, mais comme il y a un net>eu qui prétend awir causé avec le coiffeur de la Keine de 1814 à 1819, il est donc mort une seconde fois.
M. Lenôtre s'obstine à ne pas répondre à mes questions ; il s'acharne sur la lettre du neueu qui a pour unique but « de démentir les Mémoires de Léonard ». Quant aux Mé^ moires qu'il cite dans le Gaulois aucun d'eux n'a le plus léger rapport at>ec le débat actuellement pendant entre nous.
Je me borne donc h constater que M. Lenôtre n'a pu répondre h aucun des arguments ci-dessous :
i"" £n vertu de quel document établit-il que Jean-François Autié, né en 1758 et guillotiné le 7 thermidor^ est la même personne ciuile que Léonard-Alexis Autié, né en 1750 et mort en 1820I
z'' Pour quelle cause a-t-il rajeuni de huit ans le défunt de 1820 pour lui donner précisément la même date de naissance (1758) qu'au guillotiné de 1794!
En résumé, les diamants de' la Reme et de M"* Élisabeth n'ont pas été \>olés par un des frères Autié et ce n*est pas le condamné de 1794 qui reparaît en i^i^^ après une substitution payée avec le produit du vol des diamants.
C'est ce qu'il fallait démontrer.
Gustave Bokd.
{Gaulois du 21 août 1905.)
Paris, 22 août 1905.
Monsieur le Directeur»
Permette^;, à moi aussi, un dernier mot.
J'ai raconté, dans le Drame de Varennes, l'aventure du coiffeur Léonard, nominalement guillotiné en 1794 et vivant cependant encore à l'époque de la Restauration. Je constatais qu'il y a là une énigme et, pour tenter d*en trouver le mot, j'avançais deux hypothèses, choisies parmi celles qui me paraissaient les plus acceptables.
M. Bord assurait, lui, que rien n^étaît moins mystérieux et qu'il était en mesure»
grâce à certains documents en sa possession, de donner la solution de ce petit problème historique.
J'attendais une preuve décisive» devant laquelle ^ est-*il besoin de le répéter 1 — je me serais immédiatement incliné ; mais les documents publiés par M. Bord éclairent si peu la thèse» qu'en fin de compte, il me retourne — à moi qui la lui pose — la question faisant l'objet du débat : Quel est le vrai Léonard ? Est-ce celui mort en 1794, ou celui qui survécut jusqu'au règne de Louis XVIII]
Il faut donc, pour le moment, se résigner :
la légende de Léonard reste aussi mystérieuse qu'elle Tétait il y a quelques jours.
Nous sommes encore en présence du problème qu'avait posé avant moi, en 1890, le regretté M. Bégis; qu'a\)ait posé, déjà, il y a quelque soixante ans, la Biographie univers selle, 1842, supplément, tome 71, article Léonard. Cet article est signé de Michaud jeune ;
I^ersonne n'ignore aoec quelle conscience étaient établies les notices que cet érudit consacrait aux personnages de la Résolution.
Celle où il précise les phases de la longue v\z de Léonard présente des garanties particulières; c'est, en effet, Michaud jeune»
qui, étant directeur de la Quotidienne^ aoait, en i838, à l'occasion de la publication du livre de Lamotte-Langon, eu affaire au netoeu du célèbre coiffeur.
C'est de ce neveu — le texte ici ne laisse aucun doute — qu'il tenait les éléments de son article, très indulgent et même très élogteux. Or, pour Michaud, comme pour Bégis, comme pour mot, le Léonard de Varennes, le coiffeur de la reine Marie-Antoinette, le seul Léonard, enfin, est mort sous la Res* tauration et a, par conséquent, au moyen d'un subterfuge inexpliqué, échappé à Téchafaud révolutionnaire.
Veuille^; agréer, Monsieur le Directeur, l'assurance de ma considération la plus distinguée. G. Lbnotre.
LÉONARD, LE COIFFEUR DE LA REINE — UNE ERREUR HISTORIQUE — EST-IL REPARU APRÈS AVOIR