‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 300 sur 511 · RARETÉ DES VOEUX D'ORDRE AGRICOLE · texte numérisé non relu

RARETÉ DES VOEUX D'ORDRE AGRICOLE

De même que les vœux relatifs à l'industrie se rencontrent à l'état exceptionnel dans les cahiers ruraux, les vœux d'ordre agricole n'apparaissent que rarement et sous une forme concise dans les cahiers urbains ; ils s'y trouvent sacrifiés à d'autres intérêts. Çà et là, quelques plaintes sur les dommages que la milice cause à l'agriculture (l) ; quelques considérations sur les avantages que celle-ci retirerait du libre enlèvement des engrais de mer (2i ; quelques demandes d'ateliers de charité (3), de partage de marais et communes À> ; tout cela brièvement exposé, avec une réserve voisine de l'indifférence. Si le cahier de Bayeux consacre d'assez longs développements à la demande d'abrogation de nombreuses redevances et servitudes féodales rj), celui de Caen, qui compte cent articles, n'a pas trouvé de place pour les droits féodaux, alors que douze cahiers de corps et corporations en réclamaient l'abolition ou le rachat, en peignant avec vivacité les abus des banalités de fours, moulins et pressoirs, et les dégâts des colombiers (6l Les droits féodaux, a-t-on écrit, gênaient assez peu les habitants des villes pour qu'on ne crût pas utile d'adopter des articles en vue de leur disparition {7K On peut croire aussi que leur existence n'était pas pour déplaire à de riches roturiers, seigneurs de fiefs nobles, possesseurs de colombiers, de moulins et de pressoirs banaux. Ce qui est certain, c'est que les rédacteurs bourgeois du cahier de Caen restèrent sourds à l'appel des artisans, qui leur signalaient les maux des paysans et qu'une foule de questions intéressant le régime foncier furent systématiquement écartées.

En somme, les cahiers urbains furent, en Basse-Normandie, l'expression des sentiments et des aspirations de l'élite du Tiers état des villes, magistrats, négociants, bourgeois, et exceptionnellement des maîtres des corporations les plus importantes. Il ne paraît pas que le prolétariat urbain (compagnons des communautés ou travailleurs libres) y ait participé ; ses doléances, s'il en exprima, n'eurent aucun écho.

(1) Cahiers de Vire (ait. 13), de Granville (art. 21), de Carentan art 2i)

(2) Cahiers de Vire (art. 15), de Coutances (art. 53).

(3) Cahier de Vire (art. 9).

(4) Cahiers de Carentan (art. 31), de Valognes (art. 35).

(5) Cahier de Bayeux, au chapitre Droits féodaux, neuf alinéas

(6) Cahiers des pharmaciens, des officiers du dépôt des sels (art. 5, 6, 12), des négociants et armateurs (art. 21 à 23), des couteliers (art. 36 à 39), des chapeliers (art. 14;, des vinaigriers (art. 9). des maréchaux (art. 7), des parfumeurs (art. 9), des épiciers.

(7) E. Champion, La France d'après les Cahiers de 17S9, p. 95.

27b CAHIERS D ASSEMBLEES PRELIMINAIRES A COUTANCES

Quand les députés des paroisses urbaines et rurales eurent déposé aux quinze sièges d'assemblées préliminaires du Tiers état, réunies dans les deux ressorts judiciaires de Caen et de Coutances, les cahiers dont ils étaient porteurs, ceux-ci furent soumis à une opération nouvelle. Chacune de ces assemblées préliminaires devait rédiger un seul cahier ; ce travail fut confié à des commissions restreintes, élues dans leur sein ; à en juger d'après les procès-verbaux, les membres de ces commissions étaient, en majorité, des citadins. Aussi ne doit-on pas s'étonner que, d'une façon générale, la prépondérance ait été assurée aux vœux exprimés par les villes.

Pour six cahiers d'assemblées préliminaires du Cotentin, ceux d'Avranches, de Cérences, de Mortain, de Péri ers, de wSaint- Sauveur-le-Vicomte et de Tinchebrai, on ne peut rien affirmer de certain ; en l'absence des cahiers de ces six villes, nulle comparaison, nulle conclusion n'est permise. Mais pour les quatre autres assemblées préliminaires réunies dans le même ressort, il est de toute évidence que le cahier de la ville chef-lieu a été pris pour base de la discussion et que son texte, peu sensiblement modifié, et augmenté de quelques articles empruntés aux cahiers ruraux, est devenu la formule des revendications de l'assemblée.

Le cahier de l'assemblée préliminaire du Tiers état du ressort propre du bailliage de Coutances, qui comprend 60 articlesn), est, en très grande partie, formé par les apports des deux villes principales du ressort : Coutances et Granviller2\ Bonté représentait la première et Perrée-Duhamel la seconde au sein de la commission ; un autre commissaire, l'avocat Havin, du Mesnil-Opac, dut inspirer le préambule. Les commissaires firent, en outre, quelques emprunts aux importants cahiers de Bricqueville-la-Blouette et de Montchaton @), et, émus par la précision poignante des doléances de Villedieu sur la ruine de son industrie ouvrière, donnèrent à celles-ci une place particulière dans le cahier (4 .

'Il Publié par Bridrey, ouv. cité, t. I, p. G61-67S.

(2) Le caliicr «le Coutances a inspiré, en très grande partie, les articles 1, % 3, 4, relatifs à la Constitution, aux impositions, à l'administration et à la justice. — Celui de Granville, les alinéas 7 à lu de l'article l,r, quelques vœux judiciaires (alinéas l et 1S de l'article 4), et presque tout l'article G, relatif au commerce (alinéas 1 à 4). \ oir Bridrey, ouv. cilc. t. I, p. 664, note 2.

(3) Bricquevillè-la-Blouette parait avoir fourni les alinéas 5 et 6 de l'art. 2 et l'alinéa l!i de l'art. 4: Montchaton. le vomi relatif aux non-catholiques (alinéa 13 de l'art. 1).

(4) L'alinéa 5 de l'art. 4 résume brièvement les vœux de Villedieu relatifs aux droits sur les cuivres. Les vaux relatifs aux pailles des dîmes, aux colombiers et

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