‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 336 sur 511 · LA GRANDE PEUR DANS LE BESSIN ET LE GOTENTIN · texte numérisé non relu

LA GRANDE PEUR DANS LE BESSIN ET LE GOTENTIN

velles les plus fantaisistes et une étrange panique, la peur des brigands, la « Grande peur » se déchaîne sur le pays. Nous pouvons en suivre les traces sur les divers points de la généralité de Caen. Le 24 juillet, un habitant de Bayeux, Léonard de Rampan, apporte à Caen la nouvelle « que des vagabonds affligent les campagnes et brûlent les chartriers ». On décide d'organiser une troupe de volontaires nationaux pour les combattre et d'inviter les villes de Bayeux et de Saint-Lô à suivre cet exemple, « afin de former une chaîne qui puisse servir de barrière à l'insurrection de ces hommes dangereux » (lK Le même jour, les nobles du bailliage de Vire, réunis dans cette ville, parlent « des alarmes répandues dans le pays par les incursions dont leurs propriétés et leurs personnes sont menacées » (2). Le 26 juillet, le lieutenant général du bailliage de Caen, Duperré de Lisle, écrit à M. de LiancourL: « Les maux dont nous sommes menacés sont affreux ; « des bandits se répandent de toutes parts ; on brûle, on pille et « on enlève les papiers dans tous les chartriers ; on arrête et on « suspend la perception des dîmes du roi » (3). A Carentan, l'inquiétude règne du 26 au 30 juillet, Le 26, le corps municipal annonce à la bourgeoisie assemblée sur les remparts « qu'il existe dans la province une troupe de bandits qui, profitant des troubles et des malheurs des temps, se portent dans les châteaux et autres maisons réputées riches et y commettent les excès les plus terribles ». Le même jour, il reçoit de Dumouriez, qui est à Cherbourg, une lettre sur le même objet : « On m'a fait entendre, « écrit Dumouriez, qu'il y a une troupe de bandits qui rôdent « autour de Bayeux. Je vous prie, s'il se présentait une troupe « quelconque soit par les Veys, soit par la route de Saint-Lô, de « m'en avertir sur le champ et de prendre garde à votre ville. « Concertez-vous pour les moyens de votre sûreté avec M. de « Versamy et amalgamez votre milice avec la troupe militaire « comme cela se fait à Cherbourg et à Valognes. . . Il faut qu'au « moins nous assurions la tranquillité de la presqu'île. » Suivant ces conseils, Carentan organise sa milice. Le 27 juillet une compagnie va au château de Franquetot et en ramène huit pièces de canon, appartenant au duc de Coigny. Le 29, le corps municipal

(!) Arch. comm., Caen, Bli 93. Registre des délibérations, séance du 24 juillet.

(2) Arch. connu., Vire, ms. Seguin.

(3) Lettre de Duperré de Lisle à M. de Liancourt, 26 juillet 1789. Arch. nat.. Ba27, 1. 45.

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