TUMULTE ET CONFUSION DE L'ASSEMBLÉE
recueillit la plupart des suffrages. Le 18 mars, le tumulte commença, lorsque le chapitre de Bayeux demanda à présenter ses observations. Il contestait la validité du Règlement du 24 janvier, proposait de déclarer l'assemblée inconstitutionnelle et demandait la nomination de commissaires pour délibérer sur cette proposition. Ses membres se retirèrent ensuite pour ne pas gêner les décisions de l'assemblée. Après leur dépari, la discussion s'éleva et prit bientôt un caractère aigu. Pendant plus d'une demi-heure, au milieu d'un vacarme indescriptible, les partisans et les ennemis de l'évêque et du chapitre furent aux prises. La très grande majorité refusa de mettre en délibération le Règlement royal. Quand Soulavie, monté sur une table au milieu de cette confusion, demanda le vote par mains levées sur ce point, « cinquante têtes pelées se dressèrent pour juger le règlement, et mille mains se levèrent contre le jugement » i1). Les épiscopaux furent impuissants à se faire écouter, et quand le chapitre rentra, on lui signifia le refus de ses propositions. Il déposa alors sur le bureau de l'assemblée une protestation passée devant notaire à Bayeux le 13 mars, et se retira. L'évêque sentit sa situation absolument compromise (2). Il perdit la tête et s'écria à haute voix que le Règlement royal « n'était qu'un maussade chiffon et une méprisable besogne, un chiffon détestable auquel il n'obéirait jamais »(3). Faisant cause commune avec son chapitre, il se retira aussi en prétextant le peu de tranquillité qui régnait dans l'assemblée et l'indécence des clameurs qui troublaient les opérations et les suffrages (4). Le chapitre de Sées, l'abbé de Troarn par son procureui,
(1) Mazen, Histoire de Soulavie, t. I, p. 85 sqq. — « Après une demi-heure, écrit l'évêque de Bayeux à Yilledeuil. on fit rentrer les membres du chapitre pour leur annoncer le rejet de leur proposition. Quelqu'un (Mesnilgrand) représenta qu'on n'avait pas été aux voix, qu'il ne pouvait y avoir délibération. Aussitôt bruit affreux et le refus se trouva tumuïtuairement consommé. » Lettre de du Cheylus à Villedenil. 22 mars 1789. Arch. nat, Ba 27, 1. 45.
(2) « Il y eut, écrit Bisson, une sorte d'émulation parmi les curés à qui le molesterait davantage. » Mémoires, fol. 78.
(3) Lettre écrite à M. B., 21 mars 1789. Arch. nat., Ba 27, 1. 45.
(4) Lettre de l'évêque de Bayeux à Villedeuil, 22 mars 1789. Ibid. Du Cheylus y proteste auprès du ministre contre l'inexactitude du procès-verbal de sa retraite, tel qu'il a été rédigé par le lieutenant général du bailliage (pie le tumulte de l'assemblée avait forcé d'intervenir. — « Vous verrez par ce procès-verbal, écrit le procureur du roi au bailliage de Caen, que lors des discussions de l'évêque et de son clergé nous tûmes appelés, M. Delisle et moi, pour y mettre la paix (dans l'assemblée , que le bon évêque n'avait pas même un secrétaire pour rédiger un procès-verbal, que celui que l'on va recevoir fut rédigé sous notre dictée, et qu'actuellement Monseigneur bonde contre nous pour l'avoir fait. » Lettre du 21 mars 1789. Ibid.