‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 176 sur 511 · CONFLITS ENTRE LES DEUX ADMINISTRATIONS · texte numérisé non relu

CONFLITS ENTRE LES DEUX ADMINISTRATIONS

« ont-ils conçu? S'ils s'en sont occupés, il serait convenable, ce « me semble, de comparer leurs moyens avec les propositions « que j'ai eu l'honneur de vous faire à ce sujet, et de soumettre « le tout à une discussion sérieuse ; s'ils ont vu mieux que moi, je « rendrai le premier hommage à leurs lumières. Sinon, j'insis- « terai avec confiance pour que le Conseil prenne à cet égard le « parti le plus avantageux à la généralité ».

Elevant le ton du débat, Launay priait enfin Necker de sauvegarder son indépendance vis-à-vis de l'administration nouvelle. « Profondément pénétré, Monsieur, des conséquences qui résul- « teraient de telles innovations, je m'abstiendrai de vous entre- « tenir de ce qui peut m'être personnel ou relatif à mes bureaux, « dans les changements provoqués par l'Assemblée provinciale. « Quelle que soit. la décision du Conseil, j'espère qu'il sentira que « mon existence civile et politique doit être indépendante de « ses délibérations. » tt).

Malgré de si fermes protestations, ce fut la Commission intermédiaire qui obtint gain de cause. Dès le mois de mars 1788, elle proposait au contrôleur général le mode d'emploi des fonds libres de la capitation. Un peu plus tard on lui remettait la libre disposition des fonds des dépenses variables, appliqués presque exclusivement à des objets d'ordre militaire.

Battu sur ce point, Launay l'était encore dans une question plus grave, le jour où le roi, prenant en considération la requête de l'Assemblée provinciale, ordonnait la résiliation des adjudications de travaux publics passés en 1787 (2>. Malgré les formules courtoises de l'arrêt, c'était un échec pour l'intendant devant qui ces adjudications avaient été passées. Chargée de procéder aux adjudications nouvelles, la Commission intermédiaire allait commettre un empiétement nouveau sur l'autorité de Launay. Celui-ci, blessé jusqu'au vif, allait prendre bientôt sa revanche en paralysant, au nom de la légalité, et pour une pure question de forme, les opérations de cette Commission relatives au recouvrement de la corvée. Un long conflit, qui dura pendant la première moitié de l'année 1789, allait mettre aux prises les deux

(1) Arch. dép., Calvados, C 4703. Lettre de Cordier de Launay à Necker, 27 février 1788. « Pour vous seul, Monsieur », écrit-il en tête de cette lettre. Voir F. Mourlot, Rapports d'une Assemblée provinciale et de sa Commission intermédiaire avec l'intendant. Bulletin des sciences économiques et sociales du Comité des travaux historiques et scientifiques, année 1902, p. 276.

(2) Voir supra, chap. IV, p. 71.

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