MOUVEMENT ÉLECTORAL DE LA NOBLESSE. LES LIBERAUX
et de fortune variable, mais qui avait conservé un pied dans la contrée : tels les Coigny, les Vassy, les Faudoas, les Balleroy, les Cussy, les Auxais, les Bricqueville, les Vendœuvre, les Osseville, les Rotours, les Carbonnel, les Bonvouloir, et tant d'autres (1]. Attachés à leur pays, ces gentilshommes étaient prêts à en défendre les intérêts : la plupart d'entre eux étaient associés à l'administration provinciale depuis la réforme de 1787. A la session de l'Assemblée provinciale de Caen, la députation de la noblesse, jointe à celle du clergé, avait offert une contribution volontaire annuelle de 50.000 livres jusqu'à complète extinction des dettes que la généralité avait contractées envers les paysans expropriés pour les travaux des routes (2). D'Auxais de Monfarville, président de l'assemblée du département de Saint-Lô, y avait pris la défense des petits propriétaires ruraux dans son mémoire sur les bordiers (:r). Le comte Louis de Vassy avait préconisé la création de cours d'accouchements dans les villes et la construction de maisons salubres pour les paysans <4). Le comte d'Osseville avait soumis de généreux projets à l'assemblée de Carentan. Le 30 octobre 1788, en les adressant au duc d'Harcourt, il exprimait de nobles sentiments : « Quelle époque inté- « ressante, mon cher duc, que celle du mois de janvier ! (5) que de « bien elle peut faire !. . . Il m'est venu une idée que j'ai même « consignée dans un mémoire : celle d'inspirer à l'ordre de la « noblesse d'offrir à celui du Tiers, à l'ouverture des Etats géné- « raux et sous le bon plaisir du roi, ses prérogatives en matière « d'impôt. A ce moyen, on désarmerait le Tiers, avec lequel il « faudra liarder, et le clergé, vaincu par ce procédé, deviendra, « comme il est juste, tributaire comme les autres citoyens » (6).
Toutefois, à côté de ces esprits généreux et clairvoyants, qui désiraient la fin des injustices sociales et dont les avertissements prophétiques semblaient annoncer la nuit du 4 août, la noblesse de Basse-Normandie renfermait beaucoup d'esprits arriérés, hostiles à toute réforme et qu'effrayait la moindre innovation. La « pauvre noblesse, qui cultivait en franchise son mince do-
(1) Desdevises du Désert, ouv. cité, p. 29-30.
(2) Voir ci-dessus, chap. IV, p. 72.
(3) Ibid., p. 72.
(4) Ibid., p. 75.
(5) On croyait alors que l'ouverture des Etats généraux aurait lieu le 1er janvier 1789. Un édit du 6 octobre 1788 l'avait fixée à cette date. Voir Brette, ouv. cité, 1. 1, p. 25.
(6) Lettre du comte d'Osseville au duc d'Harcourt. 30 octobre 1788. Arcb. château d'Harcourt, liasse 338.