‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 325 sur 511 · OPPOSITION DU PEUPLE A LA CIRCULATION DES GRAINS · texte numérisé non relu

OPPOSITION DU PEUPLE A LA CIRCULATION DES GRAINS

Le subdélégué de Cherbourg, Garantot, consent à seconder l'opération, mais demande qu'on envoie les grains dans les magasins d'un négociant de la ville, Chantereyne. « Le peuple, écrit Chantereyne, n'y verra qu'une spéculation de commerce, comme le roi le désire » (l).

En dépit de ces diverses mesures, l'approvisionnement des campagnes et surtout des villes reste un sujet d'inquiétude et de troubles pendant une grande partie de l'année. Le blé se cache au fond des greniers. Apparaît-il aux halles, le peuple des villes s'oppose à son enlèvement par les blatiers. Il regarde la libre circulation des grains comme un régime désastreux qui dépouille et affame les provinces. Il résiste aux édits et fait violence à ceux qui les exécutent. Il est, sur plus d'un point, assuré de la complicité des officiers municipaux et même des officiers du siège de police. A Bayeux, le lieutenant de police donne l'exemple de la désobéissance aux règlements : il intercepte les transports du Cotentin, force les boulangers de Caen à revendre sur place les blés qu'ils viennent d'acheter et qu'ils s'apprêtent à enlever (20 juin) (-). L'hôtel de ville de Carentan se plaint le 24 juin des enlèvements qui épuisent le marché (3). ACaen, la foule lance des pierres contre les détachements de soldats qui protègent les sorties des convois (4). Les habitants de Mortain attaquent les boulangers de Vire qui viennent de s'approvisionner à leur halle : après une lutte assez vive, ceux-ci sont obligés de repartir avec leurs sacs vides (17 juin) ; même scène quelques jours plus tard au marché de Pontfarcy &>. Des blatiers revenant du marché d'Isigny sont surpris à Osmanville par des émeutiers accompagnés de soldats qui pactisent avec eux. On les ramène de force au bourg. Le siège de police reste indifférent ; sans jugement, un blatier est emprisonné et doit payer une forte amende au profit de la troupe (6 juillet) (6).

(1) Lettre de Chantereyne à l'intendant, 28 mars 1789. Arch. dép., Calvados, C 2679. Garantot et Chantereyne, également traités d'accapareurs, devaient voir leurs maisons incendiées et leurs vies menacées dans l'émeute du 21 juillet 1789. Voir ci-dessous, chap. XII, p. 31^-314.

(2) Lettre de Launay à Necker, 20 juin 1789. Arch dép., Calvados, C 2641.

(3) Arch. comm., Carentan, Registre des délibérations de l'hôtel de ville, 24 juin 1789.

(4) Esnault, Mémoires de la ville de Caen, p. 6.

(5) Bibl. comm. de Vire, ms. Séguin, p. 8.

(6) Lettre du duc de Beuvron au lieutenant de police d'Isigny, 6 juillet 1789. Arch. dép., Eure, E suppl. Chartrier du Champ de bataille : marquisat du Neubourg (non inventorié). — « A Carentan, une populace séditieuse a mis lundi dernier un tonneau de cidre sur le grand chemin avec cette inscription : C'est pour tous les bons enfants

Page 1