‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 229 sur 511 · ATTITUDE HOSTILE DU BAS CLERGÉ · texte numérisé non relu

ATTITUDE HOSTILE DU BAS CLERGÉ

Dans les cahiers particuliers qu'ils rédigèrent pendant la période électorale, les curés manifestent nettement leur état d'esprit, hostile aux évêques, aux grands vicaires, aux chapitres, aux abbayes. Ils opposent la condition de l'utile pasteur, du desservant à la portion congrue, exposés à voler à toute heure au secours des malades et des malheureux, à celle du riche prélat qui possède 200.000 livres de rente, sans faire la moindre aumône, ou du chanoine qui jouit de trois ou quatre mille livres de revenu annuel, moyennant l'assistance au chœur pendant trois heures par jour et seulement neuf mois de l'année (*). « Les uns sont trop « riches, et, vivant au sein des délices et de l'opulence, scanda- « lisent les peuples par l'usage qu'ils font des biens de l'Eglise, « tandis que les autres, ceux qui forment la partie utile et labo- « rieuse, réduits à la pauvreté, sont forcés de s'avilir pour se pro- « curer le simple nécessaire» (*). Ils demandent l'amélioration de leur sort, l'augmentation des portions congrues, l'abolition des déports, charge odieuse particulière à la Normandie, qui ruinent les paroisses au profit des vicaires généraux (3). Suppression des abbayes rurales d'hommes comme inutiles, suppression des seigneuries attachées aux abbayes et aux canonicats, obligation des bénéficiers à la résidence, des décimateurs à la charité *), tels sont leurs vœux à peu près unanimes. Les curés ad-

(1) Cahier rédigé par le ctiré de Cartigny et autres curés du diocèse de Baveux, publié par llippeau, ouv. cité, I. VII, p. 199-206.

(2) Cahier de Jacques Seigle, curé de Monceaux, dans Hippeau, ouv. cité, t. VII, p. 206-209.

(3) En vertu de ce droit, les évoques et archidiacres normands jouissaient, les premiers pour deux tiers, les autres polir un tiers, de tous les revenus appartenant à une cure, pendant le première année à chaque mutation de titulaire. Par contre ils étaient obligés à assurer la desserte de la paroisse pendant cet intervalle. Dans la réalité, ils louaient les revenus à l'encan et leur fermier livrait l'administration de la paroisse au plus bas prix possible à un desservant de passage, trop pauvre luimême pour soulager les autres. — Sur les abus du déport, véritable droit d'annates local, voir' abbé Bernier. Essai sur le Tiers étal rural de Basse-Normandie, p. 110.

(4) Cahier de plaintes, griefs et doléances, rédigé par huit curés du diocèse de Bayeux (Isigny et autres paroisses), publié par Hippeau, ouv. cilê. t. VII, p. 178-182.

Cahier des observations qui peuvent concerner le bien de l'Etat et de la religion, présenté par Bense, curé du Manoir, publié par Hippeau, ibid., p. 187-191. (I se plaint des détenteurs de dîmes, qui « ont des entrailles de fer ». « Cette année, dit-il, ils n'ont pas daigné répondre à une lettre (pie je leur ai écrite en faveur de mes pauvres; et, depuis que je suis curé dans la paroisse, je n'ai jamais reçu un sol de leur part. » — Le clergé rural est d'accord sur ce point avec les paysans. « Quelle part, évèipie de Coutances, avez-vous faite aux pauvres des paroisses dont vous avez récolté les dîmes ? Vous avez tout enlevé, tout consommé ! » Cahier de Saint- Vaast-la-Hougue. Voir les cahiers du Tiers étal des bailliages de Coutances et Valognes : Bridrey, Cahier du Cotentin, tomes I et II, passim.

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