MALVEILLANCE RECIPROQUE DES DEUX PARTIS
« ses revenus considérables ». On lui reprochait aussi d'avoir récemment interdit les Capucins de Caen, très respectés dans la ville (l). On l'accusait enfin d'avoir voulu enlever les pouvoirs à tous les vicaires des paroisses pour empêcher l'absence des curés et les écarter des élections (2).
Le bas clergé était en grande majorité hostile, non seulement à l'évêque, mais au chapitre de la cathédrale de Bayeux. Dès la veille de l'assemblée les curés avaient tenu, en dehors de l'abbaye Saint-Etienne qui leur avait été assignée pour leur réunion, des conférences particulières, convoquées par billets anonymes, à l'église voisine de Saint-Nicolas. Ces conférences « clandestines et illégales », tenues malgré l'arrêt du 25 février 1789 et la défense de l'évêque, avaient excité chez celui-ci une vive indignation. Elles avaient eu pour but « de préparer les opinions et les élections » (:i>. On y avait tenu des propos séditieux, on y avait arrêté les listes des commissaires et des députés. On semblait tout y avoir réglé d'avance.
Déjà fort mécontent du Règlement du 24 janvier, qui décimait son chapitre et donnait la prépondérance au clergé du second ordre, l'évêque du Cheylus « était arrivé à Caen avec des vues hostiles ». La manifestation de Saint-Nicolas accrut son dépit. D'accord avec son chapitre, il résolut de faire un éclat, de procéder par l'intimidation, et « de rompre l'assemblée ». Il débuta « par un discours incendiaire où il fronda de la manière la plus indécente le Règlement du Roi ». Le lieutenant de police trouva ce discours si « affreux » qu'il en interdit l'impression (4).
Avec des dispositions si malveillantes de part et d'autre, la lutte ne devait pas tarder à s'engager (5). La première journée (17 mars), assez paisible, fut consacrée à l'élection du secrétaire de l'assemblée, au scrutin individuel. Lefrançois, curé de Mutrécy,
(1) Esnault, Mémoires de la ville de Caen, p. 4.
(2) Lettre de Le Tuai, curé de Saint- Vigor-Ie- Grand, citée ci-dessus, ch. IX, p. 191, note 4. Arch. nat., Ba 27, I. 45. Bisson adresse à du Cheylus le même reproche : « Il lit tous ses efforts, écrit-il, pour écarter de l'assemblée quelques curés remuants dont il redoutait les principes austères. » Mémoires, fol. 78.
(3) Lettre de l'évêque de Bayeux à Villedeuil, 22 mars 1789. Arch. nat., Ba27, 1. 45.
(4) Lettre écrite à M. B... (auteur anonyme) le 21 mars 1789. Ibid. J'ai retrouvé ce discours prononcé par l'évêque de Bayeux à l'ouverture de l'assemblée de l'ordre du clergé le 17 mars 1789, aux Arch. comm. Caen, ancien carton 20.
(5) « Ce discours déplacé, écrit Bisson, produisit tout son effet. Il acheva de soulever tous les esprits contre M. l'évêque et contre le chapitre de sa cathédrale et devint le signal du scandaleux combat qui eut lieu contre le prélat, ses grands vicaires et chanoines et le reste du clergé. » Mémoires, fol. 78.