PROTESTATIONS LOCALES
entraîner les suffrages de ses collègues au profit du lieu qu'il habitait * .
Pour ces diverses raisons, les arrondissements de 1787 ne formèrent pas, en Basse-Normandie, des circonscriptions aux contours réguliers, avec leur chef-lieu au centre. Souvent les chefs-lieux d'arrondissement sont très voisins l'un de l'autre, par exemple : Saint-Lô, Ganisy et Marigny ; Avranches et Tirpied ; Condé-sur-Noireau et Vassy ; Bayeux et Saint-Vigor. Souvent aussi ils occupent une position excentrique à une des extrémités de la circonscription, et à une distance trop grande des paroisses qui en dépendent : tels Barfleur, Briquebec, Marigny, Cerisy-la-Forêt, Tessy, Tinchebrai, Condé-sur-Noireau. Beaucoup d'arrondissements méritent mal leur nom et présentent à l'œil des formes étranges : longs étranglements, comme Saint- Vigor, Balleroy et Granville ; triangles irréguliers, comme Saint- James et Tilly-sur-Seulles ; renflements territoriaux réunis par un isthme, comme Brécey ; toute une série de cantons bizarres, aux lignes frontières capricieuses, qui rendent assez embarrassée la carte administrative du pays. Aussi, lorsque la Constituante, trois ans plus tard, divisa les districts qui représentaient à peu près les anciens départements de 1787, substitua-t-elle à ces arrondissements de nouveaux cadres plus régulièrement tracés et des circonscriptions territoriales mieux équilibrées, les cantons.
Ces imperfections de délimitation n'avaient point échappé d'ailleurs aux contemporains. Des plaintes se firent entendre sur l'irrégularité des « cantonnements ». Ce fut dans l'élection de Bayeux qu'elles furent les plus vives ; le subdélégué Gênas se fit l'écho de quelques-unes. « Le travail des cantons, écrit-il, aurait pu être mieux fait. Tout le pays du bord de la mer, depuis Graye jusqu'au Port-en-Bessin, qui est très étendu, eût dû former un arrondissement spécial »('2). Le sud de l'élection se plaignit aussi d'être sacrifié. Un notaire de Caumont, Aveline, syndic du bourg, qui devait être plus tard administrateur du Calvados, puis député à l'Assemblée législative, protesta contre la formation irrégulière du canton de Balleroy, qui englobait des pays de nature et de besoins différents, Bessin et Bocage, et demanda un canton pour cette dernière partie, avec Caumont pour centre iBk
(V, Par exemple, Louis de Vassy à Brécey, de Charsigné d'Héritot à Saint-Andréde-Fontenay, etc.
(2) Arch. dép., Calvados, C 6343.
(3) Jbid., C 7661.
LA GÉNÉRALITÉ DE GAEN DIVISÉE EN ÉLECTIONS OU DÉPARTEMENTS d'après la Carte de LEGENDRE (1788) à Paris, chez Lattre
Bibl. Nat. Cartes, C "29243