MOUVEMENT ELECTORAL DU TIERS ÉTAT RURAL ET URBAIN
lait de tous ses vœux la fusion des trois ordres 1}. La pensée intime de ses membres, que nous trouvons aujourd'hui dans leurs correspondances privées, ne s'était pas d'ailleurs produite au grand jour et si plus d'un noble occupait ses loisirs à la rédaction de mémoires, dans l'intention de les déposer sur le bureau de la future assemblée de son ordre au chef-lieu du bailliage, il n'y eut, à notre connaissance, aucune réunion de la noblesse au cours de la période électorale (2).
Il n'en fut pas de même pour le Tiers état :.le Règlement du 21 janvier en prescrivant à cet ordre la tenue d'une série d'assemblées électorales, rurales, urbaines et bailliagères, donnait à des milliers de voix l'occasion de se faire entendre sur tous les points de la province. Lues aux prônes des paroisses par les curés le dimanche 22 février 1789, notifiées aux syndics par les officiers des bailliages, les lettres royales de convocation furent immédiatement suivies d'exécution. La rédaction des cahiers locaux et l'élection des députés ruraux ou urbains aux assemblées préliminaires des bailliages particuliers demandèrent trois semaines, du 22 février au 8 mars. Il n'y eut pas de jour pendant cet intervalle où, sur un point ou l'autre de la généralité de Caen, ne se réunirent des assemblées locales ' .
Il serait intéressant de déterminer, pour chacune des assemblées primaires rurales ou urbaines tenues dans l'étendue de la généralité de Caen, la proportion des comparants par rapport à l'ensemble de la population électorale et aussi de connaître la condition sociale de ceux qui ont notoirement comparu. De tels résultats, s'ils pouvaient être atteints, éclaireraient vivement l'étude critique de la valeur des cahiers de paroisse. Les nombreuses lacunes qu'offre la collection des procès-verbaux d'assemblées conservés pour cette région, l'insuffisance trop fréquente de leurs données numériques, le vague dans lequel s'enveloppe trop souvent leur rédaction déconcertent les recherches et empêchent toute conclusion rigoureuse. L'histoire de la comparution individuelle des citoyens du Tiers état aux assemblées primaires, c'est-à-dire au premier degré de la convocation, est
(1) Mon opinion motioée, ou le vœu d'un gentilhomme normand à la noblesse normande, par M. do R..., chevalier do Saint-Louis. Hippeau, ou/-, cité, t. VI, p. 326-337.
(2) Le 14 mars, quelques jours avant l'ouverture de rassemblée de la noblesse, le t\yu- de Coigny écrivait au duc d'IIarcourt : « II y a terriblement partage d'opinions dans la noblesse. » Arch. château d'Harcourt, liasse 339.
(3 Le plus grand inimitié des élections rurales se firent le dimanche Ie1' mars.