LES ASSEMBLÉES PAROISSIALES ET MUNICIPALES
plupart des assemblées de département approuvèrent le projet qui permettait à ces deux privilégiés, non seulement d'assister à ces réunions purement électorales, mais même de les présider. Seuls les députés de Bayeux et de Coutances furent d'avis différent, au nom de la liberté du scrutin. « La présence du seigneur « et du curé, objectèrent-ils, même sans voix délibérative, aurait « trop d'influence sur des gens que le respect habituel et très « souvent l'intérêt tiennent dans une dépendance absolue. » Un membre du bureau de Coutances déclara hardiment que « les seigneurs et les curés pouvaient avoir des passions comme « les autres hommes et qu'alors ils auraient trop de moyens pour « faire prévaloir l'injustice e! étouffer la réclamation toujours « faible de gens moins instruits et dépendants » W.
Les assemblées de paroisse n'étaient plus alors, comme l'ancien « général de la paroisse » composées de tous les habitants roturiers, mais seulement des contribuables imposés à 10 livres, ce qui réduisait le nombre des votants. Plusieurs paroisses, nous l'avons vu, n'avaient pu constituer leurs municipalités par insuffisance de suffrages. Aussi dans certaines assemblées de département, à Bayeux, à Carentan, demanda-t-on l'admission exceptionnelle aux délibérations paroissiales, dans les petites paroisses rurales, des taillables dont les cotes approchaient le plus de la taxe électorale exigible t2L
Les assemblées municipales formaient un conseil restreint. Il fallait payer 30 livres d'impôt pour en faire partie. Un vœu unanime des assemblées de département réclamait l'éligibilité à ce conseil des propriétaires fonciers non domiciliés, riches bourgeois des villes désireux d'exercer une influence à la campagne et d'avoir voix au chapitre de la répartition des charges fiscales. Le seigneur et le curé étaient membres de droit de ces assemblées. La présidence était dévolue au seigneur de clocher et, en son absence, au syndic municipal. Les curés devenaient ainsi de simples membres, sans voix délibérative. Cette exclusion de la présidence les froissa. « Sans doute, écrivent les procureurs-syn- « dics de Carentan, les curés sont mis par leur amour du bien (v public bien au-dessus de cette préséance ; néanmoins, le peu d'at- « tention que la plupart des paroisses ont apporté dans le choix « de leurs syndics municipaux a dégoûté bien des curés de se trou-
(1) Arch. dép., Calvados, C 7699.
(2) Ibid., C 7654, 7691.