‹ La fin de l'ancien régime et les débuts de la révolution dans la généralité de Caen, 1787-1790Chapitre 340 sur 511 · DÉCOURAGEMENT DE L'INTENDANT · texte numérisé non relu

DÉCOURAGEMENT DE L'INTENDANT

« défaut d'égards est décourageant et fait perdre dans l'esprit « public la considération nécessaire pour le bien du Roi » {lK

Déjà entamée par la rivalité de la Commission intermédiaire provinciale, l'autorité de l'intendant va souffrir davantage encore des empiétements des pouvoirs révolutionnaires nouvellement surgis. Dumouriez, qui joue un rôle des plus actifs, comme commandant du port de Cherbourg, fait partir trois cents sacs de blé pour Saint-Lô et Isigny et charge de cet envoi le subdélégué Garantot à l'insu de Cordier de Launay, qui proteste contre de tels ordres '-l A Saint-Lô, un comité d'approvisionnement, établi dans la ville, en juin 1789, par le duc de Beuvron, discute et arrête en toute souveraineté, sans avoir égard aux instructions ministérielles, tout ce qui a trait à la police des grains (?).

Cordier de Launay méconnaît ces tentatives d'émancipation locale. Il veut les ignorer, au moment même où il les condamne. « On s'isole, on contrevient aux règlements, écrit-il à son subdê- « légué de Saint-Lô. . . Je ne sais ce que c'est que le comité dont « vous me parlez. Tout ce que je sais, c'est que le pouvoir judi- « claire, c'est-à-dire le bailliage et la police qui en fait partie, « doivent s'occuper de la police du marché, de la proportion du « pain avec le blé et du jugement des coupables ; que le pouvoir «'-militaire doit prêter main forte pour l'exécution des règlements « et lois et non autrement ; qu'enfin le pouvoir d'administration « civile, dont vous êtes membre en qualité de subdélégué, doit « agir pour ce qui le concerne. Tous ces pouvoirs se meuvent « séparément et ne se concertent que pour concourir au même « but. Tout le reste est chaos et incompétence » W.

Il est obligé de constater que sa puissance s'affaiblit de jour en jour. Ses subordonnés immédiats, les subdélégués, ne sont plus que des collaborateurs impuissants, découragés. « Ils sont, écrit-il « dès le 9 avril, sans appointements et n'ont pour l'exercice de « leurs fonctions pénibles aucun traitement particulier. On leur « a enlevé leur crédit et la considération dont ils jouissaient. . . « Ils n'ont ni un homme ni un écu à leur disposition pour envoyer

(1) Lettre de l'intendant Cordier de Launay à Monta ran, 18 avril 1789. Arch. dép., Calvados, C 2639.

(2) Lettre du même à Garanlot, 22 juin 1789. Ibid., C 2679. < M. le duc de Beuvron sent bien que, comptable du blé du gouvernement, il n'y aurait de compétents que les ordres qui émaneraient de moi, seul chef en cette partie. »

(3) Lettre du subdélégué Robillard, écrivant en sa qualité de lieutenant de police à l'intendant Cordier de Launay, 26 juin 1789. Ibid.. 2640.

I Lettre de l'intendant Cordier de Launay à Hobillard. 23 juin 1789. Ibid., C 2675.-

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