‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 141 sur 511 · VUES RÉTROGRADES DE ^ASSEMBLEE PROVINCIALE · texte numérisé non relu

VUES RÉTROGRADES DE ^ASSEMBLEE PROVINCIALE

ment défavorable aux succès électoraux du clergé rural et marquait sa défiance en demandant une modification du règlement telle que « les curés fussent moins nombreux dans deux assemblées où leur mérite les appelait, mais dont l'amour de leurs devoirs les éloignait » (]). Les curés bas-normands devaient, moins de deux ans plus tard, se souvenir de cette défiance et la faire payer cher à leurs évêques lors des élections aux Etatsgénéraux.

Un dernier trait de l'exclusivisme étroit du bureau du Bien public, dont quatre membres sur sept faisaient partie des ordres privilégiés, c'est la demande qu'il adressa au sujet du recrutement de la noblesse. Désireux d'éliminer des rangs de celle-ci les anoblis de fraîche date, il réclama la preuve de cent ans de noblesse pour l'élection d'un gentilhomme comme représentant de cet ordre à l'Assemblée provinciale.

Une tendance générale se dégage visiblement de tous ces ces arrêtés. Faire prévaloir, dans les assemblées paroissiales et municipales, l'influence des bourgeois des villes, des seigneurs et curés de campagne au détriment des vrais paysans ; dans les assemblées d'élection et provinciale, éliminer ces mêmes curés, faire place large aux dignitaires ecclésiastiques, à la vieille noblesse, à l'aristocratie bourgeoise, telles étaient les vues de l'Assemblée provinciale de Caen en matière d'administration. Cet ingénieux dosage de l'autorité aux divers étages de la hiérarchie administrative, qui tenait le plus grand compte du rang social des individus, constituait un véritable recul. L'esprit rétrograde de ces projets, qui retranchaient, au profit des privilégiés, le peu de concessions libérales faites par le Règlement du 15 juillet, devait être assez sévèrement apprécié par une partie de l'opinion publique et contribuer à discréditer l'Assemblée provinciale. « L'Assemblée, s'écriera plus tard Aveline, le syndic de Caumont, s'est félicitée dans son procès-verbal de ne se voir composée que d'individus qualifiés. Dans un temps où ils sont frappés sans ménagement, les gens du peuple. . . sont les instruments d'un corps qui, si sa constitution était plus affermie, donnerait les apparences de l'aristocratie » ,2'.

En attendant la décision future du roi sur ses vœux d'ordre administratif, l'Assemblée provinciale, pour guider le travail

(1) Procès-verbal de Basse-Normandie, p. 186

(2) Lettre d'Aveline, 19 décembre 1788 Arch. dép., Calvados, CT7661.

Page 1