JUSTIFICATION DES COMMISSAIRES RÉDACTEURS
application, ils avaient dû laisser échapper pins d'une observation ». A Avranches, les commettants « s'abstiennent d'insérer dans leur cahier plusieurs autres objets de détail, qui tiennent aux intérêts locaux de la province, parce qu'ils seront plus utilement confiés à la sollicitude des Etats provinciaux... » (l1. « On ne peut espérer, écrivent les rédacteurs du bailliage de « Périers en tête de leur cahier, que les voix et les représentations « des paroisses et des corporations qui forment les communes « soient entendues dans la grande assemblée qui se prépare, tant « que leurs doléances ne porteront que sur un ordre de choses « relatif et sur des circonstances locales ; quelque pressants que « soient leurs besoins, quelque fondées (pie soient leurs demandes, « elles savent (pie leurs représentants auront de plus grands inté- « rets à discuter ; (pie, s'élevant nécessairement à des vues supé- « Heures d'utilité générale, ils oublieront pour un moment, les « intérêts particuliers de leurs commettants et préféreront avec « raison établir le bonheur durable de la nation sur des principes « solides, aux avantages et bénéfices de quelques soulagements « locaux et passagers » (2). A Torigni, le cahier est présenté par ses rédacteurs comme une simple analyse, « la rapidité des instants » n'ayant pas permis davantage, et l'assemblée se réserve de soumettre ses doléances particulières aux futurs Etats provinciaux #). De l'aveu même de leurs auteurs, les cahiers des assemblées préliminaires sacrifièrent résolument le particulier au général, le trait pittoresque à la sentence abstraite, l'infinie variété du détail à la force et à la majesté de l'ensemble. Leur concision, qui en fit un levier politique et social plus puissant (pie ne l'eussent été les cahiers paroissiaux, aux revendications tumultueuses et indisciplinées, en fait aujourd'hui une source historique de bien moindre importance.
L'abdication volontaire des paysans, pressés de retourner à leurs champs, ne resta pas inaperçue et ne fut pas sans exciter des protestations. Sonia vie raconte que, le 12 mars 1789, à l'assemblée préliminaire du bailliage de Caen, où eut lieu la lecture des cahiers, « l'influence de la municipalité et des présidents » fit
(1) Cahier de rassemblée préliminaire du Tiers état du bailliage d'Avranches. art. 21. Bridrey, ouu. cité, t. I, p. 700.
(2) Doléances et insertions de l'assemblée du Tiers état du bailliage de Périers, alinéa 1. Arcli. du greffe de Coutances, n" 73.
(3) Cahier de l'assemblée préliminaire du Tiers état du bailliage de Torigni, art. 13 Hippeau, ouv. cité, t. VIII, p. 86.