‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 303 sur 511 · PROTESTATIONS ISOLEES · texte numérisé non relu

PROTESTATIONS ISOLEES

pousser les hauts cris à un grand nombre de citoyens mécontents (i). wSi le procès-verbal de cette assemblée est muet sur les incidents qui s'y produisirent, on en a gardé un témoignage intéressant dans la lettre qu'un protestataire adressa à Necker, le 15 mars suivant. Belloys, avocat à Caen, avait été député à l'assemblée préliminaire du bailliage de son ressort par la petite paroisse rurale de Valcongrain. Vexé de n'avoir pu faire introduire intégralement dans le cahier du bailliage les vœux de ses commettants relatifs à la suppression des colombiers, il envoya directement le cahier de Valcongrain au Directeur général (2), en lui dénonçant la duplicité des commissaires rédacteurs, qui avaient indignement trahi la cause des paysans.

« MM. les commissaires rédacteurs, écrivait-il, propriétaires en « majeure partie de fiefs et de colombiers, n'ont point rougi de « retrancher quelques-uns des chefs de doléances portés au cahier « ci-joint et de les présenter et interpréter à leur unique avantage, « en faisant entendre dans leur cahier de rédaction que la plus « grande partie des habitants de la campagne demande l' existe tence des colombiers et fuies. En vain, j'ai élevé la voix dans « l'assemblée générale et protesté contre l'inexactitude de MM. les « rédacteurs. En vain, je me suis plaint de l'illégalité et des vues « qui ont régné dans cette assemblée. Je n'ai reçu de la part du « lieutenant-général, M. de Lisle du Perré, revêtu depuis quelques « années de lettres de noblesse, qui présidait cette assemblée, « que malhonnêteté et refus. »

Belloys priait le roi de rendre une ordonnance enjoignant aux députés du Tiers état des campagnes du bailliage de Caen de s'assembler à nouveau pour élire, sur le champ, d'autres commissaires rédacteurs, qui seraient « tenus de travailler fidèlement à la rédaction des chefs de doléances insérés dans les cahiers des habitants des campagnes ». Sa plainte resta lettre morte, mais elle est un écho des protestations qui se firent entendre dans cette circonstance.

Quelques jours plus tôt, le 11 mars 1789, Gonfrey, procureur d'élection à Saint-Lô, adressait au garde des sceaux, au nom des habitants de Saint-Jean-d'Agneaux, une copie du cahier des griefs, plaintes et doléances de cette paroisse, en motivant cet envoi par la crainte que ces doléances ne fussent pas lues « par

(1] Journal des élections. Areh. nat., Ba 27, liasse 15.

(2, Lettre de Belloys à Necker, 15 mars 1781). Arch. nat-, Bil 27, liasse 15. Cf. ibid. B1", 174.

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