‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 338 sur 511 · RIVALITÉ DE LA COMMISSION INTERMÉDIAIRE ET DE L INTENDANT · texte numérisé non relu

RIVALITÉ DE LA COMMISSION INTERMÉDIAIRE ET DE L INTENDANT

les mesures d'ordre, les milices citoyennes et les Comités nationaux. Mais comme elle avait profondément remué les masses, comme elle les avait armées avant toute organisation, comme elle avait entretenu chez elles la défiance et souvent la haine, elle créa un malaise politique et social d'une certaine durée, qui accrut l'anarchie dans le pays.

En face de cette anarchie, que pouvait le gouvernement et que pouvait l'administration? Quand l'intendant de Caen reçut l'ordonnance du 9 août sur la prévention et la répression des troubles d\ possédait-il l'autorité nécessaire pour l'exécuter? Il n'avait plus, dans sa généralité, qu'une part restreinte de pouvoir ; l'autre était possédée par la Commission intermédiaire provinciale. Or la rivalité continue de ces deux administrations paralysait leur action respective.

Pendant cette période, la Commission intermédiaire, secondée par les bureaux intermédiaires de département, se borna à répartir l'impôt et à surveiller les travaux des routes. wSa gestion administrative entravée, comme nous l'avons vu, par de nombreux obstacles (2), n'eut pas de très heureux résultats. Préoccupée surtout de réaliser des économies, acculée à une situation financière plutôt désastreuse, elle contribua indirectement à la misère publique en supprimant des travaux qu'elle considérait comme ruineux. Elle augmenta la classe des indigents sans pouvoir leur donner aucune compensation.

Bien que le souci du « Bien public » fût au premier rang de ses devoirs, elle sembla négliger la question des approvisionnements. Necker témoigne à l'intendant, le 15 janvier 1789, sa surprise de ce que la Commission intermédiaire ne lui ait pas écrit un mot sur la grande émeute de Caen, du 5 janvier (3). Cordier de Launay, dans sa réponse, lui réitère ses plaintes contre l'indifférence de

caractère de ce mouvement lorsqu'il écrit : « Ce qu'on nomma alors la « grande peur o saisi! en effet un bon nombre «le villes dans les régionr. de soulèvements. » Les événements de Carentan, de Cherbourg et de Baveux racontés dans ce chapitre viennent donner raison à sa thèse. Mais Kropotkine pousse celle-ci 1res loin quand il affirme que la bourgeoisie, non contente de s'armer pour repousser les brigands, inverto quelquefois ceux-ci pour trouver prétexte à s'armer. Kropotkine, La Grande Révolution, p. 152-153.

(1) Ordonnance du roi, enjoignant de prévenir les délits commis par des troupes de brigands répandues dans le royaume, qui s'attachent à tromper les habitants de plusieurs communautés, etc. (9 août 1789). Arch. dép., Calvados, C 2685.

(2) Voir ci-dessus, chap. VI, p. 122-129.

(3) Lettre de Necker à l'intendant Cordier de Launay. 15 janvier 1789. Arch. dép.. Calvados, C 2665.

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cette Commission. « Il n'y a, dit-il, que le lieutenant de police, « les officiers du bailliage et moi qui, agissant de concert, aient « pris des mesures relatives à l'approvisionnement de la ville et « au rétablissement de l'ordre ». Mêmes récriminations quelques mois plus tard : « J'ai enfin déterminé, écrit-il à l'intendant « Montaran, l'Assemblée provinciale, qui consomme presque « tous les fonds ci-devant employés en bienfaisance et en au- « mônes, à venir un peu au secours d'une détresse que la nature « a développée plus tôt qu'on ne pouvait s'y attendre, mais qui « vient en partie dans notre généralité des suites de l'établisse- « ment des Assemblées provinciales et de la suppression de la « Compagnie des vivres. Le défaut des aumônes, en effet, a « coûté la vie cet hiver à des milliers de citoyens ; la suppression « de presque tous les travaux publics et le défaut de paiement a des entrepreneurs et par suite de leurs ouvriers produisent « partout des essaims d'oisifs et de pauvres. J'en ai cinquante « sur les bras depuis cinq mois. Chacun s'épuise. . . La misère « tient plus à la désorganisation de l'administration . . . qu'au « manque d'espèces » (*).

L'intendant se décourage. Son activité se dépense vainement en ordres discutés et mal obéis. Son administration est une lutte de tous les instants contre les pouvoirs officiels ou spontanés, qui *o nt surgi auprès du sien. Ses relations avec la Commission intermédiaire sont toujours tendues ; un véritable conflit, qui éclate à propos de la corvée, retarde pendant plus de six mois le recouvrement de cet impôt et aggrave une situation déjà très compromise (*); Les rôles de la taxe représentative de la corvée avaient été dressés dans le courant d'octobre 1788 par les assemblées municipales. L'intendant devait les rendre exécutoires ; il s'appuya, pour ajourner son visa, sur deux arrêts du Parlement et de la Cour des Aides de Rouen. A la demande de la Commission intermédiaire, le roi avait, par ses lettres patentes du 27 janvier 1789,£levé l'opposition des deux cours normandes. Ces lettres

(1) Arch. dép., Calvados, C 2639. — La Commission intermédiaire, sur laquelle l'intendant rejetait ainsi une partie de la responsabilité, avait cependant distribué, en 1789, 35,000 livres environ en secours aux indigents, sinistres, aveugles, pères de nombreuses familles, etc., comme le prouve le Compte-rendu de sa gestion publié en 1790, p. 87 et 97.

(2) Ibid., C 8256. — Cf. F. Mourlot, Rapports d'une Assemblée provinciale et de sa Commission intermédiaire avec l'Intendant, 1787-1790, p. 17-18. Extrait du Bulletin des Sciences économiques et sociales du Comité des Travaux historiques et scientifiques, année 1902.

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