‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 206 sur 511 · LES PARTISANS DU VOTE PAR ORDRE · texte numérisé non relu

LES PARTISANS DU VOTE PAR ORDRE

noble protesta, au nom de ses collègues de la noblesse, presque tous absents, contre le doublement du Tiers et le vote par têteW. Dans un département voisin, celui de Falaise, dont les voix allaient se mêler à celles des électeurs de la généralité de Caen pendant les opérations de la convocation des Etats généraux, le même esprit d'opposition se manifesta. Le procureur-syndic du clergé et de la noblesse, le marquis de Ségrie, se fit, dans une lettre au duc d'Harcourt, l'interprète assez violent des craintes que la « prépondérance future » du Tiers état inspirait aux ordres privilégiés. « Cet ordre, dit-il, étant composé en majeure partie « de rustres sans éducation, usant de leurs avantages sans aucune « retenue, quand un paysan aura pris son seigneur en aide de taille, « quand il le verra inscrit à côté de lui sur le rôle de la corvée, « quel respect pourra lui inspirer l'eau bénite et la préséance dans « le chœur ? Cette vaine distinction ne sera plus qu'un objet de « dérision. Il est évident que le but de cette politique est d'affaiblir « l'ordre de la noblesse par le Tiers état. N'est-il pas à craindre que « M. Necker, républicain, ne favorise ce système? Il est grand « temps de protester contre la nouvelle formation, qui renverse « absolument l'ancienne constitution. Il est à craindre qu'on ne « veuille l'introduire dans la composition des Etats provinciaux »(?).

En dépit de quelques voix discordantes et de tendances rétrogrades isolées, la cause du Tiers état était gagnée dans l'opinion publique. Celle-ci se prononçait pour le retour des Etats provinciaux « bien conformes et bien organisés » (3>, c'est-à-dire adaptés aux besoins nouveaux du pays. Elle se montrait favorable au maintien du régime administratif nouvellement établi, au système des commissions intermédiaires permanentes, des assemblées de département, des municipalités rurales. Elle réclamait le doublement du Tiers, le vote par tête et le principe de la libre élection substitué à celui de la désignation par le roi ou du recrutement par cooptation. A y regarder de près, ses desiderata étaient ou réalisés ou à la veille de l'être. L'édit de 1787 y avait satisfait ou y promettait prompte satisfaction.

Au premier cri de la croisade entreprise pour le rétablissement

Cl) Arch. dép., Calvados, C 7725.

(2) Lettre du marquis de Ségrie, 31 octobre 1788. Arch. château d'Harcourt, liasse 338. — Lettre du comte de Vendœuvre, président de l'assemblée de Falaise, au duc d'Harcourt, 1er novembre 1788 : « Si l'on vote par ordre, le nombre des députés de chaque ordre sera indifférent, mais si au contraire on se détermine à compter les voix, alors le Tiers état aurait trop d'avantage. » Ibid., liasse 338.

(3) Lettre du comte de Balleroy au duc d'Harcourt, 23 octobre 1788. Ibid., liasse 338.

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