‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 275 sur 511 · VŒUX RELATIFS A INORGANISATION ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

VŒUX RELATIFS A INORGANISATION ECCLÉSIASTIQUE

députés de la nation, ne laissèrent pas le clergé de Basse-Normandie indifférent. Sous la rubrique générale Législation, plus d'un article exprime son désir de les voir réalisées. La révision des lois et la réforme de la justice, l'allégement des charges publiques, la suppression des aides, de la gabelle, de la milice, des servitudes foncières, l'assistance aux malheureux et aux malades firent l'objet de ses vœux. Sur tous ces points le clergé se rapprochait du Tiers état ; on y sentait l'influence des curés qui, fils de paysans et vivant à la campagne, étaient témoins des privations de leurs paroissiens et trop souvent impuissants à y porter remède.

Ces aspirations de nature démocratique se retrouvent dans les articles que le clergé consacra à la réforme de son organisation particulière. Dans les trois diocèses d' Avranches, de Bayeux et de Coutances, les curés formulèrent les mêmes griefs, exprimèrent les mêmes revendications : amélioration de leur sort matériel, extension de leur rôle social et surtout affranchissement de la tyrannie épiscopale. Ils réclamaient l'augmentation de leurs traitements, le relèvement des portions congrues à 1500 livres au moins, la suppression du droit de déport qui mettait trop souvent en coupe réglée les revenus des paroisses au profit des évêques et des archidiacres, et au détriment des pauvres desservants t1). Ils demandaient l'établissement dans chaque province, d'une « caisse ecclésiastique », alimentée par les fonds des économats, chargée de servir des pensions aux prêtres ayant vingt-cinq ans de ministère, à ceux qui étaient infirmes, trop âgés ou sans ressources. Ils se croyaient appelés à exercer, en vertu de leurs fonctions sacerdotales, une influence sociale; ils souhaitaient que les dîmes « destinées par leur origine à la desserte des paroisses, à la décence du culte et au soulagement des pauvres », fussent remises entre leurs mains pour être consacrées à ces objets ; ils aspiraient à la présidence des assemblées de fabriques et des bureaux de charité, à celle des conseils de famille en faveur

(1) Le droil de déport, spécial à la Normandie, sorte du droil local d'annate, donnait au\ évêques (pour deux tiers] et aux archidiacres (ppur un tiers) la jouissance de tons les revenus <|iii appartenaient à une cure pendant la première année, à chaque mutation de titulaire, à charge tien assurer la desserte. Ce droit, le pins souvent affermé, avait donné lieu à des abus sans oonabre ; il était odieux à la lois au bas clergé et aux paysans. L'abbé de Pradelles, vicaire général de Baveux, avait, publié récemment un traité pour justifier ce droit : Du droit de déport dans l'Eglise de Normandie, Caen, Le Roy, 1788. — Il n'avait pas convaincu ses lecteurs. « Le public n'a vu dans cet ouvrage, écrit l'ancien évêque constitutionnel du Calvados, Bisson, que le factum d'une partie qui a perdu son procès. » Mémoires, fol. 78.

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