‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 173 sur 511 · RÉSISTANCE DES INGENIEURS · texte numérisé non relu

RÉSISTANCE DES INGENIEURS

« de désagrément, nouveau Candide, en cultivant philosophi- « quement mon jardin, je finirai ma carrière en plaignant ce « corps respectable à mes yeux, et auquel mon cœur sera toujours « fidèle, et ne dirai pas plus sérieusement que le docteur Pangloss « que tout est au mieux et que nous sommes dans le meilleur « des mondes possibles ». — « Accoutumé, écrivait-il un mois m plus tard, à ne rendre compte depuis quarante ans qu'à des « officiers éclairés de mon corps, même au ministre pendant huit « à dix ans dans le Berry, il m'est dur de me voir commandé, « dans ma soixantième année, par un étranger sans lumières qui « se trouvera remplacé au premier moment par un autre com- « merçant, qui me regardera du haut de sa grandeur. C'est une « couleuvre à avaler, qui, jointe au désagrément de n'avoir pas « encore reçu un sol de mon salaire depuis le 1er octobre 1786, « me décourage entièrement » î1'. Peu de temps après, de Montrocher envoyait en effet sa démission à La Millière, et il fallut des démarches pressantes de Vassy, alors président de la Commission intermédiaire, pour lui faire abandonner son projet de retraite. Un autre de ses confrères, l'ingénieur Delorme de Valognes, avait dû être blâmé par la Commission intermédiaire* en raison d'une lettre, dont elle n'avait trouvé « ni le style ni la forme convenables » (2).

Si le corps des ponts et chaussées, faisant chorus avec les anciens entrepreneurs évincés, voyait d'un mauvais œil l'intervention des nouveaux administrateurs, ceux-ci n'avaient pas moins de prévention et de défiance à l'égard des ingénieurs. Fermement résolus à mettre fin aux entreprises ruineuses de Lefebvre et à introduire un régime de stricte économie dans l'administration des routes, les membres de la Commission intermédiaire n'accueillaient qu'avec la plus grande réserve les projets de l'ingénieur en chef. Le 21 mars 1788, Vassy écrivait au duc de Coigny : « Je persiste à croire que nous devons être sur nos gardes, « et que nous sommes environnés de gens qui cherchent à nous « tendre des pièges. Je ne suis nullement séduit par le zèle appâte rent de l'ingénieur en chef et de ses sous-ordres. Ils veulent, « en multipliant les difficultés, nous ramener au dernier parti « qu'ils avaient adopté pour l'entretien des routes et nous faire « par là tomber en contradiction avec nous-mêmes aux yeux de

(1) Arcli. dé|j., Calvados, C 3087. Lettres de Montrocher à l'ingénieur en chef, 24 février et 12 mars 1788.

(2; Ibid., C 7622. Lettre de la Commission intermédiaire, 3 avril 1788.

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