LES BUREAUX INTERMÉDIAIRES ET LES SUBDÉLÉGUÉS
et les motifs de froissement réciproque plus nombreux. Presque partout, c'étaient les subdélégués qui ouvraient le feu. Le subdélégué de Bayeux, Gênas, avertissait l'intendant qu'il n'était disposé à fournir aucun renseignement au bureau intermédiaire pour la formation du rôle de la capitation des non-taillables ; s'il aimait à travailler pour son chef, indulgent et bon, il était décidé a ne rien faire pour les autres (l1. Celui de Vire, Demortreux, refusait de confier en dépôt au bureau intermédiaire les procès-verbaux de formation des municipalités de son ressort (2). Lavalley de la Hogue, subdélégué de Carentan, sembla faire cause commune avec les officiers de l'élection et, après avoir brisé les scellés apposés à ce tribunal, se contenta de remettre les clefs du greffe au procureur du Roi, au lieu de faire donner aux procureurs-syndics du département les pièces de ce greffe nécessaires à l'assiette de la taille. Il allégua que ce n'était point sa mission. D'où mécontentement du bureau intermédiaire et de l'assemblée de département, précisément réunie à cette époque, et contrariée dans ses opérations par tous ces retards. La Hogue fut dénoncé par le comte d'Osseville, président du bureau ; l'assemblée jugea sa conduite « insidieuse, portant les caractères marqués d'une désobéissance préjudiciable aux droits du roi, et d'un manque absolu d'égards et d'honnêteté envers l'assemblée et son chef » (3). C'était la rupture, assez grave, entre les représentants des deux administrations, au détriment de la bonne marche des services administratifs.
Mécontents des procédés des subdélégués, les bureaux intermédiaires n'hésitaient pas à en faire remonter la responsabilité jusqu'à l'intendant. Tel le bureau de Vire, qui dans sa querelle avec de Mortreux reprochait à Cordier de Launay de « mettre sa volonté à la place d'une loi qui n'existait pas » W. Les renseignements demandés aux bureaux de l'intendance étaient-ils tardifs ou trop peu abondants, les administrateurs de département jetaient les hauts cris : « Il semble, écrivent ceux de Caen, qu'on « cherche à nous tenir dans l'impuissance d'opérer le bien qu'on « doit attendre d'une administration vraiment patriotique » (5). Le bureau de Bayeux fut un de ceux qui s'élevèrent avec le plus de
(1) Arch. dép., C 7624. Lettre du 2 décembre 1787.
(2) Ibid., C 7730. Plaintes du procureur-syndic de Vire, du 25 novembre 1787
(3) Ibid., 7690. Ibid., Manche, C 476.
(4) Ibid , Calvados, C 7730.
(5) Ibid., C 7666.