LEURS PRÉCÉDENTS. REQUÊTES A L'INTENDANCE
la rapacité des commis du fisc, l'avidité et la dureté des décimateurs, les ravages des bêtes de la forêt voisine ou le pitoyable état de leurs routes. C'est leur angoisse et leur souffrance qui parlent tout haut, depuis qu'elles en ont le droit (ll Aussi, pour toute cette partie des cahiers qui traite des questions rurales, ne faut-il chercher d'autre source d'inspiration que la situation des plaignants. Assez souvent, ceux-ci n'ont fait que reproduire des réclamations anciennes, que renouveler des protestations demeurées sans effet. En feuilletant les dossiers cle l'Intendance et de la Commission intermédiaire provinciale de Caen, on peut retrouver maintes requêtes qui dormaient dans les cartons et dont les cahiers nous apportent l'écho (2). L'administration provinciale de Basse-Normandie avait elle-même indirectement facilité la rédaction de ces doléances locales en provoquant, l'année précédente, une vaste enquête, dans tous les départements de son ressort, sur l'état économique des paroisses rurales. Cette enquête devait aboutir à une plus équitable répartition de la taille. Chaque
(1) « Le pauvre oublie sa misère en franchissant l'intervalle immense entre la cabane et le trône. » (Cahier de Gratot.) — « C'est le cri que le peuple pousse vers le roi du fond de sa misère. » (Cahier de Saint-Jean- des-Champs.) — « Vive le Roi ! le père de la nation française, qui appelle ses enfants de toutes les classes auprès de lui pour entendre leurs voix plaintives et subvenir à leurs besoins. » (Cahier de Rampan.)
(2) Le cahier de Pierreville déclare reproduire, à propos de la surcharge des vingtièmes dans cette paroisse, « des réclamations dont les bureaux de l'Intendance de Caen sont remplis et garnis ». En effet, l'on trouve, au fonds de l'Intendance, de nombreuses requêtes de Pierreville sur cet objet entre les années 1782 et 1788. (Arch. dép., Calvados, C 5910.) — Le cahier de la section de Montceaux, paroisse de (^uettreville, reproduit une plainte adressée en mars 1788 au Rureau intermédiaire de Coutances, par 18 paroisses qui demandent le rétablissement d'un ancien pont sur la Sienne. Voir le procès-verbal de l'Assemblée du département, d'octobre 1788 (Arch. dép , Calvados, C 7700), et ci-dessus, chap. VII, p. 146, note 1. — La reconstruction du pont de La Rocque, également sur la Sienne, a déjà fait l'objet de requêtes à l'intendant (Ibid., C 4011), et d'un vœu à l'Assemblée de Coutances (Ibid., C 7000), avant d'être réclamée par les cahiers de Montchaton, Hauteville, Heugueville, Regnéville et Urville. — Les vœux relatifs aux routes reproduisent très souvent d'anciennes requêtes à l'Intendance ou à l'Assemblée provinciale, comme à Nicorps (mémoire de 5 paroisses à l'Assemblée de Coutances, Ibid., C 7000); à Saint- Romphaire (mémoire de Montaure, signé par 30 municipalités et adressé à l'Assemblée de Saint-Lè, Ibid., C 7712) ; à Moon (requête de 13 paroisses au Rureau intermédiaire de Rayeux, 18 mai 1788, Hippeau, ouv. cité, t. VIII, p. 358). — 11 en est de même pour les plaintes relatives aux reconstructions de presbytères (ex. à Relval, à Montchaton, Arch. dép., Calvados, C 1340) ; aux retards du paiement des indemnités pour terrains expropriés (ex. à Equeurdreville, Ibid., C 1711) ; à l'augmentation des jours de fabrication du sel (ex. à Muneville, Ibid., C 7700). — Un article du cahier de Carantilly, relatif à la ruine des fabricants de toile, est inspiré par le récent krach d'une maison de Saint-Lô, qui a fait subir de grosses pertes à de nombreux habitants (Ibid., C 1477).