‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 124 sur 511 · LA SÉANCE D'OUVERTURE · texte numérisé non relu

LA SÉANCE D'OUVERTURE

à Paris pour affaires indispensables)) (*), le marquis de Colleville, atteint déjà par la maladie qui allait l'emporter, et un autre valétudinaire, La Lande du Mesnildrey, qui pria ses collègues de le remplacer à la fois à l'Assemblée et à la Commission intermédiaire (2).

L'Assemblée s'ouvrit avec le cérémonial prescrit. Une députation alla chercher le commissaire du roi, qui fut introduit avec solennité dans la salle des séances. Cordier de Launay n'était pas seulement un administrateur. Il se piquait d'être un littérateur. Avant sa nomination à Caen, lorsqu'il était maître des requêtes au Conseil, il avait publié une « Nouvelle traduction de l'Iliade » (en prose), dédiée à Monsieur, frère du roi, et l'avait fait précéder de « Recherches hisoriques et philosophiques sur Homère » (3). Plus tard, dans l'exil perpétuel où il se condamna après son émigration, il occupa ses loisirs à écrire des œuvres d'érudition, de philosophie et un roman <4). Le discours qu'il prononça, le 6 novembre 1787, à la séance d'ouverture de l'Assemblée provinciale de Caen, fut une amplification oratoire, une œuvre de rhéteur. Le lettré, nourri de l'antiquité classique, s'y révéla aux réminiscences assez nombreuses dont il émailla un sujet tout moderne, aux allusions qu'il trouva l'occasion de faire au trône des Césars, à Solon, à Lycurgue et à Varron. Le traducteur d'Homère y perça sous l'intendant de province. Dans une langue imagée, Cordier de Launay, jetant un rapide coup d'œil sur les grands événements des deux derniers siècles, esquissa comme une philosophie de l'histoire. Ses périodes majestueuses retracèrent les alternatives de prospérité et de décadence des Empires, et glorifièrent dans la France une nation capable « de se régénérer

(1) Le comte de Vendœuvre était maire de Caen depuis 1781 ; le roi l'avait proroge dans ces fonctions en dépit d'une vive opposition des officiers du bailliage, qui l'accusaient de despotisme et de gaspillage ; mais l'acuité du conilit avait déterminé un nouveau règlement, du 18 juillet 1787, qui fixait comme terme à sa gestion la date du 1er janvier 1788. L'intendant avait obtenu ce règlement en faisant remarquer que « Vendœuvre était trop peu souvent à Caen ». Arcb. dép., Calvados, C 1095.

(?) Ce dernier fut remplacé à l'Assemblée par Uugon de la Cour, négociant de Granville, et à la Commission intermédiaire par Hervieu de Pont-Louis. L'abbé de la Cour, nommé à la place de l'abbé de Champigny, avait décliné tout mandai. Meslé, décédé en septembre 1787, avait été remplacé à l'Assemblée provinciale par son successeur à la mairie d'Avranches, Tesnière de Brémesnil, lieutenant général du bailliage d'Avranches.

(3) Paris, Théophile Barrois, Nyon le Jeune, 1782, 2 vol. in-8°. Cet ouvrage eut cinq éditions successives et cependant, dit-on, peu de succès.

(4) Voir plus loin, chapitre XVII, et Appendice I.

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