LA COALITION DES CURES
santé attention les doléances de leurs paroissiens. Il arriva même qu'ils en inspirèrent plus d'une. Maint d'entre eux fut directement incité à se mêler au mouvement. Un prince du sang, le duc d'Orléans, apanagiste du comté de Mortain, ne fit-il pas adresser à tous les curés du Mortainais par son agent, le marquis de Limon, une circulaire les invitant à « donner de bons conseils à leurs paroissiens »?(*). Plus d'un cahier rural, en tout cas, contient des traces évidentes de leur influence.
Quand les diverses assemblées préliminaires des bailliages secondaires rédigèrent leurs cahiers, les curés virent avec joie que les vœux émis sur la religion leur étaient favorables. Le Tiers état, d'une façon générale, s'y montrait ennemi des moines et des grands dignitaires, ami des desservants ruraux. Les doléances du bailliage de Caen, quand elles furent connues, firent la plus grande sensation dans le clergé. On les réimprima jusqu'à trois fois de suite (2).
Une campagne ouverte fut-elle entreprise dans les deux grands bailliages de Caen et de Coutances en vue des élections du clergé? Aucun document ne le prouve. Un arrêt du Conseil du 25 février 1789 avait interdit les réunions en corps de cet ordre. Il semble toutefois que, dans ces deux ressorts, l'exclusion des hauts dignitaires du clergé était chose tacitement convenue et que l'entente s'était déjà faite sur plusieurs noms. L'abbé Soulavie, qui joignait à ses fonctions de vicaire général de l'évêque de Châlons celles de curé de Septvents dans le Bocage, et qui dut être un des plus ardents agitateurs du clergé bayeusain, nous a laissé des élections du bailliage de Caen un journal assez intéressant (3). Dès le 6 mars 1789, dix jours avant la réunion de l'assemblée électorale, il écrivait à Necker : « L'ordre des curés ne veut que des « curés pour députés et leur choix paraît déterminé ». La veille de l'élection il lui écrivait à nouveau : « L'assemblée élira trois « curés pour Paris ; depuis plusieurs mois le parti qui était pris « avait nommé d'avance trois à quatre sujets qui réunissent les « voix » (4). Mêmes pronostics pour l'assemblée de Coutances.
(1) Journal de la Basse-Normandie, année 1789, n° 12, supplément.
(2) Journal des élections du bailliage de Caen, par Soulavie. Arch. nat. , Ba 27.
(3) Sur Soulavie, voir le travail de A. Mazon, Histoire de Soulavie, naturaliste, diplomate, historien, 2 vol.. Paris, 1893. —A. Brette a publié les sept bulletins de Soulavie dans La Révolution française, 1894, p. 162 sqq., sous ce titre : Les Elections du Clergé du Bailliage de Caen en 1789.
(4) Le 14 mars, Le Tuai, curé de Saint-Viger-le-Grand, diocèse de Baveux, adressa à Necker une plainte contre son évêque, qui lui avait refusé l'autorisation de se