‹ La fin de deux légendes l'affaire Léonard, le baron de Batz. Ouvrage orné d'un frontispice gravé et de quatre facsimile d'écritureChapitre 9 sur 13 · IZ · texte numérisé non relu

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lem^nt, oui. Il figure dans les tabUs impeccables de Wallon et de Campardon; son acte de ddcès est aux Archives de la Seine :

Jean^François AuUé, dit Léonard, coiffeur de la reine, est donc administratiuement trépassé depuis te 7 thermidor an II.

Suivons plus loin : où trouve-t-on la première mention de son retour, en 1814I Dans un article extrêmement précis et documenté que M. Bégis donna à Vintermédiaire des chercheurs et des curieux du 10 juillet 1890. M. Bégis est mort depuis deux ou trois ans; tous les assidus d'archives l'ont connu :

c'était un homme d'une érudition surprenante ; il avait exploré, carton par carton, tous les dossiers de la police aux Archives nationales ; quand il dessanglait les liasses, brillait dans ses petits yeux une flamme de eu** riosité anxieuse ; il les (c ressanglait », après furetage, d'un air de volupté satisfaite, de cet air inexprimable du pécheur qui prend du poisson là où ses concurrents demeurent bredouille. A l'exception des Mémoires de

Billaud-^Varenne et d'un petit nombre de plaquettes intitulées Curiosités révolutionnaires^ M. Bégis n'a rien publié ; mais il auait amassé, en cinquante ans d'investigations» une quantité énorme de notes dont il était très fier et qu'il communiquait volontiers. Quand, sur un point douteux, M. Bégis avait prononcé, on s'inclinait, et M. Bord ne me contradira pas.

M. Bégis possédait en outre plusieurs milliers d'actes copiés, avant les incendies de 1871, à Tétat civil de la Seine. £st-<ce là qu'il découvrit l'indication du surprenant re-tour à la vie du coiffeur guillotiné] Je le pense. Toujours est-<il que cet érudit, qui n'avançait rien sans preuves, écrivait :

« Léonard put échapper à l'exécution de son . jugement et se réfugia en Russie, d'où il ne revint qu'en 1814... d (Intermédiaire des cber^ cheurs et des curieux, n° 532, col. 409.)

Quelle que fût ma confiance en la science minutieuse et la probité historique de M. Bégis, je n'aurais pas cru devoir admettre à l'égal d'un fait authentique cette indication

sans référence ; mais j'auais une preuve, irréfutable ceUe«-là, de la suroîe de Léonard, preuve qui confirmait en tous ses points l'assertion de M. Bégis.

En i838, un éditeur publia les Souvenirs de Léonard, coiffeur de la reine Marie-Antoinette. L'ouvrage» comme on le pense bien, était apocryphe et dû à l'imagination de Lamotte-Langon» l'habile fabricateur de tant de Mémoires, si fort en vogue è cette époque. Le nom sur lequel il spéculait était bien celui de notre Jean^^François Auiié, né à Pamiers en 1 j58, et non pas, c'est de toute évidence, sur ceux de ses deux frères, l'ancien serviteur de M*"^ Elisabeth et le directeur de spectacles, qui n'avaient en rien été mêlés à la grande histoire.

Or, il advint ceci : un des neveux de Léonard, Joseph-Auguste-Clair Autié, coiffeur, rue de Bellechasse, n^ lo, protesta contre ce l'authenticité de cette publication a, ce en quoi il usait pleinement de son droit. Au cours de cette protestation, qu'il fit impri-

mer, il écrit en termes très précis : ce Qu il N*A PAS QurrrÉ son oncle depuis tSi4« année de

SON RETOUR DE RuSSIE, JUSQU*EN 1819, ÉPOQUE D£

SA MORT... » etc. (Voir la Quotidienne, du 16 mars i838.) Son oncle : de quel oncle parle-t*-n là ? Evidemment de celui dont Lamottc-Langon se fait Thistoriographe, de Jean-François Autté, dit Léonard, coiffeur de Marie-Antoinette, et non, c'est manifeste, de son autre oncle, Timpresario, le direc-teur de théâtre, dont il n'était nullement question. Et je ne vois pas comment on pourrait mettre en doute cette affirmation si formelle d'un parent de Léonard, qui atteste ne pas l'avoir quitté depuis 1814 jusqu'en j8jç.

Léonard, la chose est certaine, avait donc esquivé Téchafaud. Comment ? Je Tignore.

Mais ce fait, pour être insolite, n'était pas impossible. Les actes de décès des condamnés du tribunal révolutionnaire étaient dressés d'après le i^erdict dont copie était remise ft ès mains de l'exécuteur » ; nul que celui-ci et ses aides n'accompagnait jusqu'à

l'échafaud les malheureux, morts officiellement et administratÎDement, dès aisant leur départ de la Conciergerie» ce qui rendait possibles des substitutions ou des soustractions. Au cours du procès de Fouquier-Tinv)nie, où se lai^a tout le linge sale du tribunal révolutionnaire, on vit, pendant des semaines, défiler une lamentable cohorte de témoins dont les dépositions relevaient les plus extravagantes irrégularités : arrêts de mort signés en blanc, nombre des condamnés fixé avant l'audience, confusion entre des détenus amenés l'un pour l'autre à la barre de l'accusateur public. Pour qui connaît, même superficiellement, le fonctionnement du tribunal révolutionnaire, une évasion in extremis peut sembler un fait anormal, mais non pas « merveilleux m, ni ce contraire au bon sens ». Mais, dame ! ça devait coûter gros, et pour Léonard, non plus que pour d'autres, la faveur ne dut être gratuite.

Ceci pour répondre à l'érudtt confrère de VEclair qui me reproche d'avoir accusé le

coiffeur du ^ol de la câssétte aux bîjout que Choiseul lui avait confiée. J'ai simplement écrit qu'en songeant à la miraculeuse — et coûteuse — façon dont le condamné échappa à la mort, « la pensée reoient à cette cassette, qui grâce à l'arrestation du roi à Varennes, resta aux mains de Léonard et qui disparut si mystérieusement le lendemain même du jour où il fut obligé de s'en dessaisir tt. C'est une insinuation, perfide, je l'aooue; mais ce n'est qu'une insinuation.

Elle n'est pourtant pas gratuite et me fut suggérée par un passage de la Correspori'dance secrète publiée par Lescure. Voici le texte :

n 3ojuin t79t. C'est Léonard, coiffeur de ta reine, qui a été chargé de la cassette renfermant les diamants de la couronne... Lors de l'arrestation, Léonard remit à M. de Damas la cassette... M. de Damas la donna en garde à un officier, qui fut blessé et transporté dans un lit. La cassette a disparu. »

On ne sait rien davantage ; mais il est per-

mis de r&marquei' que ce bénit de Léonard fiit bien maladroit le jour de Varennes :

après auoir largement contribué à l'arrestation de la famille royale, il tooit disparaître la cassette qu'on Ta chargé de porter au camp de Bouillé; ce serviteur, si déi>oué en paroles, n'auait pas, dans l'action, la main heureuse. Il est vrai que trois ans plus tard, quand il ne s*agit plus que de lui-même, il est beaucoup mieux inspiré et se tire des griffes du bourreau par quelque malice dont il garda le secret.

(c Pas si béte, pourtant, pas si bétel eût dit le sceptique Figaro.

G. Lenotre.

{Temps du tt août 1905.)

Je ne puis me défendre d'une admiration

instinctive en favjeur des hommes d'imagination et j'admire infiniment M. G. Lenôtre ; mais je dois avouer, pour être sincère, que

mon admiration n'est pas sans mélange, cht

elle est atténuée par une terreur également instînetive* Quand je lis une oeuvre comme le Drame de Varennes^ je suis séduit, comme tous les lecteurs, par le charme et la maîtrise du conteur, mais je suis pris, d'autre part, d'une anxiété que je ne puis expliquer aiitrement qu'en la comparant à celle que doit ressentir une poule qui wit un de ses petits circuler aY)ec aisance dans une pièce d'eau.

Varennes a produit che; mot ces sentiments au plus haut degré.

Si j'ai admiré la t^irtuosité avec laquelle

l'auteur a résumé les mémoires de Ferseit et les OUI9 rages de MM. Bimbenet, Victor Fournel, etc., si j'ai apprécié le brio avec lequel M. G. Lenôtre a piqué dans ses récits les quelques documents inédits qu'il a eu la bonne fortune de rencontrer, j'ai été, je Tauoue, désagréablement impressionné par le rôle prépondérant et abominable attribué au coiffeur de la Reine : après la réhabilitation du ménage Simon, la mise au

pUorî des mattres-perruquîers ciu pauvrè Léonard» cela m'a attristé. Les vicissitudes de la famille royale dans ce dramatique voyage sont d'un intérêt tellement palpitant qu'il n'était pas nécessaire de placer des banderilles enrubannées dans la vache de la ber«* Une des fugitifs pour passionner le lecteur.

De même qu'il a été démontré que, si Napoléon a perdu la bataille de Waterloo, c'est parce que tel jour à telle heure, Jean- Paul Chopart a coupé la drisse du foc de son bateau, de même M. Lenôtre nous démontre que Léonard Autié, coiffeur aux mœurs pacifiques, mis en posture de héros, loin de justifier la confiance de ses maîtres en jouant le dangereux rôle d'estafette, les trahit sans vergogne et fît tout rater; c'est l'ignominie de ce mince personnage qui, au moment décisif, a fait l'histoire de France.

Le Roi à Montmédy et la royauté était peut-être sauvée! Louis XVII, au lieu de mourir au Temple, régnait, avait des enfants... Et aujourd'hui nous aurions sur le

trône de France Louis XXII, auec le baron Loubet comme secrétaire de la main; un maréchal de France remplacerait M. Berteaux; M. G. Lenôtre, cheDalîer de Lorraine, serait ministre de l'Instruction publique ; je serais décoré des palmes académiques, et les coiffeurs me raseraient gratis; M. Brisson, marquis de Ris, souriant et béat, serait marguilUer de sa paroisse, et M. Otto Frederichs professeur d'allemand du Dauphin; M. Pelletan eût déjà fait plusieurs pèlerinages à Notre-Dame de Liesse, et le S décembre de chaque année il y aurait foule t6, rue Cadet, et 42, rue Rochechouart, pour assister à la féte de Tlmmaculée-Conception.

Pour empêcher toutes ces belles choses de se produire, M. Lenôtre a dû int^enter une très amusante histoire de Méridional ayant tellement d'esprit et d'indiscrétion qu'il trouva le moyen de mourir deux fois.

Atoec cette bizarrerie comme entrée en matière, l'Histoire devient très amusante : les

bons gros moellons sont remplacés par des

pierres précieuses d'un éclat incomparable ; quel malheur qu'il n'en soit pas ainsi 1

Après avoir accusé « par une insinuation perfide », c'est l'expression de M. Lenôtre, le malheureux Léonard d'être un traitre, un \)oleur et un assassin, il Taccuse sous la Terreur, à l'aide du produit de sa traîtrise, de son t9ol et de son assassinat, d'ai^oir placé la tête d'un pauure diable à la place de la sienne sous le couteau de la guillotine.

Le personnage est complet.

Dans le Temps du ti août, répondant h mon article du Correspondant du 25 juillet dernier, M. Lenôtre maintient sa thèse de Léonard Autié, coiffeur de la Reine, mort légalement deux fois : en résumé, dit-*il, il y a^jait trois Autié, dits Léonard :

Léonard (Alexis), parfumeur, puis entrepreneur de spectacles, mari de Marie-Louise Malacrida ;

2** Pierre, coiffeur de Madame Elisabethi mari de Rosalie Leguay ;

3*" Jean François, coiffeur de la Reine.

Or, il est inexact que Léonard n'ait été que parfumeur et entrepreneur de spectacles; il était également coiffeur et fournisseur de la Reine et dans plusieurs actes il se donne ce titre (actes de naissance de ses filles :

Ëlisabeth, i3 septembre 1781 , et Alexandrinc, 8 janvier 1786; bail d'une maison rue Saînt-Honoré, etc..) Il est même possible qu'il ait été réellement coiffeur de la Reine, bien que je n'en aie trouvé aucune trace.

Rien donc d'étonnant que son neveu, en i838, écrive « qu*il n*a pas quitté son oncle (Léonard coiffeur de la Reine), depuis 1814»

année de son retour de Russie, jusqu'en 1819, époque de sa mort m.

Assurément il ne parlait pas de Jean- François, dit Léonard, mais de Léonard- Alexis qui se qualifiait également coiffeur de la Reine, le seul qu'ait fait parler Lamothe- Langon dans les mémoires apocryphes qu'il fabriqua.

Et si M. Lenôtre avait lu avec attention

le^ mémoires en question, il aurait pu i^oir (III p. i55), que c'e^t le frère 4^ Léonardr Alexis qu*îl fait mourir en 1794.

Au surplus, il y a un autre obstacle à la première thèse de M. Lenôtre, qui de trois Léonard en avait ffiit deux. Il existe, à l'étatcit>il de Versailles, un acte en date du 23jan- \>ier 1786, Tactc de mariage de Pierre Autié aïoec Rosalie Leguay et, dans cet acte» les deux témoins du marié sont ses deux frères :

t"* Léonard ; 2* Jean-François.

Enfin, les actes que j'ai reproduits dans mon article du Correspondant établissent que c'est Jean-François, né en 1738, qui est mort en 1794, et Léonard-'Alexis, né en 17S0, qui est mort, non pas en 1819, mais en 1820.

Il s'agit donc de deux personnages différents parfaitement déterminés.

M. Lenôtre ne sortira pas de ce dilemne.

En reconnaissant l'existence de trois Léonard il démolit ses hypothèses.

Je conviens que du même coup s'écroule le chapitre i^raiment piquant et inédit du

Drame de Varennes. Mais reste le grand talent du romancier et du vulgarisateur» et cela suffit largement au succès du livre. Depuis dix ans, M. Lenôtre a fait aimer l'histoire aux gens du monde, et nous devons lui en savoir gré; cela constitue une œuvre utile» et les ouvriers d'histoire doivent lui en être reconnaissants.

Il faut cependant conclure ! J'imagine que la famille Autié est probablement encore représentée ; les habitants de Pamiers et l'honorable corporation des coiffeurs ne doivent pas être autrement fiers d'aooir donné le jour à un monstre aussi complet que le Léonard de M. Lenôtre. On doit, en matière historique, justice à tout le monde : aux Au*« tié comme à Charette et à Carnot ; aux gens de Pamiers comme à ceux de Paris et aux coiffeurs comme aux ministres, aux généraux et aux députéis.

Que mon aimable adversaire réfléchisse et qu'il ne se dissimule pas qu'il est possible qu'en l'an 1999 on élève à Pamiers une statue

à Léonard Autié» avec cette inscription :

(c A !a mémoire de Léonard» martyrisé cent on3;e ans après sa mort par Lenôtre ».

Torquemada Lenôtre! Brrr... Combien cela serait horrible et... injuste !

Allons, mon cher confrère, vous êtes asse3 fort pour dous offrir le luxe d'une erreur passagère ; j'ai entendu Rubinstein, qui était un grand virtuose, faire une fausse note dans VAppassionata, op. 54 de Beethoven, et je vous assure que, néanmoins, l'exécution était admirable.

Il est très facile et très doux d'être juste et je serais très heureux et très flatté que vous me répondie^. Justice à Léonard.

J'en appelle à tous les coiffeurs de France!

Gustave Bokd.

{Gaulois du 14 août 1905.)

Monsieur le Directeur, M. Bord s'obstine à prolonger, au sujet

d'un chapitre du Drame de VarenneSt une

controverse à laquelle ni lui ni moi n'apportons d'éléments nouveaux : puisque c'est maintenant aux lecteurs du Gaulois qu'il expose ses arguments, vous Doudre^ bien me permettre de leur soumettre également les miens.

Trois points sur lesquels il me trou>}era irréductible :

t** Le duc de Choiseul, Tun des organisateurs de la fuite de Louis XVI, en quittant Paris, le 20 juin 1791, pour précéder le Roi sur la route de Montmédy, emmena avec lui Léonard, coiffeur de la Reine, dans un but qui n'a jamais été précisé. Nul rôle, en effet, ne semble, au départ, avoir été réservé à Léonard; c'est par hasard, après Châlons, qu'il se trouva inopinément chargé de porter à Luxembourg les bijoux de M"*' Élisabeth et l'habit de gala du roi, et, en même temps d'aviser d*un retard possible les détachements de troupes disposés sur le chemin. Il s'acquitta de cette mission aussi maladroite-

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