PRÉPONDÉRANCE DES BOUROEOIS ET (1ENS DE ROBE
comptait une vingtaine d'hommes de loi, celle de Vire soixantedix-huit ; dans les deux villes, le choix des quatre députés parmi les gens de robe M atteste l'influence que leurs pairs durent exercer sur les délibérations. L'assemblée de Saint-Lô confia la mise au point de ses doléances à six commissaires (2), « chargés de rédiger le cahier dans le silence du cabinet » et de le soumettre aux observations des électeurs : les six élus étaient des hommes de loi.
Il en fut de même dans les villes où un système d'élections à deux degrés avait restreint l'effectif numérique de l'assemblée plénière du Tiers état. L'élément démocratique s'en était vu éliminé par une série de réductions qui semblent avoir été habilement combinées en vue de ce résultat. Les corps de métiers, où figuraient les maîtres seuls et dont le prolétariat ouvrier avait été exclu, avaient encore été décimés par le régime de compression qu'on leur avait appliqué ; leur représentation électorale, hors de proportion avec leur population effective, se heurtait, impuissante, à la prépondérance numérique des nombreux corps judiciaires surabondamment représentés, du haut commerce, des professions libérales et des bourgeois vivant noblement (3). Aussi, dans les assemblées plénières des villes, leurs délégués se trouvèrent-ils en minorité : à Cherbourg, ils étaient 23 sur 47 comparants ; à Granville, 11 sur 27 ; à Bayeux, 25 sur 55 ; à Caen, 36 sur 75. J'ai montré plus haut quelle faible part leur fut attribuée dans les députations urbaines aux bailliages (4). Aucun d'eux ne figure parmi les élus de Cherbourg, de Granville et de Bayeux ; on n'en compte qu'un seul à Coutances, sur six députés, et six à Caen, sur trente députés. Les communautés d'arts et métiers n'avaient pas été plus favorisées dans le choix préalable des commissaires rédacteurs. A l'assemblée de Granville, c'est un avocat, Regnault, et deux négociants, Hugon de la Noê et Perrée, qui présentent « leurs plans et vues » ; on les charge de rédiger le cahier urbain, avec l'aide de deux autres négociants, dont l'un est même absent ; les onze délégués des métiers se rangent à l'avis de la majorité, qui ne leur laisse aucun rôle.
(1) Sur l'élection des quatre députés à Carentan et à Vire, voir ci-dessus, chap. IX, p. 205, note 2.
(2) Procès-verbal de l'assemblée du Tiers état de la ville de Saint-Lô (27 février 1789). Ihid., chap. IX, p. 205, note 2.
(3) Voir ci-dessus, chap. IX, p. 207-209. 4 ïbid., p. 210-212.