LES BUREAUX INTERMÉDIAIRES ET LES INGÉNIEURS
tendues que celles de la Commission provinciale et de l'ingénieur en chef, et pour les mêmes motifs. Les ingénieurs se plaignaient de l'ingérence continuelle de ces avocats et gens de loi dans les questions où leur compétence technique était très discutable. Celui de Granville exprime à Lefèvre, son ingénieur en chef, la mortification qu'il éprouve à prendre l'heure d'un particulier de Granville, que le bureau intermédiaire de Coutances a désigné pour faire la visite des routes de son district. « Vous m'aviez écrit, « mon vénérable, que les assemblées d'élection non plus que « leurs bureaux intermédiaires n'auraient aucun ordre à donner, « et que tout le service se ferait entre vous et moi. Ne devrais- je « pas tomber des nues en recevant une lettre impérative du « bureau intermédiaire de Coutances et en me voyant obligé de « prendre les ordres d'un particulier de ma ville? » (*) Est-il besoin d'ajouter que les ingénieurs ne répondaient pas avec empressement aux appels des bureaux intermédiaires et qu'ils n'y répondaient pas toujours sur un ton correct ('2>. La correspondance échangée entre les administrateurs de département et les procureurs-syndics provinciaux est remplie de plaintes contre la lenteur et l'insubordination des ingénieurs, les retards que ceux-ci apportent aux devis des routes, leur mauvais vouloir général (:i). Ceux-ci à leur tour se plaignent de la surcharge qu'on leur impose en les obligeant à dresser les projets de construction ou de réparation des églises et presbytères ; ils rappellent leurs appointements impayés et menacent de démissionner (4^.
La tension des rapports entre les bureaux intermédiaires d'une part, les tribunaux d'élection et le corps des ponts et chaussées de l'autre, était due à une cause d'ordre général. C'était la résistance de l'ancien régime contre le nouveau. Cette même cause devait influer sur les relations de ces bureaux avec les subdélégués de l'intendant. Ici, la rivalité d'attributions était encore plus accusée ; l'antagonisme était en quelque sorte plus étroit,
(1; Arch. dép.,C 3088. Lettre de Demontrocher, ingénieur à Granville, 1? mars 1788.
(2) Ibid., C 7G22. Plaintes du bureau de Valognes contre l'ingénieur Déforme, avril 1788.
(3) Registre de correspondance du département de Carentan. Ibid., Manche, C 176. Ibid., Calvados, C 8567, 8570.
(4) Ibid., C 7623, 7624. Il y eut cependant des exceptions, et l'on voit Didiet, ingénieur du département de Caen, offrir aux membres du bureau intermédiaire de ce département, le 30 juillet 1790, à la veille de la cessation de leurs fonctions, en signe d'hommage et en souvenir de leurs bonnes relations, un exemplaire de son ouvrage sur les poids et mesures. Ibid., 7664 bis.