S ASPIRATIONS PROPRES A CHACUN DES TROIS ORDRES
vantés en maints cahiers, et dont le maintien et « l'affermissement » sont généralement demandés.
Les vœux de la Basse-Normandie offraient, en somme, aux délibérations de la future Assemblée nationale un plan d'administration provinciale assez nettement ordonné. Les cahiers généraux des trois ordres, dans les deux bailliages de Caen et de Coutances, exprimaient clairement les sentiments et les aspirations propres à chacun de ces ordres. Ce que réclamait avant tout la noblesse, c'était le retour de son antique constitution, dans la province restaurée par la confirmation solennelle de ses privilèges, sous l'empire de la charte normande, intégralement exécutée (lK Les deux cahiers du clergé, où la prépondérance des curés avait introduit un esprit moins exclusif, demandaient aussi le retour des Etats de Normandie, mais avec une organisation perfectionnée », et « dans la forme des Etats généraux » (2\ Mais les vœux du clergé, pas plus que ceux de la noblesse, ne dépassaient l'horizon normand. Le Tiers état vit plus loin et de plus haut. A Caen, il sollicita « le rétablissement des Etats provinciaux dans les provinces qui en avaient et leur établissement dans celles qui n'en avaient pas » {^K Plus sobrement, mais avec autant de netteté, il demanda à Coutances, « que l'ensemble de la Constitution nationale fût complété par l'établissement d'Etats provinciaux dans toutes les provinces du royaume » f4\ Ce sentiment de fraternelle générosité, tout à l'honneur du Tiers état normand, et qui le guidait au-delà de sa frontière provinciale pour le hausser à la conception de la Nation française, corrigeait ce qu'il y avait eu d'étroit et d'égoïste dans les revendications antérieures de la Normandie en faveur de ses Etats particuliers. Au lieu d'un entêtement irraisonné à la poursuite de chimères mortes, il annonçait une sagesse politique d'heureux augure. Tout en exprimant leurs préférences pour leurs Etats, suspendus et non anéan-
(b. rie Vire). Le cahier d'Hudimesnil s'exprime ainsi : « Rien ne paraît plus juste el plus avantageux pour le peuple que l'institution des assemblées municipales, à cause du bon ordre qui nous y parait établi ». Bridrey, ouv cilé, t. 1. p. 378.
(1) Cahier de la noblesse du bailliage de Coutances, art. 18 à 20 : de Caen, Contrat (art. 10, 18. 19;, Magistrature (art. 3), Bien public (art. 5 et 22).
(2) Cahier du clergé du bailliage de Coutances, Législation, art. 3; de Caen, chapitre : Constitution particulière de la Normandie. Le clergé de Caen désirait que toutes les classes de son ordre, et notamment celle des curés, fussent davantage intéressés à la formation de ces Etats.
(M) Cahier général du Tiers étal du bailliage de Caen, art. 7.
( 1) (ahier général du Tiers étal du bailliage de Coutances, alinéa -27.