‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 288 sur 511 · LES OBSERVATIONS GÉNÉRALES DES MUNICIPALITÉS · texte numérisé non relu

LES OBSERVATIONS GÉNÉRALES DES MUNICIPALITÉS

assemblée municipale était invitée à dresser un état mentionnant le chiffre total des impositions levées sur la paroisse, (taille, en principal et accessoires, vingtièmes et sols pour livre, capitation, taxe représentative de la corvée, impôt territorial et impôt des bâtiments de justice). Chaque état devait contenir le nom des taillables, avec le montant et la nature de leur taille de propriété, d'exploitation et d'industrie, le nom des privilégiés et taxés d'office ; une large colonne y était réservée à des « Observations générales » relatives aux ressources agricoles ou industrielles de la paroisse, aux charges qui pesaient sur elle, aux remèdes dont l'emploi semblerait nécessaire. L'Assemblée provinciale de Caen avait voulu, comme celle dont parle Tocqueville, « apprendre des paysans eux-mêmes, dans le détail, tous les griefs dont ils pouvaient avoir à se plaindre » (*>. Partout où elle fut obéie, dans les départements de Caen et de Vire notamment, les municipalités dressèrent le bilan de la vie économique des campagnes. Leurs « Observations générales », rédigées en juillet-août 1788, dépassèrent souvent en longueur et en abondance d'information les cahiers de l'année suivante (2). Moins de six mois plus tard, lorsque ces paysans furent à nouveau consultés, ils n'eurent qu'à reproduire, in-extenso ou en abrégé, des plaintes qui résonnaient encore à leur oreille et dont le texte était peut-être resté sous leurs yeux.

Il est permis de conclure que la valeur documentaire de ces cahiers, au point de vue économique et local, est à peu près incontestable (3). La preuve en a été faite dans certaines régions de la Basse-Normandie où l'on possédait les éléments nécessaires au contrôle de leurs allégations. M. Bridrey, après avoir rapproché les cahiers primaires du bailliage de Cotentin de leurs éléments de contrôle essentiels : rôles de 1789, journaux de rentes, déclarations de bénéfices, etc . . . , a pu déclarer, avec pleine assurance pour ceux du bailliage de Coutances, avec plus de réserve pour ceux du bailliage de Valognes, que leur véracité lui était

(1) Tocqueville, L'Ancien régime el la Révolution, p. 272.

(2) L'importance de ces Etats d'impositions (Arch. dép., Calvados, C 7817-8088), déjà signalée par M. A. Bénet, qui les appelle « la préface des cahiers de 1789 » et en forçant un peu la note, « les cahiers de 1788 », n'a pas échappé à M. Aulard. Voir La Révolution française, t. XXXVIII, p. 81.

(3) C'est la conclusion à laquelle sont arrivés M. Onou (La valeur des Cahiers au point de vue économique et social, La Révolution française, t. XLIX, 1905, p. 409-416) et M. Sagnac (Les Cahiers de 1789 et leur valeur, Revue d'Histoire moderne, t. VUI, 1907, p. 346).

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