VOEUX RELATIFS A L'ADMINISTRATION PROVINCIALE
on l'a vu plus haut1), avait prescrit «aux sujets des trois ordres de donner à leurs députés une mission particulière pour dresser un plan de formation des Etats provinciaux ». Ce plan devait être discuté et débattu entre les députés intéressés, avant l'ouverture de l'Assemblée nationale.
La Normandie, et en particulier la Basse-Normandie, ne resta pas sourde aux demandes du ministre. La question l'intéressait au plus haut point, et elle avait déjà fait l'objet d'une ardente campagne (2). Aussi assigne-t-elle une assez large place, parmi ses revendications si diverses, à celles qui concernent la future organisation administrative de la province.
Des 306 cahiers primaires que j'ai consultés pour les deux ressorts judiciaires de Caen et de Coutances, 127 n'expriment aucun avis sur la forme d'administration préférée par leurs auteurs : c'est un peu plus du tiers. Les deux autres tiers prennent assez nettement position, soit en faveur du maintien du régime créé par l'édit de 1787, c'est-à-dire des Assemblées provinciales, soit en faveur du rétablissement des Etats provinciaux.
En général, il n'est guère fait mention des anciens administrateurs, intendants et subdélégués. L'institution est depuis longtemps impopulaire ; toutefois le discrédit où elle est tombée n'a plus sa source dans la crainte, mais dans le mépris. La réforme de 1787 a dessaisi et désarmé les intendants ; elle les a blessés à mort, et c'est au milieu de l'indifférence publique qu'ils vont disparaître. Presque tous les cahiers sont muets à leur égard. Quelques-uns rappellent leurs anciens méfaits, les dangers de leur pouvoir d'autrefois, comme La Llaye-Bellefond (3) et Saint- Waast-la-Hougue (4), mais c'est leur inutilité bien plutôt que leur malfaisance qui se trouve mise en cause. On leur reproche d'être en surnombre et de faire double emploi {:y>. Je n'ai trouvé qu'un exemple de cahier supposant que leur existence sera prolongée
(1) Voir ci-dessus, chap. VIII, p. 168-169.
(2) Ibid., chap. VIII, La Campagne en faveur des Etals provinciaux, p. 155-169.
(3) Le despotisme des commissaires départis, auxquels l'administration de la généralité a été confiée ci-devant, les désordres <ju ils y ont introduits... mettent le comble aux maux de toute espèce qui les accablent... » Cahier de La Haye-Bellefond, Bridrey, ouv. cité, t. I, p. 354.
(4) Il est « trop dangereux, pour des provinces entières, d'être livrées au pouvoir d'un seul homme ». Cahier de Saint- Waast-la-Hougue, Bridrey, ouv. cité, t. Il, p. 642.
(5) « Le ministère des intendants, leurs subdélégués et autres subalternes dans les généralités, deviendra surabondant et en double emploi. » Cahier de Montchaton. — Hambye proclame <• l'inutilité absolue » des intendants. Bridrey, Ibid., t. I, p. 449 et 340.