‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 234 sur 511 · NOBLES OPPOSÉS AUX RÉFORMES · texte numérisé non relu

NOBLES OPPOSÉS AUX RÉFORMES

maiiie », tenait à ses privilèges par besoin. La noblesse aisée on fortunée en demandait le maintien par un sentiment de dignité exagérée : « Quoique tous les hommes soient de même condition « dans les principes de la nature, il doit y avoir néanmoins parmi « eux certains avantages particuliers qui servent à les distinguer « dans la société civile. Cette demande n'est point dictée par la « passion, ni par l'esprit de parti, mais par une élévation d'âme, « une pureté de mœurs, une délicatesse de sentiments qui forment « l'essence de la vraie noblesse ». Ainsi allait s'exprimer un des membres de la noblesse au début de l'assemblée de Caen (lK « Le maintien du gouvernement, dira le baron de Wimpfen, « exige l'existence d'un ordre intermédiaire entre le peuple et le « souverain et la nature des choses exige que cette démarcation « soit sensible ». Et pour établir cette démarcation, il proposait l'institution d'un ordre de chevalerie française, dont seraient décorés tous les nobles du royaume et dont ils porteraient la marque distinctive (2).

La noblesse tenait à demeurer un ordre intangible ; elle ne voulait être confondue ni avec le clergé, ni surtout avec le Tiers état. Le Règlement du 24 janvier 1789 prescrivant le doublement du Tiers excita chez elle une vive inquiétude. Elle y vit un acheminement vers la fusion des ordres. Elle reprochait à Necker, « ce ministre anti citoyen », de l'avoir par cette mesure systématiquement affaiblie (3). « Le soin de sa gloire, le souvenir de ses droits, l'habitude d'imposer le respect aux ordres inférieurs, lui faisaient pressentir l'amertume de sa dégradation, effet certain du futur régime ». A l'idée des humiliations qui lui étaient réservées, elle menaçait de se retirer des assemblées (4).

L'homme qui incarne le mieux cet état d'esprit, cet attachement aveugle et tenace aux vieilles traditions, est celui que la

(1) Discours adressé à la Noblesse du Bailliage de Caen par M. de Touchet, 16 mars 1789. Arch. du greffe de la Cour d'appel de Caen, publié par Hippeau, ouv. cité, t. NI, p. 257-262.

(2) Mémoire lu à l'assemblée de la noblesse du bailliage de Caen, le 26 mars 1789, par le baron Félix de Wimpfen, avec lettre d'envoi à Necker du 8 avril 1789. Aich nal., Ba 27, 1. 15 et Bm 40, publié par Hippeau. ouv. cité, t. VI, p. 67. Cette marque devait être une petite médaille en or, attachée à la boutonnière avec un ruban bleu de roi et liseré jaune.

(3) « Votre nom est béni dans les campagnes, écrivait Soulavie à Necker ; dans les ville- i l les châteaux, les donjons et les cathédrales, il n'est pas autant chéri. » Arch. nat., Bil 27, 1. 45.

(4) Lettre du marquis de Ségrie au duc d'Harcourt, 31 octobre 1788. Arch. château d'Harcourt, liasse 337. Voir Hippeau, ouv. cité, t. VI, p. 8.

Page 1