‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 267 sur 511 · LES DÉPUTÉS NOBLES DU COTENTIN · texte numérisé non relu

LES DÉPUTÉS NOBLES DU COTENTIN

furent élus au premier tour de scrutin ; il fallut deux tours pour l'élection du troisième, et trois tours pour celle du dernier. Le premier élu fut Achard de Bonvouloir, seigneur patron du Désert, près Saint-Lô, ancien capitaine de cavalerie. C'était un des plus fougueux aristocrates de l'assemblée, un des partisans les plus opiniâtres de l'Ancien régime, un des plus ardents défenseurs des privilèges nobiliaires. Il avait exprimé avec véhémence ses opinions dans son Tribut d'un gentilhomme normand à V Assemblée des notables. Il passa au premier tour de scrutin, le 28 mars. Son élection était caractéristique et dévoilait les tendances rétrogrades de l'assemblée. Le second siège fut attribué, le 29 mars au soir, à Beaudrap de Sotteville, ancien officier au corps royal de l'artillerie, procureur syndic noble du département de Valognes. On se rappelle les motifs de son triomphe sur Colleville à l'occasion de l'élection au syndicat en 1788 (l\ et la signification de cette nouvelle victoire électorale n'était douteuse pour personne. Le 30 mars, un noble de l'Avranchin, Artur de la Villarmois, fut nommé au premier tour. Le quatrième siège fut disputé entre Leclerc de Juigné, comte de Courtomer, seigneur de Sainte- Mère-Eglise, maréchal de camp des armées du roi, parent de l'archevêque de Paris, et Frémin de Beaumont, secrétaire de l'assemblée. Au scrutin de ballottage ce fut le premier qui l'emporta. La noblesse du Cotentin n'avait pas élu un seul noble de robe : c'est dans l'aristocratie militaire et foncière qu'elle avait à dessein choisi ses représentants.

L'assemblée de la noblesse du bailliage de Caen, réunie à l'abbaye Saint-Etienne, tint douze séances du 17 au 28 mars 1789. Le grand bailli d'épée, le duc de Coigny, la présida (*). Les huit plus anciens gentilshommes de chacun des cinq bailliages réunis formèrent une commission de quarante membres, qui élut pour secrétaire Grandin de la Gaillonnière. On procéda ensuite à l'élection de vingt-cinq commissaires (cinq par bailliage) pour la rédaction du cahier de doléances. Beaucoup d'entre eux étaient aussi des membres de l'Assemblée provinciale ou des assemblées de département, tels pour le bailliage de Caen, le comte d'Osse-

(1) Voir ci-dessus chap. III, p. 14, noie 2.

f-2) Procès-verbal de l'assemblée de la noblesse du bailliage de Caen. Arch. greffe de la Cour d'appel de Caen, Registre n° 3. Cf. Arcb. nat, C 17, 1..88etBm 40. Le marquis de Than, lieutenant-général d'épée au bailliage de Caen, qui avait réclamé la présidence de la noblesse, fit, au début de l'assemblée, une protestation purement formelle vu lu présence du grand bailli.

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ville, le marquis de Cagny et le marquis d'Héricy de Vaussieux ; pour celui de Bayeux, le comte de Faudoas, de Berné, de Wimpfen ; pour Falaise, le comte de Vendceuvre ; pour Vire, le comte de Vassy, le marquis de Canisy, des Rotours baron de Chaulieu et Brouard de Clermont. Du 18 au 23 mars, ces commissaires travaillèrent en commun pour fondre en un seul les différents cahiers particuliers qui leur avaient été remis. Le 23, le comte d'Osseville en commença la lecture devant l'assemblée ; elle dura trois jours. Dès les premières séances, sur la proposition du duc de Coigny, la noblesse avait fait abandon de ses privilèges pécuniaires, tout en exprimant le désir du maintien de ses autres privilèges (*). Le 26 mars, le baron de Wimpfen lut un long mémoire, demandant une marque distinctive pour la noblesse des deux sexes, en dédommagement des sacrifices qu'on exigeait d'elle (2). îl fut acclamé et ce succès opportun le mit en vue pour la députation. L'assemblée avait à nommer trois députés ; l'attribution de ces trois sièges nécessita, pour chacun, deux tours de scrutin. Le duc de Coigny, président, fut le premier élu ; le comte Louis de Vassy obtint le second rang. Tous deux étaient de vieille noblesse normande, comptaient parmi les grands propriétaires fonciers du pays et avaient joué pendant ces dernières années un rôle considérable dans l'administration de la province. Un autre gentilhomme, d'origine, normande, le rapporteur des doléances de la noblesse, le comte d'Osseville, dont le zèle généreux avait eu déjà tant d'occasions de se manifester, recueillit un nombre assez grand de suffrages pour le troisième siège. Mais il trouva un concurrent plus heureux dans la personne du baron Félix de Wimpfen, dont le mémoire sur un nouvel ordre de chevalerie venait de séduire l'assemblée. Wimpfen n'était normand que d'adoption : né dans une petite ville de la Basse-Alsace, il avait servi dans des régiments étrangers à la solde de la France, pris part à la guerre de Sept Ans, à l'expédition de Corse, à la guerre de l'indépendance américaine. Pendant son séjour au

(1) Une lettre du 23 mars 1789, écrite par un membre de la noblesse, Néel de Tontuit, faisait un pressant appel à l'union. « Songeons au bien public, écrit-il,... Que la parfaite équité serve de base à la démarcation des privilèges de cbaque ordre. Sacrifions-nous au bien-être de la patrie, chacun dans la mesure où nous pouvons la servir... Accordons (à nos députés] la liberté de sacrifier nos droits. » Cette lettre nous est connue par une copie transcrite à la suite du cahier des armuriers, fourbisseurs et couteliers de Caen. Arch. comm., Caen, ancien carton 20.

(2) Arch. nat., Ba 27, 1. 15, dossier 6, et Bm -10. p. 352 : publié par Hippeau, ouv.ciU\ t. Vil, p. 231. Cf. ci-dessus, chap. IX, p. 194.

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camp de Vaussieux (1778-1780), il avait épousé une châtelaine du Bessin, et il était devenu seigneur de Saint-Germain-la-Lieue, près Bayeux. La paix de Versailles l'y avait ramené comme maréchal de camp en 1784. Il y vivait depuis cinq ans ; membre de l'académie locale, il occupait ses loisirs à des travaux sur l'art militaire, et à des études philosophiques et littéraires (1). En 1788, il avait été choisi comme député de la noblesse à l'assemblée du département de Bayeux. Le rôle actif qu'il joua dans l'assemblée électorale de Caen le fit préférer au comte d'Osseville et le scrutin de ballottage lui attribua la troisième députation (*).

Les élections de la noblesse du bailliage de Caen avaient eu un caractère aristocratique, autant que celles du Cotentin. Pas un noble d'office n'était député de cet ordre. La noblesse de race l'avait emporté (3).

Les assemblées générales du Tiers état commencèrent à des dates différentes à Caen et à Coutances. Dans la première de ces villes, 455 délégués des bailliages se réunirent le 17 mars à l'abbaye Saint-Etienne, sous la présidence du lieutenant général Duperré de Lisle (4). Trois commissaires furent désignés par bailliage pour fondre les cinq cahiers bailliagers en un seul ; ces quinze rédacteurs étaient des magistrats, des avocats ou des négociants (5). Delauney, député de Bayeux, semble avoir été le plus actif d'entre eux et comme le rapporteur général. Leur besogne étant achevée le 21 mars, le cahier général fut lu en assemblée publique et plusieurs changements y furent faits. Des observations présentées le 23 mars par deux députés du bailliage de Caen, Le Canu et Laurent, et une protestation de Le Tellier, avocat de Bayeux, qui rallia 68 signatures, déposée le 26 mars sur le. bureau de l'Assemblée, ajournèrent jusqu'à cette date la rédaction définitive du cahier. Delauney dut prendre la parole pour défendre

(1) Voir Pezet, Bayeux au XVIIIe siècle, p. 60 et suivantes.

(2) On fut surpris, dit un contemporain, de la nomination de Wimpfen, « comme si dans la noblesse du pays on n'eut pu trouver un homme capable et digne de cet honneur ». Esnault, Mémoires de la ville de Caen, t. I, p. 4.

(3) Voir Pezet, ouv. cité, p. 105.

(4) Arch. greffe de la Cour d'appel de Caen. Registre n° 2 intitulé : Procès-verbal de l'ordre du Tiers état 1789. Cf. Arch. nat., C 17, 1. 38 et B1" 10.

(5 Commissaires-rédacteurs du Tiers état. Pour le bailliage de Caen : de la Rue, Costy, Lamy ; pour celui de Bayeux : Delleville, Delauney et de la Londe Sainte- Croix ; pour celui de Falaise : Bertrand l'IIodiesnière, de l'Epine et Poulain de Reauchesne ; pour celui de Torigni : Ileudeline, Pain, Fleury ; pour celui de Vire : Flaust, Lecourt et Brenet de Rrais.

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