LA FERMENTATION POPULAIRE
des soupes économiques et veillaient aux distributions de riz C1). La municipalité enrôla les travailleurs âgés de plus de dix ans pour balayer la neige des rues (2). Un arrêté du bailliage autorisa une quête par paroisse ; les magistrats la firent eux-mêmes et elle rapporta, en quatre jours, la somme de 3.743 livres, aussitôt distribuée aux curés pour les pauvres (9)t
Dans toute l'étendue de la généralité de Caen, mêmes souffrances, même inquiétude, même agitation. Aubin, maire de Condé-sur-Noireau, signale à Necker l'état alarmant des orphelins, infirmes et indigents, « prêts à mourir de faim et de froid » après de longs mois de privations (4). La municipalité de Granville organise des soupes populaires et un magasin de blé (5); celle de Vire, des ateliers de charité (6); à Carentan, des distributions d'argent ont lieu (?). Sur une requête pressante de la Commission intermédiaire provinciale de Caen, Necker autorise celle-ci à prélever, en faveur des pauvres de la généralité, une somme de 12.000 livres sur les fonds libres de la capitation (8). L'intendant Cordier de Launay obtient du ministre une somme de 10.000 livres, destinée à payer l'approvisionnement en grains qu'un négociant de Caen a fournis (9). Ces dons insuffisants, rapidement engouffrés, font courte trêve à la misère et n'empêchent ni les grondements ni les troubles populaires. L'arrêt du Conseil du 23 novembre 1788, laissant libre cours à la circulation des grains dans l'intérieur du royaume, « inquiète et agite le peuple dans presque toutes les élections de la généralité «, écrit l'intendant ; « les murmures et la fermentation sont à leur comble »(10). Une sédition éclate à Carentan à l'occasion d'un enlève-
(1) Journal de la Basse-Normandie. 1789, n° 2, 11 janvier 1789. — Desbordeaux, curé de Saint-Julien de Caen, envoie au rédacteur de ce journal la recette d'une soupe économique qu'il fait pour ses pauvres (30 pots par jour, taisant plus de 100 portions, le tout ne lui coûtant que 6 1. 1(3 s.). Elle est faite de pommes de terre, graisse, oignons. sel, poivre et pain. Ibid . n° 3, supplément.
(2) Arch. comm., Caen, BB™.
(3) Journal de la Basse-Normandie, 1789, n° 3, supplément.
(4) Lettre d'Aubin, bailli et maire de Condé-sur-Noireau, à Necker, du Ier avril 1789. Arch. comm., Condé-sur-Noireau, BBS.
(5) Ibid., Granville, Registre des délibérations, 10 et 19 décembre 1788.
(6) Ibid., Vire, Registre des délibérations.
(7) Ibid., Carentan, Registre de délibérations, 3 janvier 1789.
(8) Lettre de la Commission intermédiaire provinciale, 12 janvier 1789, et réponse de Necker, 29 janvier 1789. Arch. nat., H1 1420.
(9) Lettre de Cordier de Launay à Necker, 29 janvier 1789, et réponse de Necker, 7 février 1789. Arch. nat.. II1 1420.
(10) Lettre de Cordier de Launay, du 28 mars 1789. Arch. dép., Calvados, C 2688.