ÉTÉ GUILLOTINÉ
Encore une légende qui file : celle de Léonard, k coiffeur de la Reîne, mort deux fois.
Vous av)e5 du jouer Varennes, la pièce de MM. Lauedan et Lenôtre ; t>ous 2iW^ du quel parti les auteurs ont tiré de Léonard, le coiffeur qui fut la mouche du coche, on peut le dire, et par qui le coche eut de si fâcheuses aventures I Petit homme sans cervelle, dépositaire du secret de la fuite, fourrier de l'expédition, courant au devant de la berline qui essayait de dérober à Téchafaud ses royales victimes, agité, important, poltron, gaffeur. Il arrive à Varennes, parle en maître, donne des ordres. Il dit à M. de Bouillé : « Je vous engage à partir ; le roi va être arrêté à Chàlons, s'il ne lest déjà, m £t M. de
Bouille, facilement impressionné, se retire. Et quand la berline arrivera, les voyageurs ne trouveront plus au relais fatal les protec^ teurs sur lesquels ils croyaient pouvoir compter.
Ce Léonard a été guillotiné, et précisément
pour sa participation au v>oyage de Varennés.
« Arrêté en messidor an II,« dit M. Lenôtre, il fut condamné à mort le 7 thermidor, il figure dans la mime fournée que Roucher et André Chénier; les corps furent mis à la fosse commune de Picpus et comme d'habitude on dressa le procés-verbal de mise à exécution, les actes authentiques des deux condamnés qui furent consignés à l'état-*
» En 1814, le coiffeur Léonard (le guillotiné) revenait de Russie, où il avait passé vingt ans., u
Et M. Lenôtre qui jouit de notre surprise adroitement amenée, ajoute :
« Si nous racontions l'histoire de Rocam-
bolc, nul ne s'étonnerait de cette rentrée en scène du héros fameux par ses successives résurrections ; mais de la part d'un personnage qui n'a rien à démêler auec le roman, une telle réapparition est tout au moins singulière. Il n'y a point là pourtant place k l'incrédulité : Jean-François Autié, dit Léonard, très officiellement guillotiné en l'an II, Y)ii9ait encore à l'époque de la Restauration* u Cette opinion est également celle de feu Bégis, un érudit de haute valeur qui écrivait en 1890 ;
«Par suite d'une substitution de prisonnier de la part des guichetiers et des concierges, Léonard put échapper à l'exécution de son jugement et se réfugier à Rennes, d'où il ne revint qu'en 1814. En 18 18, il était ordonnateur général du seroice des inhumations, rue Saint-Thomas-du-Louvre, n* 26.
Il mourut à Paris, le 24 mars 1820, et Marie-Adélaïde Jacobi, sa veuve, se présentait pour demander une pension le 8 octobre 1824.
ce Si Léonard a pu échapper ainsi à la mort
conclut M. Bégis, ce ne peut être qu'à l'aide d'une fraude ou d'une supercherie et aux dépens d'un malheureux prisonnier qui fut exécuté sans jugement, par la faute ou la volonté des guichetiers ou des concierges de la prison.»
Hypothèse — hypothèse un peu tirée par les cheveux, mais dans une histoire de coiffeur... !
Cette hypothèse, cependant, entraîne M.
Lenôtre, car l'autorité du vieil érudit Bégis est grande, et puissante la fascination qu'il exerce. Sans doute c'est à la substitution qu'il faut toujours arriver quand on aboutit à la survivance d'un mort : mais comment, dans ce cas, la substitution se fit-elle I
« Un pareil tour, observe M. Lenôtre, coûtait gros : il y fallait la complicité du geôlier, du concierge et du greffier, tous gens fc achetables u, mais à gros prix. Et la pensée revient à cette cassette contenant les bijoux de la Reine qui, grâce à Tarrestation du roi à Varennes, est restée aux mains de
Léonard et qui disparut si mystérieusement le lendemain même du jour où il fut obligé de s*en dessaisir u
L'accusation est graioe : elle fait de Léonard à la fois un meurtrier et un voleur.
On connaît l'histoire de cette cassette. Le 20 juin 1791, au moment de se mettre à table avec le roi, la reine Marie- Antoinette fit appeler son coiffeur, Léonard, qui logeait aux Tuileries. Il accourut ; la reine lui dit :
ce — Léonard, je puis compter sur vous i
» — Ah! madame, dispose^ de moi, je vous suis tout dévoué.
» — Voici une lettre, porte^-là au duc de Choiseul ; ne la remette^ qu'à lui. Obéissezlui exactement comme à moi-même, sans réflexion ni résistance, a
Léonard s'acquitta de sa mission. Il y avait, dans la cour, un cabriolet, le duc de Choiseul l'y fît monter.
« — Où partons-nous 1 gémissait le pauvre coiffeur, j'ai laissé ma clef sur la porte et j ai promis de coiffer Mme de Laage qui m'attend i>
A quarante lieues de Paris, M. de Choiscul révila à son compagnon que le rot était en fuite et que le cabriolet contenait et les bijoux de la reine et les diamants de M"' Elisabeth.
Plus loin M. de Chotseul le quitta en emportant les diamants de M"** Elisabeth, et en lui laissant le reste avec des instructions.
Léonard reprît son chemin très ému, s*embarassant dans des ordres incohérents et contradictoires, et plus ahuri sans doute qu'important. Il était uisiblement au-dessous de sa mission ; mais on Ten avait si ma! instruit et elle était si délicate ! Puis ce fut à qui, dans ce drame si mal combiné, accumulerait le plus de fautes. Léonard remit les missives à qui de droit, et les bijoux de la reine à M. de Damas qui donna le coffret à l'un de ses officiers. On trouva, le lendemain, l'officier percé de coups et mourant. Le coffret avait disparu.
Il ne vint à personne l'idée de soupçonner Léonard qui» après le retour de Varennes,
retrouva sa clef sur sa porte, et M""' de Laage qui l'attendait — > et ta reine qui, remise d'une si chaude alarme, recommença à lui abandonner sa monumentale cheDelure. Le peigne
ne tomba des mains de Léonard que le lo août.
Cependant M. Lenôtrc, écrivain aussi charmant qu'historien oéridique, minutieux dans les plus petits détails, en son li\?re VarenneSt qui est un chef d'œui^re» comme en son drame, peint en Léonard un personnage suspect. Nettement, il Y>a jusqu'à l'accuser d'aiooir volé les bijoux de la reine. Ce serait at>ec l'argent du vol qu'il aurait, en thermidor, corrompu ses gardiens, pour faire à sa place, guillotiner un pauvre diable de prisonnier...
Or, il y a un an environ, avec Gustave Bord, j'explorais la poussière de Tétat-civil. Il me dit tout-à-coup à propos de je ne sais trop quoi :
<f — J'ai trouvé de quoi réhabiliter cet infortuné Léonard... Il n'est pas vrai qu'on
Tait DU en 1814, quoique guillotiné vingt ans aY>ant. Il a été bel et bien guillotiné en personne et enuoyé par Samson là d'où Ton ne revient pas...
« — Ditcs-le : on doit la vérité aux morts surtout si c'est pour les senoir. »
M. Gustave Bord répondit : « J'y penserai».
Il y a pensé. Il toient de plaider ce procès en revision dans le Correspondant. Il lui a suffi de produire quelques actes d'état-civil.
Léonard Alexis — Autié de son vrai nom — natif de Pamiers, Dint se fixer à Paris en 1769. Il fonda, Chaussée d*Antin, une académie de coiffure à Tusage des domestiques de grande maison. Le projet réussit ; il appela ses frères et ses cousins auprès de lui.
Tous ces Autié sont indifféremmentnommés Léonard. Ce n*est pas une famille, c'est une dynastie. Tel Napoléon : l'aîné a fait de son prénom un nom glorieux.
Léonard Alexis — fondateur de la dynastie en 1787, abandonna son commerce pour se lancer dans l'exploitation théâtrale ; il
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finit par s'associer avec la Montansier, C'était une idée fâcheuse. Il n*éproui>a que déboires directoriaux, fila à Londres en 1792, parcourut l'Allemagne, se rendit à Mittau, où il prêta de l'argent parait-il, à la famille royale, se fixa è Moscou jusqu'en tSt4 ; y maria sa fille, puis il rentra en France. Il assomma la cour de ses réclamations tandis que la Montansier l'accablait de papier timbré. Le 24 mars 1820, il mourait au 2 bis de la rue de Chartres. On fit l'inventaire de ses biens. L'acte le déiiomme « Léonard Autié, ancien valet de chambre d'honneur de la reine. »
C'est cette pièce qui a égaré les chercheurs.
Ce Léonard Alexis avait deux autres frères.
Le cadet est Léonard Pierre, attaché au service de M"* Elisabeth, qu'on retrouva, après la Révolution, marchand de tabac à Versailles.
Le plus jeune est Léonard Jean^FrançoiSt devenu coiffeur de la reine, en succédant à Leguay, en 1788. Après les journées d'octo-
bre, il 8uît>tt la cour à Paris et fut logé dans ks combles. On l'en fit descendre le zq juin pour la fameuse mission qui fut sa perte.
Tant bien que mal, au plus fort de la tourmente, il avait rétabli ses affaires. Il était employé dans les charrois sous la Terreur :
une casserole Ty Dit qui le dénonça.
Le 5 aoi^t 1793» le comité de Salut public du district de Versailles adressa au comité de Sûreté générale cette fiche :
« Il résulte de procès-verbaux, cet avis donné au comité sur le compte de François Léonard demeurant ci-devant à Versailles :
1° qu il était coiffeur de Marie-Antoinette;
qu'il est l'un de ceux qui ont suivi Louis Capct et sa femme lorsqu'ils se sont évadés le ZI juin 1791 ; 3® qu'il a été question de Léonard dans rcnlèuemcnt qui s'est fait des diamants de la couronne ; 4"* qu'il s'est permis de dire que les députés qui ont voté la mort du tyran sont des scélérats ; 5^ et enfin qu'il est frappé par l'opinion publique d'un incivisme reconnu depuis la Révolution.
« Eh bitn, ce sont de ces hommes dont on se sert dans les services, rartillerie et Tambulance, et que lui, Léonard, a obtenu une place en chef dans les charrois de l'artillerie. »
Léonard se soustrait une première fois à cette dénonciation; il est repris le 7 juil-* let 1794. Le principal chef d'accusation est le propos qu'on lui prête désapprouvant la représentation nationale d'auoir fait guillotiner Louis XVL
Quand on conipare les motifs qui ont mené au supplice tant de victimes de la Révolution, à ceux qui ont perdu un de La Barre, on cherche vainement où est la différence dans l'iniquité. £t ce sont cependant les panégyristes à outrance de la Révolution qui vont aller clamer le 3 septembre prochain, contre les fallacieux et futiles motifs allégués, par esprit politique, pour supplicier La Barre.
Comme on le voit, sous le nom de Léonard, tous les Autîé, fixés à Paris, ont été coiffeurs de la cour, à des titres divers :
<c t** Léonard Alexis, né en 1 731 — celui qui rei^iendra en 1814, époux de Louise-Adélaïde Jacobi.
« 2* Pierre (dit Léonard), né en 1753, mort on ne sait où» dont le fils protestera contre les mémoires apocryphes prêtés à son oncle.
« y Jean^François (dit François Léonard), né en 1758, mort sur la guillotine le 7 thermidor. »
La confusion fut ainsi possible. Elle est dissipée. Aucun doute ne subsiste. Le Léonard François, guillotiné en 1794, n'est pas le Léonard Alexis» époux de la dame Jacobi, mort en 1820. Toutes les hypothèses fôcheuses faites sur son éuasion pèsent injustement sur sa mémoire. Il n'a fait guillotiner personne à sa place avec l'argent d*un ool qu'il n'a pas commis. Ce pauvre homme n'a été qu'une victime comme tant d'autres.
Mon cher Lenôtre, il a bien droit à une réparation : comment votre généreux esprit la lui donnera-t-il ?
{Eclair du 7 août 1903.) — i58 —
l'affaire Léonard — la réponse de m. g. lenotrb
réplique de m. g. bord — la dernière
version
Léonard, U coiffeur de la reine, a-t-il fait guillotiner ou laissé guillotiner un autre condamné à sa place, comme le pensent M. G.
Lenôtre et feu Bégis, parce que, en tS^o, est mort un Léonard coiffeur de la reine, qu'ils supposent être le même que celui qui a passé pour guillotiné en 1794?
M. Bord a soutenu le contraire. Nous aoons exposé ses raisons et inv)ité M. G. Lenôtre, Tauteur de ce livre entraînant et délicieux, le Brame de Varennes, à prendre la parole ou pour avouer son erreur ou pour confondre ses contradicteurs.
La réponse de M. Lenôire M. Lenôtre a répondu dans un article du Temps de jeudi.
Il maintient que te héros de la fuite, te dé-*
positaire de la cassette, est Jean-François Léonard qui fut guillotiné en 1794. Et que cependant ce guillotiné existait encore en tSiç. Pour preuve, il donne la protestation d'un nev)eu contre les Souvenirs de Léonard.
(c Or, il advint ceci : un des neoeux de Léonard, Joseph-Auguste-Clair Autié, coiffeur, rue de Bellechasse, n* to, protesta contre » Tauthenticité de cette publication », ce en quoi il usait pleinement de son droit.
Au cours de cette protestation, qu'il fit imprimer, il écrit en termes très précis : « Qu'il n'a pas quitté son oncle depuis 1814, année de son retour de Russie, jusqu'en iStç, époque de sa mort... )) etc. (Voir la Quotidienne du t6 mars i838.) Son oncle : de quel oncle parle-t-il là ? Evidemment de celui dont Lamotte-Langon se fait l'historiographe, de Jean-François Autié, dit Léonard, coiffeur de Marie-Antoinette, et non, c'est manifeste, de son autre oncle, Timpressario, le directeur de théâtre dont il n'était nullement ques-
tion. Et je ne v>oîâ paâ commeitt ofi p6urrait
mettre en doute cette affirmation si formelle d'un parent de Léonard» qui atteste ne pas
rav>oir quitté depuis 1814 jusqu'en 1819. »
'Réplique de M. Gustave Bord
Nous soumettons cet article à M. Gustave Bord. Il y fait cette réponse :
« — Un seul point importe» Jean-François Autié, dît Léonard, condamné à mort en 1794, comme l'écrit M. Lenôtre, a-t>-il échappé à la guillotine, en corrompant ses gardiens qui ont fait guillotiner un autre prévenu à sa place 7
c( Pour le prouver, M. Lenôtre s'appuie sur une lettre d'un neveu de cet homme réclamant contre la publication des Souvenirs de Léonard; à lire la réponse de M. G. Lenô*tre, on pourrait croire que le neveu dont il s'agit se porte en quelque sorte garant de la survie de l'oncle» cause de cette polémique.
Ce n*est pas tout k fait cela. La publication intégrale de la lettre fera mieux comprendre
la portée de rmter\>ention de ce personnage.
M Au rédacteur de la Quotidienne :
M Monsieur,
» Il vient de paraître un ouvrage ayant pour titre : Souvenirs de Léonard, coiffeur de la reine Marie- Antoinette ; permettez-moi de prendre la voie de votre journal pour protester de tout mon pouvoir à titre de neveu de Léonard Autié contre l'authenticité de ces souvenirs et notamment en ce qui concerne la seconde partie, tissu de mensonges qui n'a d'autre but que d'accréditer, à l'aide de l'autorité de son nom, toutes les plates in^ famies, que la malveillance avait inventées pour ternir la mémoire de cette auguste princesse, à qui lui et les siens devaient tout et qui a toujours été pour lui l'objet d'un vé-* ritable culte. N'ayant pas quitté mon oncle depuis 1814, année de son retour de Russie, jusqu'en 1819, époque de sa mort, j'affirmé que, dans cet espace de temps, je ne lui ai jamais entendu dire un seul mot qui ait pu au-
— iôx —
toriscr la publication de ces prétendus sou-» Denirs.
(( Receue^» etc.
« Joseph-Claîr*-Augu8te Autié, c( coiffeur» tu, rue Bellechasse, faubourg
Saint-Germain.
n Bu 16 mars i838. »
et De quel oncle parle-t*îl, demande M. Le-*
nôtre, é\)idemment de celui dont Lamotte- Langon se fait Thistoriographe, de Jean- François Autié dit Léonard, coiffeur de Marie-Antoinette, et non, c'est manifeste, de son autre oncle Timpressario, le secrétaire de théâtre dont il n'est nullement question.
Et je ne pois pas comment, ajoute M. Lenôtre, on pourrait mettre en doute cette affirmation si formelle d'un parent de Léonard qui atteste ne pas l'avoir quitté depuis 1814 jusqu'en 1819.
(X £h bien, non ; le Léonard de ces mémoires confus n'est certainement pas te guillotiné. Qui le dit 2 Mais ce Léonard lui-même.
Le passage suivant a échappé à M. Lenôtre.
i^ariant des siens, le héros aes mémoirei.
tome 111, page 155^ [ait allusion à celui de ses frères qui est mort en JJ94.
(c Celui de ses frères qui est mort en 1794, c'est Jean-François ; celui qui parle est donc Léonard-Alexis, qui, n*ayant pas été guillotiné en 1794, pouvait fort bien renseigner son nei)eu en 1819...
n Ce mwu a deux oncles dont l'un est mort, et l'autre viuant : n'est-ce pas un peu compliquer les choses que de t^ouloir que ce soit précisément a\?ec le mort qu'il ait uécul»
La version de M. Vitrac
Un troisième historien va entrer en scène, que cette polémique arrache à un travail maintenant terminé, imprimé, dont nous avons vu les épreuves ; il va paraître dans quelques semaines. C'est précisément l'histoire de .
Léonard. Son auteur est M. Maurice Vitrac, bibliothécaire à la Nationale. Nous le ren« controns au cours de cette querelle qu'il désire ne pas envenimer pour la sympathie
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qu'il a pour les deux aducrsaires en présence : M. Bord et M. Lenôtre...
cf Mais, nous dit-il, c'est M. Bord, dont j'ai fort apprécié \z rigoureux travail, qui a ratson contre M. Lenôtre. Le rôle que ce charmant historien prête à Léonard est imaginé.
La confusion est excusable. Et de son côté, M. Bprd, en a fait une* Il croit que le guillotiné Jean-François est le Léonard de Varennes. Le Léonard de Varennes n'a jamais été ni condamné, ni guillotiné : c'est celui qui est rentré en France en 1814.
<f L'erreur vient de ce qu*on a méconnu la situation véritable des Léonard à la cour.
« Il existait deux postes distincts dans le service de la chambre de la reine : un poste de perruquîer-baigneur-étuviste» un poste de coiffeur.
te En 1 779, le premier est occupé par Le Guay, le second par Larsenneur. En 1780, au moment de la retraite de Larsenneur, Le Guay demeure seul perruquier-baigneur-étuviste, et l'on nomme pour remplacer Larsenneur
les frères Aulié, léonard Alexis et Jioii-
François.
« Dks 1784, Jean-François obtient la sun>i-
Dance de Le Guay, et Léonard Alexis, Taîné, demeure seul coiffeur de la reine. C'est lui qui, en cette qualité, est appelé à de\)ancer la reine sur le chemin de Varennes.
a C'est lui qui emporte les bijoux, qui les remet à Bouillé ; après quoi il disparaît pour rejoindre les princes en exil, où nous le poyons jouer un certain rôle. »
« Quant à son frère Jean-François, qui était lui aussi coiffeur de la reine, mais sur un plan plus humble, suspect pour son emploi près de la famille royale, nccusi pour l'affaire des diamants de la couronne, qu'il ne faut pas confondre avec les diamants de Varennes, bouc émissaire de la dynastie des Léonard, il périt parfaitement sur Téchafaud.
ce En somme le grand Léonard, le Léonard qui fut du voyage de Varennes, a suruécu à la tourmente : et c'est son frère qui a M guillotiné, m
'Réplique de M. Bord
Nous nous retournons vers M. Bord.
C'est entendu, le condamné à mort n'a pas échappé à son supplice, lui dtsons-nous ; condamné, il a été exécuté, mais cet exécuté, pour TOUS, a été à Varennes. Pour M. Vîtrac, il n'y a pas été. C'est secondaire dans cette discussion ; cependant, puisque nous y sommes, éclaircissons cela.
M. Bord nous répond :
a — L'acte d'accusation est formel. François Léonard, coiffeur de la reine, est condamné pour avoir servi « Louis Capet et sa femme lorsqu'ils se sont évadés le 21 juin 1791 a et pour la part qu'il a prise à l'enlèvement des diamants de la couronne.
« Il ne s'agit pas du vol des diamants de la couronne — en 1792 — dont MM. Drumont et Germain Bapst ont écrit l'histoire et dans lequel le nom de Léonard ne figure pas, mais, et cela est dit expressément dans les pièces de cette rapide procédure, de l'enlèvement des diamants de la reine et de Madame
Ëlisabeth, le 21 juin. La procédure nous dît aussi qu'il a été à Varennes, et qu'il est rentré trois mois plus tard.
n Je ne sais si ces charges sont fondées ; je sais qu'il a été guillotiné parce qu'elles pe-* saient sur lui. Sur le du de ce document» je conclus donc, contre M. Vitrac» que le guillotiné Jean-François est bien celui qui a été à Varennes. Et sur le lou des pièces d'étatcioil» je conclus contre M. Lenôtre, qu'il a bien été guillotiné. »
Nous étions et nous restons» en cette querelle intéressante» des greffiers impartiaux.
{Eclair du 12 août 1905.)
LES SUITES d'une POLÉMIQUE HISTORIQUE — UNE .RÉPONSE DB M. BRNBST DAUDET — QUE SONT DEVENUS LES DIAMANTS — LETTRE DE M. G. LBNOTRE
(c Nous ne pouvons que nous féliciter d'at>otr entreténu une polémique sur un sujet
aussi intéressant par les personnages qu'il met en cause que par les historiens qui y sont en conflit. Il nous vaut une lettre de M. G.
Lenôtre et l'article qu'on va lire, émané du brillant écrivain qui a consacré une large part de son oeuvre à Thistoire impartiale de rémigration, en s'aidant de documents histo^
riques inédits de premier ordre (comme cette correspondance entre Louis XVIII et Charrette, publié dans le Temps d'hier). L'article qu'il veut bien nous envoyer résout un problème resté jusqu'ici obscur : qu'étaient devenus, après Varennes, les diamants de Marie-Antoinette dont s'était chargé Léonard, son coiffeur ? »
Les diamants de la 'Reine
et de Madame Élisabeib
Dans son article du Correspondant, relatif
au coiffeur Léonard et qui a soulevé une polémique dont VÉclair a présenté à ses lecteurs un résumé fidèle, M. Gustave Bord se demande ce que sont devenus les diamants
de la reine et de Madame Élisabeth que ce
courtisan du malheur avait été chargé de mettre en lieu sûr. Je suis en mesure de renseigner à cet égard mon sav)ant confrère.
Ceux de la reine devaient, par les soins de Léonard, être envoyés à Vienne. A cet effet, il les -confia au général marquis de Bouille» qui, lui-même les remit an comte de Mercy^ Argenteau, ambassadeur d'Autriche auprès de Louis XVI, lequel se trout^ait alors à Bruxelles. Ils furent déposés dans le trésor particulier de la famille impériale, de qui Madame Royale les reçut en 1799, lorsqu'elle quitta la capitale autrichienne pour se rendre auprès de Louis XVIII, h Mitau» où elle allait épouser son cousin, le duc d'Angoulémc. Il en est question dans les correspondances qui s'échangèrent, à l'occasion de ce mariage, entre le roi proscrit et la cour de Vienne.
Quand à ceux de Madame Élisabeth, on les retrouve, à la même époque entre les mains de son oncle, l'Électeur de Trêve, le
prince CUment Wenceslas de Saxe, qui tenait sa cour à Coblent^, et à qui, probablement, Choiseul en avait fait le dépôt d'après l^s instructions de Léonard. En en prenant possession, rËlecteur en aidait donné reçu.
En 1798, Louis XVIII, qui détenait encore cette pièce, renvoyait à sa nièce, à qui Madame Elisabeth aoait destiné ses diamants, afin qu'elle pût se les faire rendre par le dépositaire. Je résume ces faits dans mon Histoire de l'Émigration^ et je pourrais les présenter ici avec plus de précision si je n'étais actuellement loin de Paris et de la source de mes renseignements.
Devenue maîtresse de ces souvenirs qui lui étaient encore plus précieux parce qu'ils avaient appartenu à sa mère et à sa tante que par leur valeur intrinsèque, la duchesse d'Angouléme les conserva-t-elle I Tout autorise à le penser. Sans doute, pendant la durée de son exil auprès de son oncle, elle fut plus d'une fois obligée de recourir li des expédients, à des emprunts sur gages, soit
pour venir en aide èi cet oncle qu*e1te chérissait et dont elle tint à honneur de partager jusqu'au bout toutes les misères, soit pour se procurer des ressources à ellemême.
Lorsqu'cn janvier 1801, Louis XVIII, chassé de Mitau, poit arriver à Memel ses gardes du corps qui ont été» après son départ, brutalement expulsés de Russie et mendie en vain de tous les côtés pour leur porter secours, la jeune femme lui offre spontanément de Taider à rapatrier ces malheureux en engageant une partie de ses bijoux. Elle lut remet à cet effet un collier en brillants qu'elle a reçu du tsar à l'occasion de son mariage. Quant aux diamants de sa mère et de sa tante, on ne voit nulle part qu'elle les ait engagés et en admettant qu'elle Tait fait, on doit croire qu'elle les dégagea ultérieurement. Il est donc >?raisemblable qu'elle les possédait toujours quand elle mourut, qu'ils passèrent à son héritier, le comte de Chambord et qu'ils sont aujourd'hui la propriété
des légataires du dernier Bourbon de I^rance. La question me paraît donc parfaitement
élucidée.
Il ne sera pas aussi aisé de résoudre celte
de sai9oir quel est le Léonard qui monta sur l'échafaud sous la Terreur. Certes, M. Gustave Bord est un des hommes de ce temps les plus familiers avec l'Histoire de la Révolution. De son côté» mon éminent ami Lenôtre doit à ses nombreuses découvertes sur la même époque une autorité que personne ne songe à contester et qui donne le plus grand prix à ses affirmations. Mais, comment se prononcer entre eux en présence des divers Léonard qui sollicitent notre curiosité et qu'il est si facile de confondre ? Et encore les connaissent-ils tous I II en est un dont on n*a pas parlé, à moins qu'il ne figure à notre insu parmi ceux dont on parle.
En 1798, il réside dans le duché de Bruns- VDÎck) auprès du maréchal de Castries, en qualité de secrétaire. J'ai lu deux lettres de lui, adressées à Louis XVIII, dans lesquelles
il rend compte de la maladie et de la mort du Dieux maréchal. Un peu plus tard, le rot lui accorde une pension de trois mille liores. C'est d'ailleurs tout ce que j'en sais et Tobscurîté dont il reste enveloppé n'aidera pas à éclaircir la polémique qui s'est engagée à propos de ses homonymes.
Ernest Daudet.
Lettre de M. G. Lenôtre
a D'autre part, M. G. Lenôtre adresse à notre collaborateur Georges Montorgueil la lettre suivante, qui indique que, de ce débat, pourra surgir une lumière toute nouvelle :
Avesnes, t3 août tçoS.
Mon cher ami,
Il me semble que, contrairement à ce qui arrive dés qu'on discute, Vaffaire Léonard s'éclaircit sensiblement. Note3 que, si je n'avais pas cru, comme je le crois encore très sincèrement, être dans le vrai, j'aurais cédé, sans fausse honte, sur tous les points
contestés, car mon amour-propre a d'auteur » n'égale pas ma curiosité de la \>irlté historique. Mais, laisser-mot vous TaDOuer, je reste convaincu que Léonard a survécu à sa condamnation à mort du 7 thermidor an II.
Celui de ses neveux qui, en i838, écrit la lettre que vous ave3 intégralement citée et qui assure n'avoir pas quitté son oncle depuis j8j4, année de son retour de Russie, jusqu'en iSiç, époque de sa mort, est trop précis dans son affirmation pour qu'on puisse mettre cette affirmation en doute.
C'est bien, j'y insiste, de son oncle* le coif-feur qu^l pttrle, puisqu'il s'adresse à l'historiographe de ce coiffeur; et il faudrait vraiment torturer son texte pour l'appliquer à son autre oncle Alexis, qui n'était nullement en cause et qui, du reste, d'après les constatations de M. G. Bord lui-même, n'est mort qu'au printemps de 1810, et non pas en 1819. Que v>icndrait faire, d'ailleurs, dans cette protestation du pieux neveu, cette allusion à Vaugusie princesse à qui lui (le Léo-
nard en question) et les siens devaienl tout et qui a TOUJOURS été pour lui Vobjei d'un vérila^ ble culte, s'il ne s'agissait pas du v>rai Léonard, du coiffeur de Marie-Antoinette i Ce mot TOUJOURS, à lui seul, en dit long : un homme qui aurait péri en Tan II n'aurait pas eu Toccasion — ni le temps — de professer TOUJOURS un véritable culte pour la mémoire de ta reine.
Quant à aller chercher des arguments dans ces pseudo J(f^moir«s de Léonard, rédigés de verve par Lamotte-Langon» halte-là ! M. Bord assure « qu'un passage de ces Mémoires m*a échappé et que» dans ce passage, le héros du livre « fait allusion à celui de ses frères qui est mort en 1794 jj.
Ah 1 certes oui, le passage m*a échappé, — ainsi que tout le reste : je n'ai jamais lu ni désiré lire le roman de Lamotte-Langon : le temps me manque pour l'étude des documents authentiques et ce serait scrupule de le gaspiller à feuilleter seulement les récits manifestement et ouvertement apocryphes*
Mais, de deux choses t^une, — et à ne mstr que la phrase citée par M. Bord, — ou bien roui>rage de Lamotte^Langon doit être relégué au rang des romans, — et alors, qu'il n*en soit plus question dans cette discussion ; ou bien il mérite d'être pris au sérieux, et, dans ce cas encore, Léonard a donc sunoécu à la condamnation du 7 thermidor, puisque c'est lui, évidemment, « le héros du livre », et qu'il y parle « de son frère mort en 1794 m.
Ceci m'amène à examiner ta version nouvelle et très imprévue de M. Vitrac. D'après cet érudit confrère, il y aurait bien eu un Léonard guillotiné en l'an II, mais ce n'était pas le vraU ce n'était pas l'homme de Varennes, le confident de la reine, le porteur des bijoux, lequel aurait survécu jusqu'à la Restauration.
Mais alors, je me trouve parfaitement d'accord av)ec M. Vitrac : quelqu'un a pris la place de Léonard sur l'échafaud ; j'ignorais qui : il assure que c'est un des frères du prévenu. Voilà qui est sublime, car ce frère
8*e8t laissé condamner comme étant bien rhomme de Varennes, le confident de la reine, le porteur des bijoux. Le dossier du tribunal révolutionnaire aux Archiues nationales est impossible à contester (W. 432).
. Le malheureux est traduit à la barre de l'accusateur public comme (c suspect de familiarités auec Marie-Antoinette et d'avoir, dans le voyage de Varennes été porteur des diamants d'Antoinette et d'Élisabetb Capet a. Et ce n'est pas lur? Et il ne proteste pas 1 Et il se laisse condamner en silence 2 Je le répète, c'est sublime, et Doilà, pour le coup, de l'extraordinaire.
Quant à admettre, avec M. Vîtrac, que ce n*est pas son coiffeur, mais le frère de celui-ci, que la reine dépécha à Varennes, je m'y résoudrais peut-être — mais une difficulté m'arrête : Marie-Antoinette employa à cette mission celui des Léonard qui était à son service et qu'elle logeait aux Tuileries, cour des Princes, et non point celui qui, suivant le minutieux travail de M. Bord, ne
s'occupait, depuis 1787» que d'entreprises dramatiques, dirigeait un et mttnc plusieurs théâtres, qui avait un spectacle à la foire Saint-Germain, qui était l'associé de la Montansier et qui habitait rue Saint-Honoré, Dis-*à-i>is l'Assomption.
Celui qu'on expédie à Varennes parle de son logement aux Tuileries; il parle aussi beaucoup de lui et de ses occupations ; (les Mémoires de Choiseul sont très détaillés en tous ces points). Or, il n'a à la bouche que le nom des grandes dames qu'il coiffe et ja- ' mais un mot de théâtre. C'est manifestement un coiffeur, ce n'est pas un impressarto.
D'ailleurs, qu'aurait fait la reine d'un impressario ? £lle souhaitait d'être coiffée, en débarquant à Montmédy, après trente-six heures de berline, aussi élégamment qu'elle l'était ordinairement aux Tuileries et c'est là toute la raison de la malencontreuse ingérence de Léonard dans la fuite du 20 juin 1 791 .
Si je ne puis être d'accord avec M. Vttrac sur ce point essentiel, je crois cependant que
t^ersion apporte un bien précieux élément à Titude de ce mystérieux point d'histoire :
la lueur qu'elle fait jaillir dans cette obscurité nous fera voir peut-être quelle est la victime ou quel est le héros qui prit sur l'échafaud la place de Léonard.
Pardonne^, mon cher ami, la longueur de cette lettre : je suis confus de dous en infliger la lecture. Vous usere^, pour cette fois encore» de votre bienveillance habituelle. Je vous en remercie d'avance en vous priant d*agréer Tassurance de mes sentiments les plus fidèlement affectionnés.
G. Lenotre.
{Éclair du i5 août tços).
Le drame de Varennes est une page asse^
palpitante de Thistoirc des Bourbons, Léonard un personnage asse^ populaire, et nos correspondants des écrivains assc3 éminents, pour que nous nous réjouissions de voir se
prolonger une polémique» destinée à faire la lumière sur un point d*histoire resté très obscur.
Nous avons reçu la lettre suii^ante de M. Gustaue Bord, en réponse à M. G. Lenôtre, que nous publions aoec empressement :
te Cœupres, le t6 août içoS.
« Mon cher confrère,
« L'affaire Léonard est décidément i^ii^ace pour un article d'été et je \3ois aoec plaisir que notre aimable confrère s'est enfin rendu compte le tS août, dans l'Éc/aiV, de la modestie excessive de son article du 1 1 dans le Temps. Non, certes, un Hure de M. G. Lenôtre n'est ni un enfant à deux tètes, ni un ours rempli de vertus et d'humanité et encore moins un serpent vivant enfermé dans un bloc de marbre.
fc Quelles que soient ses erreurs, les productions de M. Lenôtre sont des événements, et voilà pourquoi
Dî Leonardo il rauco nome rimbomba.
ff L'article de M. Ernest Daudet porte le dernier coup à la légende de Léonard 1 Avec toute l'autorité qui s'attache à ce qu'écrit ce consciencieux historien, il nous explique ce que sont devenus les diamants de la reine et ceux de Madame Élisabeth : ils ont été scrupuleusement remis à qui de droit par Jean- François Autié, qui n'a donc pu payer son salut, comme le prétend M. Lenôtre, avec le produit de son vol.
<c Voyons si néanmoins Jean-François a échappé h la guillotine par un procédé quelconque inconnu.
Cl M. Lenôtre s'obstine à argumenter sur une lettre écrite en i838 par un neveu qui avait quatre ans lorsque Jean-François est mort, orphelin pour ainsi dire à Tâge de neuf ans, et qui, lorsqu'il tenait la plume, rappelait une date vieille de dix-huit ans. Il a donc pu dire, en i^38, que son oncle Léonard- Alexis était mort en tSiç au lieu de 1810 sans que cela tire à conséquence. M. Lenôtre oublie bien le i5 août tçoS ce qu'il
écrirait le 19 septembre 1900 et ce qu'il répétait tout récemment encore dans le drame de Varcnnes : Je lis, page 287, que Jean- François est mort le 24 mars 1820, et» page 291, qu'il avait soixante-deux ans.
« Au lieu de s'obstiner sur une lettre qui n'avait pas d'autre but que de protester contre de plates infamies et des tissus de mensonges », que M. Lenôtre réponde donc sim^ plement à cette question bien claire et bien nette qui est le fond du débat :
ff Celui qui est mort le 7 thermidor II s'appelait Jean-François; il auait trente-six ans ; il était né en 1758 ;
ce Celui qui est mort en 1820 s'appelait Léonard-Alexis ; il avait soixante-dix ans ; il était né vers 1780.
cf Souffler n'est pas jouer : au lieu de répondre aux questions qu'il se pose à luimême, que M. Lenôtre explique par quel artifice Jean-François, né en 1758, devient le même personnage que Léonard-Alexis» né en 1780 ; qu'il explique pourquoi il a donné
non pas soixante-dix ans à ce dernier, mais soixante-deux» pour le faire naître en 1/58.
L'erreur est bien bigarre ; avouons qu'elle était aussi nécessaire que le changement de date de la page 286 : comme il fallait insinuer que le coiffeur de la reine avait cessé ses fonctions après les événements de Varennes, au lieu de les avoir cessées après le 10 août 1792, M. Lenôtre date du 9 septembre 1792 une pièce du 9 septembre 1791. Car c'est bien Jean-François qui avait sa chambre aux Tuileries, cour des Princes, près celle (Brésel et non Brésil) du corridor noir, qui a été guillotiné en 1794 ; c'est bien lui qui donne quittance des effets qui lui ont été remis le 19 mars 179S (Arch. nat.
T 1077*) et qui signe comme d'habitude F.
Autié, tandis que Pierre signe Autié tout court, et que Léonard signe Léonard Autié, ce qui permet d'identifier les trois frères par leurs signatures.
« Or, on ne retrouve plus la signature de Jean-François après le 7 thermidor II ; celle
de Pierre après 1S14 ; tandis que je trouve celle de Léonard, de 1781 à 1820, sans qu'il Y ait de confusion possible.
« Il n*est donc pas étonnant que M. E.
Daudet ait relevé la présence de ce dernier à BrunsvDÎck en 1798, puisque, ainsi que je l'ai dit dans mon article du Correspondant, il était alors en Allemagne et qu'il n'a été à Mittau qu'en 1800. Il sera facile, au surplus, de comparer les signatures de Brunsvotck avec celles de Paris.
fc Je ne m'explique pas l'indignation de M. Lenôtre à l'égard de Lamothe-Langon, auquel il a emprunté presque tout son chapitre sur Léonard, et c'est précisément ce que je lui reproche. Quant à moî« je n'ai cité cet ouvrage apocryphe que pour en faire la critique. C'est une question de fait ; il suffit de nous lire pour s'en convaincre. Après s'être obstiné à faire causer un nepeu pendant six ans avec un oncle mort, après s'être posé des questions pour y répondre triomphalement, me faire dire des choses que je n'ai pas dites...
a Laissons M. Lenôtrc et ooyons la thèse de rérudit consciencieux qu'est M. Maurice
Vitrac.
« J'ai été le voir et me suis mis immédiatement d'accord auec lui au sujet de la con- ' fusion de M. Lenôtre : les actes de décès de 1794 et de 1820 ne t>isent pas le même personnage.
« Seulement M. Vitrac croit que c'est Léonard-Alexis qui a été k Varennes, sans pouvoir fournir d'autres preuv>es que des présomptions d'ordre moral.
ff Mon opinion pour soutenir que c'est Jean-François est basée sur les pièces du Tribunal rétiotutionnaire : acte d'accusation, interrogatoire et jugement.
ff Ces trois pièces disent uniformément :
n Jean-François Autié, dit Léonard, coiffeur de la femme Capet et depuis employé dans les charrois de l'artillerie, né à Pamiers, âgé de 36 ans, demeurant à Versailles ;
<i Cet intrigant royaliste est un de ceux
qui ont ser\)i le tyran et sa famille lors de la fuite de Varennes du 2o.jum 1791 ;
c( Il est un des complices de Tenlèoement des diamants de la couronne, dans le fameux t>oyage de Varennes, il marchait en a\)ant, était porteur des diamants d'Antoinette et d*Ëlisabeth Capet. Il a aussi émigré du territoire français, et est resté enY>iron trois mois dans le pays étranger... n
« C'est pour cela, que, jusqu'à production d'un document nouveau, je persiste à croire que Jean-François est le personnage de Varennes : le seul document existant me donne raison.
« D'accord avec M. Vitrac, j'attends le document rét)élateur, et nous serions heu*^ reux lun et l'autre d'en devoir la production à l'aimable auteur du 1>rame de Varennes,
f( Bien cordialement à vous.
ce Gustave Bord, a {Éclair du t8 août 1905.)
Je n'aurai pas la prétention d'apporter de noutoelles lumières sur cette question un peu
trouble. Cependant, comme, à di\3crses reprises, j'ai eu h m'occuper de Léonard en tant que fondateur et directeur du théâtre connu d'abord sous le nom de théâtre de Monsieur et qui de\>int peu après le théâtre Feydeau, nom sous lequel il est resté célèbre, je pourrai rappeler certaine faits.
Dans la monographie très importante que j'ai publiée sur l'illustre violoniste Viotti, qui fut l'associé de Léonard dans la direction du théâtre de Monsieur, dont il sut faire une scène lyrique de premier ordre, j'ai reproduit ce fragment d'une biographie de Léonard, dont malheureusement, contre mon habitude, j'ai négligé d'indiquer la source, que je ne me rappelle pas aujourd'hui :
(f Le beau Léonard, coiffeur de Marie-An^ toinette, acquit une célébrité immense par son habileté à poser les chiffons; on appelait ainsi l'art d'alterner les boucles de la chepe^ lure avec les plis de ga5e de couleur. On dit qu'il employa un jour quatorze aunes de cette étoffe sur la téte d'une seule dame de la
côur. Le talent d'un si grand homme deoait faire fureur. Comblé des faveurs du grand monde, il obtint le privilège du théâtre de Monsieur, composé des virtuoses italiens de Vépoque, et pour l'exploitation duquel il 8*as<socia, en 1788, avec le célèbre Viotti. Léonard, dont le véritable nom était Autié, et qui était Gascon, fut mis par la reine dans le secret du voyage de Varennes, et quitta secrètement Paris un peu avant le roi, chargé d'une partie de sa garde-robe. Mais il paraît qu'il n'était pas entièrement dans la confidence, car ce fut, dit-on, sur l'avis donné imprudemment par lui d'un retard survenu à la voiture royale, que l'officier forcé d'attendre au relai fit rentrer les chevaux précisément au moment où le monarque arrivait, ce qui occasionna son arrestation. »
Le théâtre de Monsieur, devenu le théâtre Feydeau, jouait simultanément la comédie, l'opéra-comique français et l'opéra italien. Son succès était éclatant, mais bientôt les événements politiques lui portèrent,
comme à beaucoup d'autres, un grave préjudice. Des réformes s'imposèrent. Les deux directeurs se résignèrent» à Pâques 1792, à congédier leur troupe de comédie, et à ne conserver que les chanteurs français et italiens. Ces derniers ne tardèrent pas à se congédier eux-mêmes ; pris de panique à la vue de la journée du to août, ils s'enfuirent à tire-d'ailc dans leur pays, laissant leurs camarades français seuls maîtres de la situation. Ceux--ci se constituèrent alors en société. Léonard et Viotti, que leurs relations bien connues mettaient en danger, crurent prudent de quitter euic-mèmes la France, Léonard pour se réfugier en Russie, Viotti pour se rendre en Angleterre.
C*est du moins ce que Ton dit en ce qui concerne Léonard. Cependant, on trouve dans le Journal de Paris du 8 thermidor an II (26 juillet 1794), ce résumé d'un juge*« ment du tribunal révolutionnaire :
« Tribunal révolutionnaire Du 7 thermidor.
— J.-'F. Autié, dit Léonard, 36 ans, né à Pa-
— igo —
miers» cocffeur de la femme de feu Capet, ensuite employé dans la remonte générale, à Versailles...» con\>aincus [auec ii autres accusés, aussi condamnés, et le même jour, mais non dans la même série, que Roucher, André Chénier, le baron de Trenck, le marquis de Montalembert, le marquis de Roque-^ laure, M. de Créqui de Montmorency, et zo autres accusés condamnés] de s'être dé** clarés les ennemis du peuple, en participant aux complots et conspirations de Capet et de sa famille, en entretenant des intelligences avec les ennemis de la République, en vomissant des imprécations cçntre-rét^olutionnaires, en arborant la cocarde blanche, en conservant et recèlant des écrits contre^révolutionnaircs, en s'opposant au départ des volontaires» etc., ont été condamnés à la peine de mort, w
C'est ici que se place le point d'interrogation. Léonard fut-il exécuté I Fut-il, au contraire, jugé et condamné par contumace 2 Ce que le journal ne dit pas. Certains assurent,
éômnle je l'ai indiqué, qu*ii avait quihé ia France et s'était rendu en Russie. Je ne sau^ rats affirmer ce qu'il en est, mais voici qui me porte uîoement à croire qu'il ne subit pas les effets de son jugement et ne fut point guillotiné. C'est une notice nécrologique insérée, lors de la mort véritable de Léonard, dans le petit recueil intitulé An^ nuaire dramatique (pour 1821-^1822). Ce re*« cueil était rédigé par un écri\)ain très au courant des choses de théâtre, Audiffret, très informé à ce sujet, et qu'il serait bien étrange de voir se tromper sur la personna^ lité de Léonard, que d'ailleurs il pouvait très bien avoir connu. Voici la notice qu'il lut consacre, notice asse^ insignifiante par ellemême, mais importante à ce point de vue»
ce qui m'incite à la reproduire intégra^ lement :
« 24 Mars 1820. — Léonard Autié, coiffeur de la Reine, obtint le privilège du théâtre de Monsieur, dont l'ouverture eut lieu aux Tuileries le 26 janvier 1789 par le Vi^
cènâeamorose^ àans ta salie qu^avatent occii<&
pée précédemment l'Opéra et la Comédie- Française ; mais l'armée du Roi à Paris, le 6 octobre, força ce spectacle à faire, le 23 décembre, sa clôture, qui eut lieu par l'Infanie de Zamora et le J^ozze di Borina, Le lo jani»ier 1790 il ouvrit, aux Variétés de la Foire Saint-Germain, par i7 Barbiere di Seviglia, et y fit sa clôture le 3t décembre, par Alcesîe à la campagne et l'Histoire universelle.
« Pendant cette année la salle de la rue Feydeau fut construite, et Touuerture s'en fit le 6 janvier 1791 par le J^ozze di horina. Nous sauons que ces détails ont peu de rapport avec M. Léonard ; mais nous profitons, suivant notre principe, de toute occasion qui se présente pour mettre nos lecteurs au courant des diverses particularités qu'ils pourraient ignorer ou chercher vainement. Léonard céda son privilège dès les premières années et entra depuis dans l'entreprise des pompesHiinèbres. Il est mort à 74 ans, avec le titre de valet de chambre de Monsieur, m
On voit qu'il n'y a aucune hisitation àc la part de Técrivain, et que pour lui, le Léônârd dont il annonce la mort est bien celui du théâtre de Monsieur, par conséquent celui de Varennes, condamné par le Tribunal ftévotuttonnaire, mais étotdemment non exécuté.
Telle est du moins« me semble-t-il, U conclusion qui s^impose.
Arthur Pougin.
{Intermédiaire du zq septembre 1905.)
La question des diamàtlts persotifieU de Marie-Antoihetté fh*a toujôlif & paril ttii difficile, et j*ose me permettre de dire — c)Uelque Respect quej*ài pour M. baadét et quetquit admiration que je professe pour son talent et son sài9oir — que je ne pàt^âgé pké son auis quand il dit : <( La question (des dia-> manU) nie (tarait élucidée ». Toiit et qu1l dit à ce sujet n'a rien d^àbsolu» de formel et
ît se contente de conclure ainsi : <t il est donc vraisemblable ». Quand un fait n'est que watsembtable, il n'élucide pas une question.
Pour moi, la question des diamants ne sera %lidée que lorsqu'on pourra présenter l'inisentaire des joyaux personnels de la reine en 1789 et 1791, et qu'on aura retrouvé à une date postérieure ces diamants.
Pour ma part, je ne crois pas que jamais la duchesse d'Angoulème ait possédé les diamants de sa mère. Mon arrière-grandpère et mon grand-père furent joailliers de ta couronne sous la Restauration, ils remontèrent, d'une part, tous les diamants de la couronne, et tous ceux qui appartenaient personnellement à la famille royale. La duchesse d'Angoulème en possédait fort peu à Elle, et £lle ne portait jamais, dans les cérémonies, que les joyaux de ta couronne dont une partie avait été remontée; pour son usage.
Toutes les factures à l'appui existent encore.
ôn Doît àone^ qu^à mon ^andl regrei, je ne partage pas l'opinion de M. Daudet, à qui je serais désireux que ces observations fussent présentées, en même temps que Texpression de mon admiration pour son oeu- Dre.
Germain Bapst.
{Intermédiaire du to octobre içoS.)
Je ne répondrai qu'en peu de mots aux ju-* dicieuses et btentoeillantes observations de M. Germain Bapst, relatives aux diamants de Marie- Antoinette. Je n'ai pas la prétention d'être infaillible. Je verse à l'Histoire ce que j'ai lieu de croire la vérité» et de ce que je dis qu'une question me paraît élucidée, il ne faut pas conclure que je ne m'attends pas à voir mon opinion contredite ou confirmée par des découvertes nouvelles. Sous ces réserves, je persiste à penser que la duchesse d'Angouléme a été mise, au moment de son
mariage, en possession des diamants de sa mère, consen^és à la cour d'Autriche.
Pour le contester, mon honorable contradicteur s'appuie sur ce fait que ses traditions de famille lui permettent d'affirmer : à savoir que sous la Restauration, la princesse possédait fort peu de diamants. Ce serait donc qu'elle avait disposé de^la plus grande partie de ceux qui lui avaient appartenu et qui formaient, à l'exclusion même de ceux de sa mère, un total asse^ respectable.
En 1799, en se mariant, elle reçut ceux de sa tante ÉKsabeth qui étaient en dépôt che^ l'électeur de Trêves; le t3ar Paul 1" lui envoya à la même époque un très beau collier en brillants qui fut engagé en t8ot che^ des préteurs sur gages et retiré de leurs mains en 1S02. A la mort de Mesdames Adélaïde et Victoire, filles de Louis XV, elle eut non seulement sa part de leurs bijoux comme héritière de Louis XVI, mais encore la part qui revenait à Louis XVIII et celle qui revenait au comte d'Artois, que le roi ra-
cheta afin de l'offrir h sa nièce. De tout ceci,
je peux, bien entendu» fournir la preuve.
Je ne dirai rien de plua aujourd'hui^ me
réservant de revenir sur cette intéres$£inte
question quant j'aurai le loisir de compulser à nouveau des dossiers avec lesquels je croyais en avoir fini.
Çrnest Daudet.
{Intermédiaire du 3o octobre t^oS).
MM. Ernest Daudet et Germain Bapst ont largement disserté dans Vînlermédiaire sur la question des diamants personnels de Marie-Antoinette. Et je ne vois pas qu'ils aient cité Topinion très nette de M"" C^mpan à cet égard. N'ayant pas sous les yeux le Itore de M. Lenôtre, j'ignore s'il rappelle cette affirmation catégorique de l'ancienne femme de chambre de Marie-AntoinettCj affrmation que je trouve dans la Correspçndance inédite
de Mr* Campanavec la reine Horîense (t835, tome I, p. 25 1) :
<c Si rinfortunée Marie-Antoinette eftt obtenu l'exil au lieu de la mort, elle n*eût trouué dans son pays natal (pour toute fortune) que les diamants personnels, qu'elle ax^ait eu la prudence d'y faire passer dix^huit mois avant sa douloureuse fin ; et si ce fait, inno« cçfit en lu i-mtme, avait été connu» il eftt tté un d<^s plus graves motifs dans un açte d'acçy^atton oU on ne lui a reproché que des c|Yose§ dont ^lle n'était pas coupable. »
ÊPÎdçmment» cette déclaration n'a pas la VaUur indisçutable de pièces officielles, tf Ile que (es disirerait M» Bapst. Mais elle n*e^t p^Q il rçjeter de piano comme un témoignilge «ans valeur. M*"' Campan fut souvent la confidente de la reine, confidente peu indulg^nti^» mlm^ malveillante et dure pour l'infortMOéç spi^v^r^ine, d\x moins dans la Wttf% que pten^ çîfçr, où ^lle tax? Mariç-Antpin^tte d'aoarice, sous prétexte
^u'^llf « il9it dirç ea^^ctçm^nt la viritç Il
est Drai qu'elle écrit à ce Sa Majesté la reine
de Hollande », la fille de cette « petite créole » qui « avait couché dans le lit de ses maîtres ». N'importe, cette page me gâte un peu le portrait de M*"* Campan qui se pré-, sente d'ordinaire sous un plus noble aspect.
P. S. — Je viens de relire les Eclaircis^ sements historiques de Jtf*"* Campan (Mémoires sur la Résolution, p. 3iz et suiv>.) qui consacrent plusieurs pages aux diamants personnels de Marie-Antoinette. L'ancienne femme de chambre de la reine était autorisée mieux que personne à en parler» puisqu'elle aoait aidé sa maîtresse à les emballer : « la boîte qui les renfermait, dit-elle, resta longtemps à Bruxelles. Elle est enfin parvenue à M"** la duchesse d'Angoulème et lui fut remise par l'empereur à son arrivée à Vienne
Je dois ajouter que dans cette puhlica-* iion. M""* Campan, malgré son respect pour « la vérité n'inflige pas à la mémoire de
sa bienfaitrice les durs reproches qu'elle lui prodigue dans sa lettre à la reine Hortense.
Il est prai que les Mémoires sur Marie^An^ ioineiie furent publias en \%iZ pendant la Restauration.
{Intermédiaire du lo mai 1906.)
Je uiens de découvrir, aux Archii^es nationales, un document qui résout la question jusqu'ici débattue. C'est une supplique à Louis XVIII» dans laquelle Léonard Autié donne, sur le rôle qu'il joua pendant la Réi>olution et sur te sort tragique de son frère, des indications très précises. Il en résulte évidemment que les deux Autié portant le nom de Léonard, le cadet, Jean-François condamné, le 7 thermidor an II, par le tribunal réTOlutîonnaire, subit sa peine, et que l'aîné, après un long séjour à l'étranger, revint avec tes Bourbons k Paris, où il mourut
— zo\ —
çn 1820. Maïs |a pièce troutoée indique encore un nouveau fait, h savoir que les Léonard furent tous deux du poyage de Varenne^, Lequel des (jeux aurait alors trahi et VQlé ses maîtres I Probablement ni Tun ni l'autre» car Jean-François ayant été guillotiné, la légende qui le montrait rachetant VÎe ftvec les diamants de Marie-Antoinette tombe d'elle-même, et Alexis jouit constamment, auprès des princes restaurés, d'une faveur qui éloigne de lut tout spupçon. Qu'était-il besoin de transformer en traître de n^élodr^* me un de ces coiffeurs, ridicules peut-4tret mais certainement honnêtea Vojci le dov cument, dont je respecte le style et mime Torthographe.
« Au Koi
ce Sire,
fc Les infortunes qui ont accablés (es fidèles sujets d^ roi partir m'Qftt ^^«l^menf frappés. J'ai porté dans les Pays étrangers
ma misère et mes l^rme^» çontent çt H^Mr
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reuT d'approcher moment h» A. R. Je
4ésiri&rpit plus rien et je trouveroi^ une compensation asse^ grande à tous mes malheurs si mon hpnneur ne me disoit tous les jours que plusieurs familles qui avoient associées leurs interrêts aux mien^ se trouvent dans la misère* et quaidi des Ront^a de votre majesté je peut tout réparer.
9 J'ai l'honneur de mettre aous les yeux de votre majesté les faits qui justifieiit réclamations.
« Ce fut en 1780 (t) que jobtins de la bonté
de sa Majesté Louis XVI la salle des Thuille-
ries et S. A. R. Monsieur m'accorda le Pripilàge pour ma vie durante réversible sur mes enfants de l'honorer du nom Tbéaire Monsieur.
n Les dépenses que je fus obligé de fair^r^t pour les réparations de la salle, les Machines et Décorations s'élevèrent k quatrevingt-cinq Milles francs, mais au moment ou le Roi revenoitde Versailles pour rest<pr aux
f >) Il y a là une erreur que Ltforuird rectifia dans les rc<|ttfttcs ultérieures mats d'un moindre tntirit. c'eet 17W qu'il faut lire,
Thuilleries, Monsieur Bailly Maire de Paris m'obligea à quitter mon établissemeM: : Dans Tespoirs de compenser cette perte je fis encorre construire à ^ands frais une salle de spectacle Rue de feydeau ; ce fut à cette époque que Ion découvrît les effets de mon 3;èle et que Ion surprit les Rapports que je faisois au Roi, et à la Reine sur la situation de Paris. La tendre sollicitude du Roi m'arracha à une mort certaine» elle me fit trouver mon salut dans la fuitte, on m'arracha ma propriété la nuit de mon départ sur la fin de juin 1792, forcé de le faire pour ne pas être arrêté et sacrifié, on vint me chercher à Minuit aux Thuilleries pour signer lacté et pour mieux me tromper on l'avoit datté du trois Janvier.
« Je préférai ce sacrifice que de perdre la vie comme mon frère pour avoir transporté les diamans du Roi, de la Reine et de Mme Eltsabet^;, c*étoit mot, qui Tavoit accompagné jusqu'à l'étranger et payé tous les frais qui étoient considérables.
« ie viens supplier humblement votre Majesté de m^accorder comme seul dédomagement l'autorisation de rétablir une salle en DÎlle et de lut donner te nom Théâtre Monsieur. Cela me mettra à même de dédomager les personnes qui ont été comme moi victimes par les circonstances et de les satis-* faires. Les Bénédictions du Ciel seront la récompense de vos bienfaits.
<c J'ai l'honneur d'être» avec le plus profond Respect
de Votre Majesté
ce Le très humble, très obéissant et dévoué sujet.
c( Léonard Autié,
« rue Saint-Thomas du Lou\)rc, n° 26.
ce Paris, 3 décembre 1817.
<( Tour copie conforme, « L.-Henry Lecomtb, »
{Iniermédiaire du 20 octobre t^oS.)
Oigitized
Questions posées par Crauford à Fersen et réponses de celuM :
I. — Quels étaient la date et le sens de la lettre du roi de France au roi d'Espagne après avoir été obligé de quitter Versailles et de wnir à Paris le 6 octobre 1789 1
R. — Elle est de la fin d'octobre ou de no- Dcmbre 1789 et contient une protestation contre tout ce que le Roi pouvait dire» faire ou signer pendant sa captivité.
II. — Quels étaient la date et le sens de sa lettre à TEmpereur contre le xo juin au moment de quitter Paris]
R. — Elle est du 20 juin 1791. Cestun ex** trait de la proclamation qu'il a laissé en partant» et il finît par réclamer les secours de TEmpereur dans le cas où il serait arrêté.
III. — Quels étaient la date et le sens du pouTOÎr donné au Baron de Breteuîl I
k. — Un plein pouY)oir ou autorité dz traiter avec toutes les puissances au nom du Roi.
IV. — Quels étaient la date et le sens des pott^ôtrs donnés de Paris à M. le Comte d'Artois, après que le roi fut arrêté et ramené à Paris 1
R. — Un pouvoir de traiter avec les difféfénted puissances et de conoentr aïoec elles des moyens à employer pour le rétablissement dé Tordre et delà trftnquillitédans le royaume en prenant toutes les précautions nécessaires l^oUr sa sûreté et celle de la famille. Datée du 7 juillet 1791.
V. — Quelles étaient la date et la substance des obsert)àtions écrites en chiffres et qui àccômpagnaient ces pouvoirs 2
R. — Du 7 juillet 1791. l>e former une manière de congrès appuyé de forces imposantes, de faire prendre toutes les démarches de quelques négociations» afin de ne pas provoquer au crime et au massacre (sic).
yi. — A qui étaient adressées les deux • lettres écrites par TEmpereur et que j'ai vu
à firuxeiles. Quelles étaient leur cdnienii et
leur date ?
R. — Écrites à la Reine. La première du
2 mai ; la deuxième du ôjuin, contenant toutes les assurances les plus posittws de secourir le Roi et de lui fournir tout ce qu'il pourrait demander.
Très chère Sœur, J*ai reçu uotre petit Billet et la lettre en chiffre par le baron de Breteuil ; enfin je sais vos intentions et celles du Roi et vous sere^; obèie. Par M. d'Urfort (sic) revenu à Paris vous ave^ sçu ce que j*ai concerté avec le Comte d'Artois. J'attends sur celà vos ordres. Je n'étais plus à tems de le faire retourner à Turin, mais»
comme il me témoigne de la confiance, je lui ai écrit pour qu'il obéisse aux ordres du Roi et ne revienne point et je me flatte qu'il le fera. Je prie Dieu que vos projets réussissent heureusement (sic). Figurez-vous mes peines et mes inquiétudes. Mon cœur vous est bien attaché. Vous, ainsi que le Roi»
pouvez compter sur moi en toutes occasions,
dans tout qui dépendra de nioî. Votis
n*aue5 qu'à ordonner avec le comte de Merci qui a les ordres et instructions nécessaires. Je ne me fierai qu'à ceux que vous m'ave^ marqué. Le P«« de Lambfesc) est resté à mon service. Etc.
VII. — Quels étaient le contenu et la date de la lettre que l'Empereur envoya plus tard de Padoue I
R. — Un ordre à l'archiduchesse et à M.
de Merci de laisser à la disposition du Roi toutes les troupes, l'argent et tout ce qu'il possède dans les Pais Bas. Le tout dans la supposition que le Roi fut sauvé. Ordre de garder ces ordres, qui pouvaient servir de règle par la suite.
VIIL — Quels étaient le contenu et la date de la lettre ou message reçu ultimement pour la cour d'Espagne par le baron de Breteuil 2
R. — Qu'il s'engage à fournir 14.000 hommes dont cinq de cavalerie et 6 millions d'un emprunt ordonné en Hollande. Le tout dans la supposition de l'évasion du Roi.
t>t. — • Quels étalent* les dates des engagé-* ments ou promesses de l'Empereur qui ont été transmises par le comte d'Urfort. Quel était le contenu de ces engagements ?
R. — Mantoue, au mois de mal. De fournir 45,000 hommes, un emprunt de i3 millions, de négocier atoee l'Espagne et l'Angleterre pour les faire entrer dans la ligue et faire fournir à cette première 20.000 Hommes.
Que tout serait prêt au t3 juillet. Ce papier a du être signé par l'Empereur et te eomtt d'Artois. On doute de son authenticité.
X. — Quels étaient les engagements et leê promesses faites par le roi deSardaignel
R. — D'agir ai>ec 10.000 hommes, dès que l'Espagne et l'Empereur agiraient et à la ré-» quisition du roi de France.
XI. — Quels engagements avaient été pris par les cantons suisses?
R. — De fournir 3o 340.000 hommes et un emprunt de 40 à So millions, mais à la réqtti<* sition seule du Roi, lorsqu'il serait en liberté.