LEURS CONSÉQUENCES FUNESTES
autorités rivales, amener le désarroi dans l'administration, accroître la misère générale, causer de graves préjudices aux intérêts économiques de la province (1).
Sur un autre point, la Commission intermédiaire avait été moins heureuse. Un conflit s'étant élevé entre les bureaux intermédiaires et les officiers d'élection, relativement à la répartition des tailles (2\ ces derniers l'avaient emporté. Sans être le complice de ce succès, l'intendant dut le voir d'un œil satisfait, car il lui rendait le département des impositions pour 1789. Une telle mesure excita le vif dépit de la Commission intermédiaire, dont ce brusque retrait d'attributions ne pouvait que diminuer le prestige aux yeux des populations. Aussi, animée à son tour de dispositions malveillantes vis-à-vis de l'intendant, renonçat-elle à demander cette année l'augmentation du moins imposé, remise accordée par le roi pour être distribuée aux taillablçs qui avaient subi des pertes de récoltes ou de bestiaux. La raison de son mutisme est mesquine et fort peu louable. « Comme ces fonds « peuvent être diminués l'année suivante, et comme ils sont desti- « nés à soulager la classe la plus ignorante et la plus prévenue « contre les Assemblées provinciales, celle des habitants des cam- « pagnes, la comparaison des secours accordés par nous avec ceux ' de l'ancien régime serait entièrement à notre désavantage et v nous ferait perdre sous le rapport du crédit et de la bienfaisance « une considération qu'il nous est bien important d'acquérir » (3).
En fin de compte, cette conception si étroitement jalouse que les deux administrations avaient de leur autorité, cette course à la popularité tournaient au détriment public et n'avaient que des conséquences funestes.
Dans une sphère plus restreinte, les neuf bureaux intermédiaires de département exercèrent les mêmes attributions que la Commission intermédiaire provinciale. Il existe des traces matérielles de leur activité. Nous possédons les registres de délibérations de six d'entre eux : ceux de Caen, Bayeux, Vire, Avranches, Saint-Lô, Valognes, et les registres de correspondance des bureaux de Bayeux et de Carentan (4). Leurs séances se te-
(1) Voir plus loin, au chapitre XII, l'exposé succinct de ce conflit.
(2) Voir ci-dessous, p. 133.
(4) Ibid., Registres de délibérations de Caen, C 7664 bis ; de Bayeux, C 7655 et de Vire, C 7726 ; deux registres de correspondance de Bayeux, C 7657, 7658. — Arch. dép. de la Manche, Registres de délibérations d'Avranches, C 238 ; de Saint-Lô, C 629 et de Valognes, C 633 ; registre incomplet de correspondance du bureau de Carentan, C 476.