‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 232 sur 511 · LES CURÉS A L*ASSAUT DK LA DEPUTATION · texte numérisé non relu

LES CURÉS A L*ASSAUT DK LA DEPUTATION

o L'ordre ecclésiastique, écrit à l'intendant dès le 16 mars le « subdélégué d'Avranches, Montitier, composé pour la plupart « de curés, malgré la politesse et la prévenance affectueuse des « deux prélats (]), paraît décidé à ne pas leur accorder son suf- « frage. . . Ils veulent que les prélats les traitent avec plus « d'égards, et soient enfin convaincus que les curés et les autres « ecclésiastiques forment la portion la plus essentielle du clergé . . . « Il est probable que leurs députés pour Versailles seront élus « dans la classe des curés » (2).

Ainsi, à la veille des élections, le clergé des trois diocèses de Bayeux, d'Avranches et de Coutances était apparemment divisé en deux partis d'inégale force : les « épiscopaux « et leurs adversaires, ceux-ci beaucoup plus nombreux. Le clergé démocratique, recruté parmi les fils de laboureurs et de paysans, et désireux de se soustraire au joug oppressif du clergé aristocratique, issu de la noblesse, allait prendre dès le premier jour une vigoureuse offensive, et marcher avec une hardiesse parfois brutale à l'assaut de la députation. Avant toute réunion, sa victoire était assurée.

Comme le clergé, la noblesse ne formait pas un ordre unifié et compact en Basse-Normandie. A côté de la grande noblesse, étrangère au pays par son origine, et qui y possédait les plus riches terres, le duc d'Orléans, comte de Mortain, les Grimaldi- Matignon comtes de Torigni et barons de Saint-Lô, les Montmorency, les Sully, les Brancas, les Soubise, les Juigné, etc., il y avait une noblesse locale, d'illustration plus ou moins ancienne

faire remplacer par un vicaire, sans doute pour rendre impossible son voyage à l'assemblée électorale de Caen. « Le but de la conduite de Monseigneur, écrivait Le Tuai, est d'empêcher que ce ne soit trois curés d'être députés aux Etats de Versailles, et d'y en faire parvenir selon son vœu ». Arch. nat., Ba 27, 1. 45.

Il) Les deux évoques de Coutances et d'Avranches.

(2) Lettre de Montitier à l'intendant, 10 mars 1789, Arch. dép., Calvados, G 0353.— Cette entente préalable entre les curés du Cotentin est attestée par un autre document significatif. Le 20 février 1789, Lelubois, curé de Fontenay, celui-là même qui devait être élu premier député du clergé à l'assemblée «le Coutances, écrivait à Neckef « au nom de ses confrères, auxquels des arrêts défendent de s'assembler eu corps, sans quoi ils auraient pris la liberté de lui adresser cette supplique ». Il lui représente que, pour répondre à ses vues, il est de la plus grande importance que „ |e clergé du second ordre, qui peut s'assimiler au Tiers état comme le peuple relativement à la noblesse, se trouve en grand nombre à l'assemblée qui nommera les députés pour les Etats généraux ». Pour loger tant de monde, les séminaires lui paraissent indispensables; il prie Necker de les faire évacuer pendant la durée de l'assemblée électorale pour que les logements soient libres. — Cette démarche directe auprès du ministère, par dessus la tête de révêque, faite au nom des curés par leur futur député, est l'indice d'une ligue occulte du bas clergé, dont Lelubois était un des meneurs. Arch. nat., B"1 53.

Page 1