RÉSISTANCE PROLONGÉE UE L INTENDANT
furent enregistrées, mais avec des modifications qui permirent à Cordier de Launay de faire de nouvelles objections au sujet du visa des rôles. Par ses démarches personnelles et réitérées, le président de l'Assemblée provinciale de Caen, le duc de Coigny, obtint un arrêt du Conseil le 7 mai 1789, qui, sans tenir compte des modifications insérées par le Parlement et la Cour des Aides de Rouen dans leur arrêt, ordonnait l'exécution immédiate des ordres du 24 janvier. Necker invitait l'intendant à faire mettre au plus tôt en recouvrement les rôles de la corvée. « Enfin, écrvit « Coigny à la Commission intermédiaire, nous pourrons bientôt « faire honnneur aux engagements de l'administration province ciale ». Il avait compté sans la résistance de Cordier de Launay. Celui-ci exigea la rédaction par la Commission intermédiaire d'un arrêté nouveau qui fût conforme aux dispositions de l'arrêt du 7 mai. « La loi qui m'est imposée, écrit-il, émane de la volonté « du Roi ; il ne m'appartient pas d'y porter atteinte, ni d'auto- « riser de mon chef aucun acte qui y déroge. Il m'est impossible « pour cette raison de rendre exécutoires ces rôles. J'ai présenté « cette difficulté au ministre et j'attendrai ses ordres. Si sa déci- « sion porte que la somme entière mentionnée dans chaque rôle « sera acquittée par les contribuables, je citerai son ordre en tête « de mon ordonnance, et je ne paraîtrai pas aux yeux des habi- « tants de la province le seul agent immédiat d'un surcroît d'im- « pôt dont vous leur avez donné l'espoir d'être soulagés ». Sa résistance dura jusqu'au mois d'août, où Necker, revenu au pouvoir, lui donna de façon ferme l'ordre de rendre immédiatement exécutoires les rôles de la prestation des chemins. Ce trop long débat, qui avait retardé la levée des deniers nécessaires aux travaux des routes et jeté le plus grand désarroi dans la vie des entrepreneurs et ouvriers employés à ces travaux, s'était en somme terminé à la confusion de l'intendant.
De jour en jour, Cordier de Launay se rendait compte davantage du peu d'importance que le gouvernement attachait à son concours. Il en avait déjà manifesté sa surprise, non sans amertume. « Vous conviendrez sans doute, écrivait-il à Montaran, le « 18 avril 1789, qu'il est bien singulier qu'un intendant de pro- « vince soit le dernier instruit de ce qui intéresse si essentielle- « ment les sujets du Roi et qu'il se trouve réduit à apprendre « d'un simple négociant quelles ont été les décisions du Conseil « sur un objet confié à son administration immédiate et qu'il « est de son devoir de surveiller. » Il se plaint de ce qu' « on « affecte de ne plus avoir de correspondance avec lui... Ce