‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 235 sur 511 · UN FOUGUEUX CHAMPION DE LA RÉSISTANCE · texte numérisé non relu

UN FOUGUEUX CHAMPION DE LA RÉSISTANCE

noblesse du Gotentin choisira pour son premier député, Achard de Bonvouloir. Déjà avant la réunion des notables de 1788, il avait fait connaître ses sentiments, réclamant avec énergie « la conservation pleine et entière des droits de la noblesse, la distinction des ordres, le vote par ordre aux Etats généraux, la prééminence des gentilshommes ». Dès cette époque, il protestait contre « les assertions de quelques nobles dont le jugement égaré proposerait de confondre les rangs » 0). Le Résultat du Conseil, qui donnait à la noblesse 270 députés sur 1.000 et qui décidait « son anéantissement » le fit crier à la trahison. Dans une lettre adressée le 11 janvier à un ami aussi intransigeant que lui, le marquis de Ségrie, il laissa déborder son indignation contre l'inertie d'un ordre qui se laissait si mollement traîner « jusqu'au bord de la fosse ». « Le gros de la noblesse, écrit-il, ne fait que de la pol- « tronnerie. Ce n'est pas en cédant qu'on se défend. Perdez un « pied : vous reculerez au bout de la carrière. . . Quant à moi, « mon cher marquis, je ne puis pas répondre de n'être pas assom- « mé comme les autres, mais je ne déposerai jamais mon épée...» Œ)

Achard de Bonvouloir représentait bien cette fraction de la noblesse normande dont une châtelaine des environs de Coutances écrivait à Necker a qu'elle était fière et avait des idées opposées au citoïsme » (3).

Malgré les divergences partielles d'opinion qui séparaient les conservateurs comme Ségrie et Bonvouloir des libéraux comme d'Osseville, la noblesse bas-normande, prise dans son ensemble, avait sur les questions essentielles des vues communes. Elle allait se montrer à peu près unanime à abandonner ses privilèges pécuniaires, mais aussi à réclamer énergiquement le maintien de ses droits honorifiques et son existence comme ordre politique. Elle devait considérer sa contribution à l'impôt comme un sacrifice volontaire, généreusement consenti et non comme un acte de stricte justice et de réparation. Dominée par l'esprit de caste, elle devait rester sourde à la voix généreuse du gentilhomme normand qui lui conseillait le désintéressement absolu et appe-

(1) Tribut d'an gentilhomme normand aux notables de France'assemblés le I novembre 17SS. (Du 6 novembre 1788.) Arch. château d'Harcourt, liasse 338. Voir Hippeau, ouv. cité, t. VI, p. 167-171.

(2) Arch. dép., Calvados, C 8582, publié par A. Bénet dans son rapport annuel du l" juillet 1895.

(3) Lettre de Mme Hébert-L'Heure à M. le Directeur général des finances. Arch. nat., Ba 35, 1. 70. Voir Hippeau, ouv. cité, t. VI, p. 21-23.

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