RÔLE PASSIF DE L'INTENDANT
en plein ailleurs scènes tapageuses au théâtre (*). Ce ne fut qu'une vaine alarme ; tout se borna à quelques bruyantes manifestations d'étudiants et l'autorité militaire n'eut pas à intervenir (2). ; L'intendant de Caen, Cordier de Launay, avait reçu des ministres Villedeuil et Barentin des ordres encore plus précis que le duc de Beuvron. On le priait « de s'employer à faciliter l'exécution des règlements, et à procurer, autant que possible, la célérité et l'uniformité, tout en s'abstenant avec le plus grand soin relativement aux élections de tout ce qui pourrait présenter l'apparence de la contrainte, de la gêne ou même de l'influence, l'intention du roi étant d'y faire régner une entière liberté » (3). Etait-il besoin d'ailleurs de lui faire de telles recommandations? A quelle influence pouvait prétendre un magistrat dessaisi de son ancienne autorité, et dont la disparition était souhaitée par tous? Cordier de Launay resta par principe étranger aux délibérations des diverses assemblées électorales de la généralité et se borna à transmettre au pouvoir central les renseignements que lui adressèrent ses subdélégués W). Il n'avait plus d'ailleurs une grande confiance dans le concours effectif de ces derniers. Sa lettre du 15 janvier 1789 au garde des sceaux est très significative sur ce point : « Je ne vous dissimulerai pas, Monseigneur, lui écrivait-il, « que depuis les changements médités ou survenus, mes subdé- « légués ont perdu beaucoup de leur influence sur les communau- « tés, de leur crédit et de leur considération même dans l'opinion « publique, quoiqu'il n'aient point démérité aux yeux de l'admi- « nistration. Je l'ai prévenu, il y a déjà quelque temps, de leur « découragement et de l'intention où plusieurs étaient de cesser « les rapports qu'ils avaient avec le Conseil pour se procurer
(1) Minute de lettre écrite le 22 février 1789 (de la main de l'intendant). Arch. dép., Calvados, C 6346. « Monsieur le duc, je crois de la prudence de vous prévenir sur le sujet de mes appréhensions. Plusieurs jeunes gens de Rennes sont arrivés dans cette ville. Grand nombre de personnes du Tiers, presque tous d'un âge incompétent, s'assemblent irrégulièrement au buffet du cours et y tiennent des séances politiques. On avait commencé à arborer des cocardes et à se parer de boucles et de boutons caractéristiques des distinctions adoptées par le Tiers état. Il y a eu avant-hier grand tapage à la Comédie, et l'état de faiblesse militaire où nous sommes réduits, a contraint de céder au parterre... »
(2) Lettre du duc de Coigny, 10 mars 1789. Arch. château d'Harcourt, liasse 338.
(3) Lettres de Villedeuil, 1er février 1789, et de Barentin. 10 février 1789, à l'intendant de Caen. Arch. dép., Calvados, C 6345.
(4) « Comme je me suis abstenu d'avoir ni directement ni indirectement la moindre influence sur les délibérations qui ont été prises, écrivait-il le 8 avril 1789, et que je n'en ai de connaissance que par des informations particulières et par la voie publique, je ne tenterai point de vous en oflrir l'analyse ni le résultat. » Ibid.