‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 335 sur 511 · RENONCIATION DE VASSY A SES DROITS FÉODAUX · texte numérisé non relu

RENONCIATION DE VASSY A SES DROITS FÉODAUX

ordres venus d'en haut, des ordres du roi ». Vassy leur promet un acte d'affranchissement de tous droits seigneuriaux, à condition de garder ses titres et, après quatre heures de discussion, les plaignants, qui paraissent satisfaits, se retirent. Le lendemain, dans la matinée, nouvelle irruption d'une troupe plus nombreuse, composée de trois à quatre cents personnes, armées de fusils, haches et bâtons, menaçant de mettre le feu au château, si le comte ne leur livre pas ses papiers. « Je leur remis les clefs, « ajoute ce dernier ; ils pillèrent tout, mais voulant avoir chacun « ce qui les intéressait, le plus grand nombre ne sachant pas lire « et toutes les étiquettes ayant été confondues par eux, ils m'ac- « cusèrent alors de les avoir soustraits ; à chaque instant, il en « arrivait d'autres, presque tous ivres et armés, tous menaçant « de brûler ma maison et de se porter aux dernières extrémités « si je ne retrouvais pas leurs papiers, dont ils avaient à mesure « brûlé la plus grande partie. » Vassy passa une fort vilaine journée et assista, impuissant, au pillage de sa maison, qui dura jusqu'à la nuit tombante. Sa personne fut toutefois respectée et il dut son salut au souvenir des bienfaits qu'il avait répandus dans ce canton, soulevé par la haine de longs siècles de tyrannie féodale (l). Il fut d'ailleurs obligé, comme Ségrie, Oilliamson et d'autres seigneurs normands, de renoncer à ses droits, le 25 juillet, par acte notarié, dont lecture publique fut donnée à l'audience de sa haute justice et dont des expéditions furent délivrées, à ses frais, aux cinq paroisses dépendant de la seigneurie '2). C'était une perte de cent mille livres et la menace d'une ruine prochaine^1. Pendant la seconde moitié de juillet et la première quinzaine d'août, la crainte d'une nouvelle Jacquerie terrorise la Basse- Normandie. L'affolement gagne villes et campagnes. Des bruits sinistres y circulent. Une troupe de brigands approche, dit-on, et va tout saccager. L'opinion accueille sans contrôle les nou-

(1) « Je n'ai peut-être dû la vie, écrit-il, qu'à ce qu'au milieu de leur fureur, rappelant aux moins emportés ce que j'avais toujours t'ait pour eux, ils répétaient : « Oui, nous ne vous ferons pas de mal, car vous avez toujours secouru les pauvres, « vous nous avez toujours fait soigner dans nos maladies et jamais vous ne nous « avez fait de procès. » Arch. nat., D xxix 29.

(2) Ces cinq paroisses étaient : Saint-Lambert, La Villette, Saint-Marc-d'Ouilly, Sallen et Saint-Bénin.

(3) Lettre du comte de Vassy au président de l'Assemblée nationale, D xxix 29. — A Balleroy, le ebartrier du château fut aussi brûlé sur la place publique. On avait joint au monceau de papiers entassés, tous les titres de droits seigneuriaux qu'on avait trouvés chez le notaire de la localité, Jean Dezert. Bidot, Histoire de Balleroy, p. 295.

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