‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 125 sur 511 · LE DISCOURS DE L'INTENDANT · texte numérisé non relu

LE DISCOURS DE L'INTENDANT

dans l'infortune ». In tendant, il fit l'éloge des anciens rois et de leurs ministres, exaltant la toute puissance de Louis XIV et la magnanimité de Louis XV, vantant le génie de Richelieu et l'économie pacifique de Fleury. Homme de robe, il rendit hommage à Louis XVI, le restaurateur des Parlements, « ces dépositaires fidèles des lois, ces médiateurs nécessaires dans une monarchie tempérée ». Commissaire du roi, il le loua d'avoir établi cette hiérarchie d'assemblées, d'où devait naître l'égalité dans la répartition des subsides, et il souhaita la bienvenue à l'Assemblée provinciale, « composée des hommes les plus recommandables choisis, domiciliés dans tous" les points de la généralité », en « administrateur qui allait goûter la satisfaction d'avoir des témoins plus rapprochés de ses opérations et des coopérateurs honorables de ses travaux ». Il termina par des hommages flatteurs au ministre Brienne, « qui n'avait pas désespéré de la chose publique », au président Coigny, « digne héritier d'un héros célèbre par ses victoires », à tous les députés, représentant « ce que le sacerdoce avait de plus respectable, ce que les deux ordres de l'Etat avaient de plus distingué » (*).

Dans ce discours, écrit sur le ton sentimental qui était celui de l'époque, Cordier de Launay semblait saluer avec enthousiasme l'institution naissante, comme un bienfait du Roi. N'était-ce pas un enthousiasme de commande chez un homme qui, un mois plus tôt, annonçait à Brienne son intention de « rester muet et impassible au milieu des ondulations naissantes et des discussions démocratiques et monarchiques » qui précédaient l'ouverture de l'Assemblée provinciale? (2) Sincère ou non, l'attitude de l'intendant révélait son désir de vivre en bonne intelligence avec la nouvelle administration, dont il semblait se promettre le bienveillant concours.

Quels étaient, en retour, les sentiments de l'Assemblée provinciale? En premier lieu, une certaine impatience de prendre part à l'administration de la province (3), ensuite, une sorte de réserve prudente, voisine de la défiance, vis-à-vis de l'intendant et de ses auxiliaires dans toutes les branches de l'administration : ingénieur en chef, directeur des vingtièmes, etc.. « Sagesse et

(1) Arch. dép., Calvados, C 7616.

(2) Ibid., C 6341. Lettre de Cordier de Launay à Brienne, 7 octobre 1787.

(3) Son président, le duc de Coigny, exprime ces sentiments au début du discours qu'il prononce après le départ de l'intendant.

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